Pendant la Deuxième Guerre mondiale, l’abbé Joseph André a sauvé de nombreux juifs de la déportation. Aujourd’hui, le diocèse de Namur aimerait faire de lui un saint. Mais le chemin n’est pas évident, comme l’explique l’abbé Bruno Jacobs, mandaté par son évêque pour porter le projet.

Qui est l’abbé Joseph André?
Joseph André naît à Jambes le 14 mars 1908. En 1936, il est ordonné prêtre. Durant la guerre, cet homme frêle et modeste est vicaire à la paroisse Saint-Jean-Baptiste à Namur. C’est là que sa vie va basculer. Avec quelques autres résistants, il transforme la Maison des œuvres de Saint-Jean en Home Notre-Dame de Sion. A son initiative, il en fait le centre d’une vaste organisation dont le but est de soustraire les enfants juifs à la déportation. Durant toute la guerre, il veille à leur procurer sécurité et nourriture – sans aucunement tenter de les convertir. Cette œuvre lui vaudra d’obtenir la distinction suprême de Juste parmi les nations. L’abbé André meurt le 1er juin 1973. Très vite, plusieurs personnes parleront de lui comme d’un saint.
Pourquoi le diocèse de Namur veut-il ouvrir un procès en béatification?
En réalité, le projet n’est pas tout à fait neuf. Sous l’épiscopat de Mgr Léonard (1991-2010), l’idée d’ouvrir un procès en béatification circule déjà. Elle ne se concrétise pourtant pas. "Je ne sais pas pourquoi, et je le regrette", signale aujourd’hui Bruno Jacobs. "D’une part, parce que le règlement imposé par le dicastère romain est devenu plus contraignant en 2007. D’autre part, parce qu’à l’époque, davantage de témoins ayant connu Joseph André étaient encore en vie…"
Si le projet devait aboutir, cela constituerait assurément une fierté pour le diocèse. "Mais là n’est pas l’essentiel", souligne Bruno Jacobs. "L’abbé André pourrait surtout constituer une source d’inspiration pour les chrétiens d’aujourd’hui. Pour les jeunes notamment, mais aussi pour le dialogue entre chrétiens, juifs et même musulmans. Et pour les prêtres aussi. Je crois que Joseph André était vraiment un prêtre selon le cœur du pape François."
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Combien le procès pourrait-il coûter?
C’est un fait incontestable: permettre à un fidèle d’accéder à la (reconnaissance de la) sainteté a un coût. En 2015, des journalistes avaient révélé les sommes (jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’euros) dégagées par certaines congrégations pour favoriser la canonisation d’un(e) des leurs. Dès l’année suivante, le pape François approuvait de nouvelles normes en la matière, notamment censée favoriser la transparence des procès et l’équité.
En réalité, une bonne partie du financement sert à financer la recherche documentaire. "Le coût dépend finalement beaucoup du candidat, ainsi que du décalage historique", précise Bruno jacobs. "Dans certains cas, il faut engager un historien pour rédiger une biographie, tandis que dans d’autres cas, une biographie existe déjà…" Au cours de sa vie, l’abbé André a été en contact avec de nombreux juifs qui, au fil du temps, migrèrent, notamment vers les Etats-Unis et Israël. Si davantage de témoins étaient encore en vie, Bruno Jacobs aurait pu être amené à leur rendre visite et à multiplier les voyages.
Pourquoi les chances de Joseph André sont-elles (plutôt) minces?
"Pour moi, un saint est quelqu’un qui a pris l’Evangile au sérieux dans tous ses aspects, qui a accepté de porter sa croix, et qui a eu une intimité avec le Seigneur", définit Bruno Jacobs. L’abbé André correspond-il à cette définition? Sans aucun doute, estime le prêtre namurois. Sa tâche, pour autant, est loin d’être aisée. "C’est assez difficile de trouver des témoignages en faveur de sa sainteté", constate-t-il. "Les gens qui l’ont connu sont morts ou n’en gardent que peu de souvenirs. En outre, l’abbé André n’a presque rien écrit." Ajoutons que depuis 2007, le Vatican exige que le saint potentiel ait manifesté des "signes" après sa mort. "Or, actuellement, personne ne s’est manifesté. Pour l’heure, je tâche donc de faire connaître l’abbé André. J’encourage aussi les gens à le prier. Mais je le fais discrètement car Rome indique que la réputation de sainteté ne peut être provoquée…"
Une Américaine d’origine juive sur les pas de l’Abbé Joseph André
Vincent DELCORPS
