Où nous mène l’accord de coopération avec la Tunisie ?


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Où nous mène l’accord de coopération avec la Tunisie ?
Depuis la Méditerranée... (photo d'illustration)
Par La rédaction
Publié le
4 min

L'ONG Caritas International réagit à un nouvel accord de coopération récemment conclu entre l'Union européenne et la Tunisie.

Depuis la Méditerranée... (photo d'illustration)

2023 s’annonce comme l’une des années les plus meurtrières en Méditerranée. Il est clair qu’une solution est nécessaire. Depuis des années, en l’absence d’une opération de sauvetage bien organisée par l’UE / Frontex elle-même, la société civile - dont Caritas - demande plus de liberté pour secourir les personnes en mer. L’Union européenne (et l’Italie en particulier) fait le contraire : elle complique la vie des navires de sauvetage, ne répond pas aux propositions de coopération et, en coopération avec les garde-côtes libyens, procède à des refoulements illégaux. Ceci en combinaison avec des accords de coopération avec des pays comme la Turquie, la Libye et maintenant aussi la Tunisie.

L’UE, en particulier l’Italie, s’est inquiétée du fait qu’une détérioration de l’économie tunisienne pourrait inciter davantage de personnes à tenter de traverser la Méditerranée. Jusqu’à présent cette année, plus de 75.000 personnes sont arrivées en Italie par bateau, soit plus du double par rapport à la même période l’an dernier. Une forte augmentation du nombre de bateaux partant de Tunisie a été l’un des facteurs à l’origine de cette augmentation. L’accord (dont les détails - il est important de le noter - ne sont pas encore connus) porte sur “l’approvisionnement, la formation et l’assistance technique pour améliorer encore la gestion des frontières tunisiennes”. Il prévoit également de faciliter les retours des migrants tunisiens de l’UE vers la Tunisie et de renvoyer les migrants en Tunisie dans leur pays d’origine. Au même temps, il mentionne la promotion des voies légales de migration, “y compris les opportunités d'emplois saisonniers”.

Un partenariat peu prometteur

Les violations des droits et les mauvais traitements infligés aux migrants par les autorités tunisiennes rendent ce partenariat difficile à accepter. Le président tunisien Saied a déclaré à plusieurs reprises que les migrants d’Afrique subsaharienne faisaient partie d’un complot visant à modifier la composition démographique de son pays, déclenchant des violences racistes. Plus tôt ce mois-ci, les autorités tunisiennes ont transporté 500 à 700 personnes d’Afrique subsaharienne vers sa frontière désertique éloignée avec la Libye et les ont laissées là-bas sans nourriture, eau ou soins médicaux. Ils avaient été arrêtés après que des affrontements ont éclaté entre des Africains subsahariens et des résidents tunisiens dans la ville côtière de Sfax. Après quelques jours, les autorités ont autorisé le Croissant-Rouge tunisien à fournir de l'aide et, en une semaine, des informations ont indiqué qu’ils avaient été transportés vers des villes du sud de la Tunisie.

En 2016, l’UE a conclu un accord similaire mais moins complet avec la Turquie. La société civile, les défenseurs des droits et les avocats considèrent que des accords conclus avec les pays tiers en matière de migration n’ont pas toujours été efficaces et ont contribué aux violations des droits de l’homme. Le renforcement de l’appareil de sécurité de l'État et des contrôles aux frontières des pays tiers n’arrête pas les migrations, mais force les demandeurs d’asile et les migrants à emprunter des itinéraires plus longs et plus dangereux. Les arrivées deviennent beaucoup plus difficiles, ce qui signifie que les réseaux de passeurs sont en fait alimentés par ces politiques ... et que les gens sont mis en danger. S’appuyer sur des régimes autoritaires pour gérer les migrations crée une dépendance politique. Des garanties globales en matière de droits de l’homme doivent faire partie intégrante de toute activité de coopération en matière de migration entre l’UE et les pays tiers, y compris la Tunisie. Ces garanties devraient garantir que le soutien n’entraîne pas, directement ou indirectement, des violations des droits de l’homme aux mains de ces pays tiers. Les graves violations des droits de l’homme contre les réfugiés et les migrants récemment signalées en Tunisie ne font que rendre plus urgente l’inclusion de telles garanties.

Nous sommes également préoccupés par le fait que de tels accords pourraient restreindre l’accès à une demande d'asile. La Tunisie ne dispose pas d’un système d'asile opérationnel, ce qui signifie que les personnes en quête de protection doivent généralement s’en remettre à une mission du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés ou se rendre dans d’autres pays. Il existe une procédure d'asile dans l’UE, mais toutes sortes de structures, d’accords et de procédures empêchent quiconque de faire valoir ce droit dans l’UE. Quelle est l’alternative ? La création de voies d'accès sûres et légales. Oui, on y fait référence dans toutes les négociations, mais en pratique sa création reste presque totalement absente.

Source: Chargés de plaidoyer, Caritas International

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