L’Eglise catholique a-t-elle encore l’oreille des décideurs politiques? A un an des élections législatives, Dimanche tente de lever un coin du voile avec des interlocuteurs qui affichent une grande prudence. Tous des hommes.

pour un temps de concertation. ©T. Scholtes
En effet, à première vue, il n’est pas facile de trouver des femmes disposées à témoigner librement même si, comme l’affirmait Anne-Marie Pelletier à Dimanche il y a un an: "Quelque chose est en marche." Leurs réponses sont nuancées, mais le constat est flagrant: oui, l’Eglise belge pèse moins sur le débat public aujourd’hui. Cela n’a rien d’étonnant puisqu’elle a perdu une bonne partie de ses puissants relais d’autrefois. Alors, la question se pose: les évêques ont-ils encore voix au chapitre aujourd’hui? Comment l’Eglise de Belgique relaie-t-elle son positionnement? S’agit-il d’interventions ponctuelles ou récurrentes?
(Re)lire l'Edito – Merci Sophie ! (sur la publication d'un communiqué de la conférence épiscopale belge sur l'allongement du délai pour pratiquer un avortement)
Des contacts – le plus souvent informels et au niveau régional ou local – existent bel et bien entre les évêques et des décideurs politiques de tous bords. Mais la parole d’Eglise devrait idéalement toucher davantage le grand public. Pour mieux structurer et intensifier le dialogue avec la société et le monde politique, l’idée d’une cellule de réflexion, composée d’experts dans des domaines variés, est d’ailleurs soufflée à l’oreille de la Conférence épiscopale.
A l’heure où clercs et laïcs sont invités par le pape François à cheminer ensemble en s’efforçant de trouver ce subtil équilibre des responsabilités au sein d’une Eglise plus synodale mais plus fraternelle aussi, il est bon de se rappeler les paroles, prophétiques selon certains, que François a adressé aux évêques belges réunis pour leur visite ad limina à Rome fin 2022. "Soyez proches les uns des autres." Des paroles qui nous concernent tous, car nous sommes tous missionnaires au sein de l’Eglise.
La question se pose alors de savoir s’il existe aussi des relations de "proximité" entre les cultes et les pouvoirs publics? La réponse est évidente même si elle suscite de nombreux débats et controverses. A y regarder de plus près, l’influence politique de l’Eglise et des catholiques n’est pas négligeable. Pourtant, aujourd’hui, tout ce qui touche au religieux fait reculer les foules. Oser s’exprimer publiquement sur sa foi relève de la gageure. Certes, la séparation entre l’Eglise et l’Etat est un fait. Certains estiment que le principe de cette séparation devrait se décliner en fonction du changement démographique.
Des contacts fréquents entre l'Eglise catholique et le gouvernement
Les responsables d’Eglise ont des contacts fréquents avec le monde politique. "Au sein de la Conférence épiscopale, Mgr Guy Harpigny, évêque de Tournai et Mgr Johan Bonny, évêque d’Anvers, assurent la liaison avec le monde politique", rappelle Mgr Herman Cosijns, ancien Secrétaire général de la Conférence des évêques de Belgique (il a passé le relais à Bruno Spriet au mois de mars). Deux fois l’an, des rencontres sont prévues entre l’épiscopat belge d’une part, et le gouvernement fédéral, d’autre part.
"Le cardinal Jozef De Kesel, qui préside la Conférence des évêques de Belgique, assiste à ce que l’on appelle le Conseil de dialogue. Outre le primat de Belgique, ce conseil se compose des deux évêques référents, un néerlandophone (Mgr Bonny) et un francophone (Mgr Harpigny). Chaque année, une réunion est prévue avec le Premier ministre (Alexander De Croo, Open-VLD) et ses collaborateurs. Une autre réunion est organisée au cabinet du ministre de la Justice (actuellement Vincent Van Quickenborne - Open-VLD) qui a dans ses compétences la charge des cultes", explique Mgr Cosijns.
Le père Tommy Scholtes s.j. porte-parole francophone des évêques de Belgique, souligne que des relations bilatérales existent depuis longtemps entre l’Eglise de Belgique et le monde politique, aussi bien au niveau fédéral que régional ou même local. "On ne peut pas dire de l’Eglise de Belgique qu’elle ne se préoccupe pas des dossiers qu’elle suit de près: l’enseignement, les questions éthiques, les lieux de culte parmi d’autres matières."
Jacques HERMANS
