Charles de Foucauld, une source d’inspiration pour Mgr Luc Terlinden


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Charles de Foucauld, une source d’inspiration pour Mgr Luc Terlinden
Saint Charles de Foucauld © Domaine public
Par La rédaction
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Mgr Luc Terlinden fait partie des Fraternités sacerdotales Charles de Foucauld. Avec saint François d'Assise, l'"ermite du Sahara" est une source d'inspiration pour le nouvel archevêque de Malines-Bruxelles. En novembre 2021, il expliquait au Forum Saint-Michel ce que "la fraternité et l'amitié" avec Charles de Foucauld signifient pour lui. Voici ce qu'il disait.

Mgr Luc Terlinden, archevêque nommé de Malines-Bruxelles, le 22 juin 2023 © CathoBel

Nous entendons souvent parler de Charles de Foucauld comme de l’ermite du Sahara. Pourtant, dans sa vie, il a passé sans doute relativement peu de temps comme "ermite" à proprement parler. Tour à tour jeune orphelin riche et aristocrate, officier, explorateur, trappiste, ermite à Nazareth, prêtre, moine missionnaire, linguiste… En vue de sa canonisation le 15 mai (2022 Ndlr.) , le Bollettino du Vatican le présente, pour sa part, comme "prêtre diocésain".

En effet, Charles de Foucauld a été ordonné prêtre pour le diocèse de Viviers (Ardèche). Nous ne pouvons donc pas réduire Charles à une seule étiquette. La variété des vocations et des fraternités qui sont nées à sa suite témoignent de la fécondité de sa vie. Beaucoup peuvent se reconnaître en lui et c’est aussi ce qui fait son actualité.

Pour ma part, sans être un grand spécialiste, c’est aussi comme prêtre diocésain que je souhaite vous partager ce que la fraternité et l’amitié avec Charles de Foucauld m’inspirent. En partant de ce qui est au cœur de sa vie, à partir de sa conversion en 1886, c’est-à-dire son désir d’imiter Jésus en tout, je déploierai trois dimensions de sa foi : la méditation de la Parole de Dieu, l’Eucharistie et la fraternité.

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L'imitation de Jésus ou la vie à Nazareth

Une lettre à son ami de jeunesse Gabriel Tourdes dévoile le secret de sa vie : "L’amour est inséparable de l’imitation. Quiconque aime veut imiter : c’est le secret de ma vie. J’ai perdu mon cœur pour ce Jésus de Nazareth et je passe ma vie à chercher à l’imiter." (Lettre du 7 mars 1902)

Ne se sentant pas appelé à la prédication, Charles se tourne vers la vie cachée de Jésus à Nazareth. Il veut vivre comme Marie et Joseph, dans leur quotidien avec Jésus. Ce ne sera pas sans idéalisation et préjugés, hérités aussi de son milieu. Ainsi, ce n’est pas sans une certaine condescendance vis-à-vis des métiers manuels qu’il parle du "pauvre ouvrier de Nazareth"…

Ce désir d’imitation va le conduire à la Trappe et puis chez les Clarisses à Nazareth. Il y a quelque chose d’un peu naïf, une recherche de mimétisme dans ce besoin de se rapprocher de la Sainte Famille jusqu’à devoir s’installer dans la ville de la Nativité. Il s’en détachera progressivement, non sans avoir aussi reçu beaucoup de cette période de sa vie.

Préservé de tout cléricalisme

Surtout, pour imiter Jésus, Charles cherche la dernière place et refuse tous les honneurs ou tout ce qui pourrait l’éloigner des plus pauvres et des plus humbles, auxquels Jésus s’est identifié. Son père spirituel, l’abbé Huvelin, avec beaucoup de sagesse, lui enseignera toutefois que la dernière place est déjà prise : par Jésus lui-même !

Finalement, sa place, il la trouvera comme prêtre. L’appel à la vie humble et cachée de Nazareth le préservera toutefois de tout cléricalisme. L’imitation de Jésus doux et humble peut parfois conduire à prendre des charges en vue. Une vie ordinaire, comme celle de la famille de Nazareth, faite de prière, de travail, de proximité avec d’autres, de joies, de peines et des petites choses du quotidien aide à nous préserver du cléricalisme. Cette vie de Nazareth est d’ailleurs ouverte à tous : mariés ou célibataires, religieux ou laïcs etc.

Comment alors grandir dans cette intimité avec Jésus et la vie de Nazareth ? A partir du témoignage du frère Charles, je retiens ici trois dimensions, parmi d’autres.

La méditation de la Parole de Dieu et des évangiles

C’est peut-être une dimension que l’on ne souligne pas assez chez Charles de Foucauld : son amour de la Parole de Dieu et des évangiles. Il a passé de longues heures à méditer la Parole de Dieu et nous a laissé de nombreux carnets avec le fruit de ses méditations. Nazareth, c’est ça aussi: permettre à la Parole de prendre chair, à Jésus de demeurer parmi nous, par la méditation des Écritures et, spécialement, des évangiles.

Dans la description de l’apôtre que doit être tout baptisé pour Charles, il écrit ceci : "lire et relire sans cesse le Saint Évangile pour avoir toujours devant l’esprit les actes, les paroles, les pensées de Jésus, afin de penser, parler, agir comme Jésus, de suivre les exemples et les enseignements de Jésus, et non les exemples et les manières de faire du monde auxquels nous retombons si vite dès que nous détachons les yeux du divin modèle" (Lettre à Joseph Hours du 3 mai 1912).

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L'Eucharistie

Le culte eucharistique, qui s’est fort développé dans les siècles précédents, va fortement imprégner la spiritualité de Charles. Pour lui, "une messe, c’est Noël" et l’adoration rend Jésus présent sous nos yeux, comme Marie et Joseph l’avaient sans cesse sous leurs yeux à Nazareth.

C’est d’abord pour vivre de cette présence de Jésus dans l’Eucharistie que Charles va souhaiter devenir prêtre. Sans renier toute la vérité et la beauté de cette dévotion eucharistique, la compréhension de l’eucharistie et du ministère du prêtre s’est toutefois élargie et renouvelée depuis lors. L’accent est davantage mis sur la dimension communautaire de l’eucharistie, du corps que nous formons en communiant au même pain.

A sa manière, l’Église n’avait toutefois pas manqué de rappeler à Charles cette dimension communautaire de l’eucharistie, en ne l’autorisant que fort tard à célébrer tout seul la messe. De même, il n’a pas toujours eu l’autorisation de conserver le Saint-Sacrement. Il prendra patience… et grandira dans la foi ! Ces périodes de manque, comme nous en connaissons aussi aujourd’hui (pendant la pandémie de Covid-19, Ndlr.), nous invitent à approfondir d’autres signes de la présence de Jésus. Sa Parole. Mais aussi le frère. Charles aurait pu quitter Tamanrasset et les Touaregs pour retrouver la possibilité de célébrer la messe. Mais il a préféré rester auprès de ses frères, parce que c’est là que Jésus l’attendait.

Le frère universel

Saint Charles de Foucauld © Domaine public

La vie de Nazareth apprend aussi à vivre comme des frères et sœurs, tous enfants du même Père des cieux. En cherchant à se faire l’ami et le frère de ceux qui étaient parmi les plus abandonnés, Charles se fait frère de tous, frère universel. L’amitié réciproque avec les plus humbles ouvre à la fraternité avec tous.

Cette fraternité universelle va donc grandir auprès des Touaregs. Lui qui venait pour les "sauver", va même être sauvé par eux. Atteint par le scorbut, ils se sont organisés pour lui trouver du lait alors que celui-ci manquait cruellement en un temps de profonde sécheresse. La détresse les a rapprochés dans une même égalité et fraternité. C’est la deuxième conversion de Charles de Foucauld.

Remarquons cependant que Charles n’a pas toujours été ce "frère universel". Certains de ses propos pendant la guerre ou sur les voleurs et pillards en témoignent… Comme quoi, lorsque l’Église canonise une personne, elle ne canonise pas toutes ses actions et toutes ses paroles !

La fraternité au coeur de la démarche synodale

La fraternité est aussi au cœur de la démarche synodale initiée par le pape François. C’est sans doute le grand enjeu de cette démarche : marcher ensemble comme des sœurs et des frères. Le ministère ordonné (évêque, prêtre, diacre) ne trouve sa vraie place que dans la fraternité : "Vobis... sum episcopus, vobiscum sum christianus" ; "Pour vous je suis évêque, avec vous je suis chrétien" (saint Augustin).

La vie de Nazareth et d’imitation par amour de Jésus, nourrie de la méditation de la Parole, de l’Eucharistie et de la fraternité, va façonner Charles de Foucauld. L’évolution de son regard sur les photos que nous avons de lui en témoigne. Le regard un peu triste et mélancolique du jeune garçon va progressivement laisser place à ce regard fraternel plein de bonté et de tendresse. Là aussi, il a imité son maître : "Jésus posa son regard sur lui et il l’aima…" (Mc 10, 21).

Luc Terlinden, 23 novembre 2021

Catégorie : Eglise Belgique

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