Pape François : ce qu’il faut retenir de son voyage en Hongrie


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Pape François :  ce qu’il faut retenir de son voyage en Hongrie
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le
7 min

Conjuguer identité et charité. C'est ainsi que l'on pourrait résumer le "fil rouge" de la visite du pape à Budapest, du 28 au 30 avril dernier. Rencontrant tour à tour les autorités politiques hongroises, l'Eglise catholique locale, les réfugiés ou encore les jeunes, François n'a cessé de plaider pour l'ouverture conjuguée au ressourcement évangélique.

Rencontre entre le Pape François et les jeunes catholiques hongrois, samedi 29 avril 2023 à Budapest

Vendredi 28 avril, après sa rencontre avec les autorités politiques, François a rencontré les catholiques de Hongrie en la co-cathédrale Saint-Étienne de Budapest. Devant une assemblée d'environ 1.100 personnes parmi lesquelles des évêques, prêtres, diacres, consacrés, séminaristes et agents pastoraux venus des différents diocèses du pays, le pape est revenu sur les défis que doit relever l'Eglise hongroise aujourd'hui.

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"Un accueil prophétique"

Face aux tentations que sont "le défaitisme catastrophiste et le conformisme mondain", nous sommes appelés à "un accueil prophétique", a-t-il déclaré. Dans la foulée, il a dénoncé "la diffusion du sécularisme et à ce qui l’accompagne, qui risque souvent de menacer l’intégrité et la beauté de la famille, d’exposer les jeunes à des modèles de vie marqués par le matérialisme et l’hédonisme, de polariser le débat sur des thèmes et des défis nouveaux". Pour François, il ne faut pas pour autant "se raidir, de se fermer et d’adopter une attitude de 'combattants'". Ces défis doivent plutôt être perçus comme une opportunité pour les chrétiens, une invitation à "entrer en dialogue avec l’Évangile, à chercher des voies, des instruments et des langages nouveaux", "sans peur ni rigidité".

Parlant encore de la «surcharge de travail pour les prêtres» dû notamment au manque de vocations sacerdotales, comme partout en Europe, le Saint-Père a indiqué qu'il était  «important que tous – pasteurs et laïcs – (de) se sentent coresponsables: avant tout dans la prière, parce que les réponses viennent du Seigneur et non du monde, du tabernacle et non de l’ordinateur».

"Les pauvres sont au coeur de l'Evangile"

Le deuxième jour de la visite pontificale, samedi, a été marqué par deux temps forts : une rencontre avec les pauvres et les réfugiés d'abord (et ceux qui les soutiennent), avec les jeunes ensuite.

Lors de la première rencontre, en l'église Saint-Elisabeth de Hongrie, le pape a remercié l'Église locale pour son travail auprès des plus vulnérables et invité les chrétiens hongrois à "apporter toujours le parfum de la charité dans l'Église et dans (leur) pays". "Les pauvres et les nécessiteux - ne l'oublions jamais - sont au cœur de l'Évangile", a rappelé François, visiblement heureux d'être là. "Ils nous renvoient donc à un défi passionnant, pour que la foi que nous professons ne soit pas prisonnière d'un culte éloigné de la vie et ne devienne pas la proie d'une sorte d''égoïsme spirituel', c'est-à-dire d'une spiritualité que je construis pour ma propre tranquillité intérieure et ma propre satisfaction». Le Saint-Père a encore rappelé que la "vraie foi" est "celle qui dérange, qui risque, qui fait sortir à la rencontre des pauvres et qui rend capable de parler à travers la vie le langage de la charité".

"La vie est réelle, pas virtuelle !"

En fin d'après-midi, le pape s'est rendu au Palais des sports de la capitale, où il avait rendez-vous avec près 12.000 jeunes qui l'attendaient avec impatience. Il les a encouragés à être "des jeunes libres et en chemin, compagnons de route d'un Dieu qui écoute leurs besoins et qui est attentif à leurs rêves". Le Seigneur «nous veut vivants, actifs, protagonistes. Et il ne dévalorise jamais nos attentes mais, au contraire, il élève la barre de nos désirs», a-t-il encore souligné.

François n'a pas hésité à aller droit au but avec les jeunes générations : "Aujourd'hui, la tentation est grande de se contenter d'un téléphone portable et de quelques amis. Mais, même si c'est ce que beaucoup font, même si c'est ce que tu as envie de faire, ce n’est pas bon". Il les a également mis en garde contre les appels du monde à la vitesse, à la perfection, à la rapidité, "comme des machines", jusqu’à se retrouver "en panne d’essence", ne sachant plus quoi faire. Il a insisté sur le besoin essentiel préserver le silence, «le terrain sur lequel on peut cultiver des relations bénéfiques, parce qu'il nous permet de confier à Jésus ce que nous vivons», d’entretenir sa vie spirituelle. «Mais le silence n'est pas fait pour rester collé aux téléphones portables et aux réseaux sociaux; non, s'il vous plaît: la vie est réelle, pas virtuelle, elle ne se passe pas sur un écran, mais dans le monde!», a lancé le pape aux jeunes Hongrois.  

La porte ouverte

Dimanche 30 avril, le pape François a présidé la seule messe de son 41e voyage apostolique en Hongrie, quelques heures avant son retour à Rome. En lien avec l'évangile du Bon Pasteur, célébré ce dimanche des vocations, il a centré son homélie sur, encore une fois, le sens de l’accueil. Reprenant la métaphore évangélique de la porte ouverte, François a souligné qu'elle permet d’entrer dans "l’enclos" de Jésus et d’en sortir pour répandre la bonne nouvelle et aider la Hongrie à grandir dans la fraternité.

Une porte ouverte qui, comme Jésus, accueille et rassemble. Une porte que l’on passe pour entrer dans "l'enclos de la communion du Père", afin de faire l’expérience de sa miséricorde; et que l’on passe dans l’autre sens, pour sortir et répandre l’amour reçu, ce à quoi, "tous, sans exception, nous sommes appelés", pour "sortir de nos conforts et avoir le courage de rejoindre les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Évangile".

Le désir de construire la paix

Les portes fermées, en revanche, sont celles des égoïsmes, de l’individualisme, de l’indifférence face à ceux qui sont dans la souffrance et la pauvreté. «S’il vous plait, ouvrons les portes», s’est exclamé François devant les 50.000 fidèles venus participer à la célébration, soulignant qu'elles ne peuvent rester closes devant ceux qui sont différents ou migrants. "Nous sommes […] envoyés dans le monde pour devenir, avec courage et sans crainte, des hérauts de la Bonne Nouvelle, des témoins de l’amour qui nous a régénérés", en ouvrant la porte à "l’amour mutuel".

En prenant congé des fidèles, François a confié tous les Hongrois à la Vierge Marie, Magna Domina Hungarorum, invoquée comme Reine et Patronne. "Je voudrais remettre en son cœur la foi et l’avenir de tout le continent européen, auquel j’ai pensé ces jours-ci, et de façon particulière la cause de la paix". Rappelant qu’il avait consacré à Marie "le tout proche peuple ukrainien meurtri, et le peuple russe", le pape a invoqué l’intercession de la Reine de la paix, afin qu’elle répande «dans le cœur des hommes et des responsables des nations le désir de construire la paix, de donner aux jeunes générations un avenir d’espérance, non de guerre; un avenir plein de berceaux, non de tombes ; un monde de frères, non de murs".

Le Saint-Siège facilitera le retour des enfants ukrainiens

Dans l'avion qui le ramenait à Rome, dimanche après-midi, François a, comme de coutume, répondu aux questions de quelques journalistes. Une première question concernant les frontières de la "route des Balkans", fermées aux migrants : le pape avait-il demandé au premier ministre hongrois Viktor Orbán de rouvrir ces frontières ? Dans sa réponse, le Souverain pontife a indique que les migrations sont "un problème que l'Europe doit prendre en main, parce qu'il y a cinq pays qui souffrent le plus: Chypre, la Grèce, Malte, l'Italie, l'Espagne, parce que ce sont les pays méditerranéens et que la majorité y débarque. Et si l'Europe ne s'occupe pas de cela, d'une répartition équitable des migrants, le problème ne concernera que ces pays".

Une autre question faisait suite à la rencontre du pape avec Hilarion, métropolite orthodoxe de Budapest, mais également responsable du département des relations extérieures du patriarcat de Moscou pendant 13 ans: Hilarion et Viktor Orbán pourraient-ils être des canaux d'ouverture vers Moscou dans le but d'accélérer un processus de paix pour l'Ukraine, ou rendre possible une rencontre entre François et le président Poutine? 

Répondant avec prudence, le Saint-Père a indiqué : "Nous avons parlé de toutes ces choses. Nous en avons parlé parce que tout le monde est intéressé par la voie de la paix. Je suis prêt à le faire. Je suis prêt à faire tout ce qui doit être fait. Par ailleurs, une mission est en cours, mais elle n'est pas encore publique. Quand elle sera publique, je le dirai."

A la suite d'une demande formulée par le premier ministre ukrainien d'aider au retour des enfants emmenés de force en Russie, une journaliste espagnole a demandé au pape s'il interviendrait. "Je pense que oui," a répondu François, "car le Saint-Siège a servi d'intermédiaire dans certaines situations d'échange de prisonniers. (...) le Saint-Siège est prêt à le faire parce que c'est bien, c'est une chose juste et nous devons aider. (...) Il s'agit d'une question d'humanité avant d’être une question de butin de guerre ou d’un déplacement de guerre. Tous les gestes humains aident. Au contraire, les gestes de cruauté n'aident pas. Nous devons faire tout ce qui est humainement possible".

C.H., avec Vatican News

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