Le Colloque Européen des Paroisses (C.E.P.) aura lieu en Roumanie cet été


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Le Colloque Européen des Paroisses (C.E.P.) aura lieu en Roumanie cet été
Par Sophie Delhalle
Publié le
6 min

Du 29 juillet au 3 août, Anne Van Linthout participera au Colloque Européen des Paroisses à Timisoara (Roumanie). Depuis sa première participation en 2003, elle revient pour nous sur sa longue expérience et nous explique pourquoi ce rendez-vous est porteur pour l'Eglise de demain.

Comment une communauté de chrétiens peut-elle être signifiante dans le monde d’aujourd’hui ? Tel sera le thème du 31e colloque européen des paroisses à Timisoara, en Roumanie, du 29 juillet au 3 aout.

Qui serait mieux placé pour expliquer les enjeux du Colloque Européen des Paroisses qu'une personne ayant vécu cette expérience de l'intérieur à plusieurs reprises? Nous avons donc interrogé Anne Van Linthout, responsable du Service diocésain des Couples et des Familles [SDCF] pour le diocèse de Liège, responsable national pour le CEP. Elle se rendra à Timisoara cet été pour débattre avec beaucoup d'autres de l'Eglise d'aujourd'hui mais surtout de celle de demain.

CathoBel : Depuis quand le colloque européen des paroisses existe-t-il ?

Anne Van Linthout : Le CEP doit sa création à l’initiative d’un chanoine français, le Père Francis Connan en 1959. Cette initiative a pu bénéficier de l’appui du Cardinal König de Vienne. Lors de la première rencontre en 1961 à Lausanne, ce sont des prêtres appartenant à sept nations (Belgique, Allemagne, France, Italie, Autriche, Suisse et Espagne) qui étaient présents.

Ils décidèrent alors de se retrouver tous les deux ans au plan européen pour partager leurs expériences, mettre en commun leurs idées et apporter ainsi leur part dans la construction d’une Europe, communauté de peuples.

Comment le colloque a-t-il évolué depuis sa création?

Pour la première fois, en 1973, des laïcs ont pu participer et, depuis, ils sont de plus en plus nombreux. Lors des derniers colloques, leur nombre a atteint environ les deux tiers de l’assemblée.

Depuis le Colloque de Fribourg (Suisse) en 2003, un colloque Jeunes est aussi proposé. Sur le même thème que les adultes, les jeunes ont leurs propres discussions, découvertes et conclusions. Durant le séjour, des moments de rencontre entre adultes et jeunes sont organisés afin qu’aînés et plus jeunes se mettent à l’écoute les uns des autres et s’enrichissent mutuellement de leurs réflexions et propositions.

Aujourd'hui, chaque pays participant peut envoyer deux délégués à ce que l’on appelle le Conseil Européen du CEP (CE). Idéalement ce sont un prêtre et un laïc. Cette instance se réunit une fois par an pour maintenir le lien entre les pays participants, donner des nouvelles des groupes nationaux, discuter et préparer l’organisation des colloques et des thèmes choisis et ensuite les évaluer.

Les dernières éditions ont vu se réunir 120 à 150 personnes. Lors de l’édition 2009 qui eut lieu à Mons, en Belgique, plus de 200 personnes ont participé.

Comment se déroulent les journées ?

Nous commençons toujours par un court temps de prière en début de session. Suit une conférence développant une partie du thème. Les conférences ne durent pas plus de 30 minutes : le but n’est pas de faire de la « haute théologie » pour des spécialistes de la pastorale, mais de toucher et interpeler un public de chrétiens lambda comme on en trouve dans toutes nos paroisses.

Un temps de questions-réponses vient préciser certaines choses avant que des sous-groupes bilingues se mettent à travailler à partir de questions posées par l’intervenant. Il n’est pas nécessaire d’être parfait bilingue pour pouvoir participer à un groupe (ou même au colloque), des traductions simultanées sont prévues et très bien organisées.

Nous apprenons aussi à connaître la réalité des communautés locales en découvrant des témoignages : par exemple, cette année, nous découvrirons l’histoire des prêtres martyrs roumains lors de la révolution qui a libéré le pays de la dictature de Ceausescu. Autre moment fort de découverte : la visite aux paroisses. Chaque sous-groupe est accueilli pendant une après-midi et une soirée par une communauté locale : accueil chaleureux, découvertes des projets locaux, du folklore également en toute simplicité.

L’eucharistie est célébrée quotidiennement en fin de matinée. L’après-midi est consacrée soit à la découverte de projets pastoraux de différents pays en lien avec le thème soit à une découverte touristique ou spirituelle.

Quel est le but poursuivi? Pourquoi faut-il maintenir ce rassemblement à votre avis?

Le but principal est de réunir des chrétiens de paroisses et de communautés chrétiennes dans un esprit oecuménique (catholiques, protestants, gréco-catholiques, anglicans, orthodoxes suivant le pays où est organisé le colloque) et de contribuer à la construction d’une Europe accueillante et riche de sa diversité.

Personnellement, l’aspect « apporter sa petite brique à l’édifice » de la construction d’une Europe solidaire et respectueuse des diversités me parle. Rencontrer et expérimenter d’autres églises chrétiennes et apprendre d’elles leur façon de prier, d’évangéliser me parait aussi très intéressant. Cela permet de relativiser nos difficultés très « Europe de l’Ouest » en ce qui concerne la pauvreté grandissante de nos paroisses.

Je constate que là où une communauté est solide et vivante, c’est quand elle s’ouvre à toutes les diversités et les difficultés des personnes qu’elle côtoie et avec lesquelles elle vit. La solidarité en actes et pas seulement en paroles est sans aucun doute un appel à dépasser nos questions de sacristie et de clochers et cela donne de la vigueur aux paroisses qui le vivent très concrètement.

Quels sont les enseignements qui ont émergé lors des dernières éditions ?

Chaque édition du CEP est l’occasion de se demander si la paroisse est un groupe d’élus qui se regardent eux-mêmes ? Ou si elle est un lieu de mission tournée vers les autres et particulièrement les plus pauvres, les plus isolés, les plus démunis, en souffrance, ceux qui sont à la « périphérie » ?

Nos communautés chrétiennes sont-elles composées de baptisés, disciples de Jésus, conscients de vivre dans leur paroisse, à leur niveau, la mission de toute l’Eglise au cœur de l’Europe ? Autrement dit : nos paroisses vivent-elles bien la mission confiée à l’Eglise par Jésus-Christ ?

Quelle est donc cette mission ? Que tout homme, toute femme sache qu’il est aimé de Dieu ! C’est bien entendu un appel à « sortir vers » et non pas « à battre le rappel ». Il nous revient, à nous tous baptisés d’étendre et de rendre possible l’expérience de l’Amour de Dieu que nous avons faite nous-mêmes à tous les autres ! C’est cela notre mission ! Rien de plus, rien de moins !

Le colloque peut nous aider à comprendre cette mission aujourd’hui et au-delà de nos paroisses, dans la société européenne qui est la nôtre.

Des souvenirs marquants, anecdotes à partager ?

Lors du dernier colloque en Ukraine en 2019, lors de la visite dans les paroisses, le groupe auquel je participe arrive dans un petit village rural aux alentours de Lviv. Le curé, son épouse et leurs enfants nous accueillent. Surprise déjà ! D’autres jeunes de la paroisse sont là également. Il émane de cette petite équipe une impression de « faire famille » !

Chacun participe, chacun a une place, chacun joue son rôle. C’est rafraichissant pour nous qui ne voyons bien souvent plus ni jeunes, ni enfants dans nos paroisses… En fin d’après-midi, ils nous conduisent dans un enclos où ils nous expliquent que c’est là que les volontaires tombés au combat dans le Donbass sont enterrés ; de jeunes adultes qu’ils ont fréquenté régulièrement à la paroisse. Beaucoup d’émotion. Ils entretiennent leur mémoire et ont à coeur de nous expliquer ce que cette guerre a changé dans le village. Et aujourd’hui je me demande ce qu’il en est : combien d’autres tombes ont-elles été creusées ? Combien de familles endeuillées ? Les jeunes que nous avons rencontrés, que sont-ils devenus ? Sont-ils seulement en vie ?

Propos recueillis par Sophie DELHALLE

Bon à savoir : Le CEP participe aux travaux du Conseil de l’Europe à Strasbourg en tant qu’ONG dans le cadre des organisations de solidarité et d’aide internationale depuis 1994.

Catégorie : Eglise monde

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