Ce dimanche, c'est le père Philippe Robert, sj qui nous commentera l'évangile de Jean (14, 15-21). Retrouvons sa réflexion ci-après...
"En ce temps-là". Fade expression pour nous disposer à écouter au grand soleil de Pâques ces paroles de Jésus. Surtout, elle nous dissimule que ce "temps-là" est, dans l’évangile, celui de la nuit qui tombe sur la Cène. Autant le dire: pour les disciples, un temps d’incertitude et d’angoisse. De débandade, de reniement tout proches. L’Heure est venue, Jésus fait ses adieux. Celui qu’on va livrer, à qui l’on va percer le cœur, livre le cœur de son enseignement aux disciples, avant de marcher vers Gethsémani où tous vont l’abandonner. Il nous faut sentir quasi physiquement ce qui plombe le climat du dernier repas partagé, avant d’accueillir ce qui jaillit des mots du Seigneur.
Nous les avons peut-être trop souvent (trop distraitement?) entendus pour mesurer combien ils sont déconcertants, de la part d’un Rabbi qui vient de passer des mois et des mois à former ses disciples, tant par sa parole que par les signes de puissance qu’il a multipliés devant eux. Nous pourrions penser que ce long temps partagé avec le Maître, à son école, aurait suscité au cœur des disciples, jour après jour, un socle de solide confiance, une paisible réserve d’espérance pour la suite de la route. Ils pourraient avoir tout en eux pour affronter les mauvais jours. Or, dans son discours d’adieu, sachant bien le brouillard qui habite leurs cœurs, Jésus n’invite pas ses amis à prendre appui sur la mémoire du chemin parcouru avec lui. Ce n’est pas de leur vécu, de leur propre fond qu’ils sauront tirer de quoi trouver la juste place à tenir, les mots à dire au milieu d’un monde qu’ils vont devoir affronter en orphelins, sans le Maître à leurs côtés. Il va falloir qu’ils soient forts, mais la force nécessaire pour traverser les épreuves à venir et pour les rendre fécondes sera le fruit d’un don totalement nouveau, que le Fils obtiendra du Père: "Il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous."
Cette nouveauté justifie que nous recevions ces paroles de Jésus, après (et pas durant) la Semaine Sainte. Sur la route des disciples, l’événement de la Passion plante un avant et un après, l’avant et l’après de leur lâcheté, de leur abandon du Maître. Jésus - qui sait tout cela – annonce par avance que le Donateur ne se reniera pas lui-même en cessant, lui, d’être fidèle. Le don de l’Esprit Saint est pour l’après de la Croix, pour le temps de Pâques, destiné à ceux qui auront traversé, par peur, la nuit de la lâcheté et de la honte - navrants reflets du Maitre qui, dans les mêmes heures ténébreuses, aura traversé par amour la nuit de la Mort.
En route vers la fête de la Pentecôte, et au nom de la vérité qui rend libre, acceptons d’entendre que le don de l’Esprit Saint est promis à des hommes qui vont aller jusqu’au bout de l’infidélité. A eux (et à nous) de découvrir par lui jusqu’où vont la miséricorde et le triomphe de la Vie.
Père Philippe ROBERT, sj

