Alors que le gouvernement a toujours la volonté d'élargir l'accès à l'avortement, sur le terrain, l'enthousiasme est beaucoup moins grand. De nombreux gynécologues ne souhaitent pas étendre le délai légal. Des spécialistes regrettent aussi l'impossibilité de discuter librement du sujet.

Il était une foi - L'avortement en débat - Diffusée dimanche 14 mai à 20h sur La Première
Invités: Dr Xavier De Muylder et Constance du Bus
Présentation: Manu Van Lier
Unanimité? Pas si sûr. Il y a quelques semaines, La Libre révélait que 41% des gynécologues francophones n'étaient pas favorables à une extension de la loi actuelle (qui vise à dépénaliser l'avortement, supprimer le délai légal d'attente de 6 jours, supprimer la présentation d'alternatives à toute femme qui souhaiterait avorter et surtout, à étendre le délai légal de 12 à 18 semaines). "La législation actuelle est très claire et, à mon avis, largement satisfaisante", nous indique Xavier De Muylder, gynécologue à Bruxelles. Le docteur rappelle que la Belgique prévoit déjà une disposition assez extrême d'interruption médicale de grossesse: tant que l'enfant n'est pas né, une grossesse peut être interrompue pour raisons médicales. Il ne voit pas pourquoi le délai légal devrait être étendu. "Quand M. Yvon Englert [coprésident du groupe scientifique] dit qu'il y a unanimité sur cette question, on se demande où il va la chercher. Si on écoute les gynécologues, le consensus le plus large pourrait être trouvé autour de 16 semaines. Et pourtant, dans certains partis, on estime que ce serait là une mesurette ou une forme de chantage..."

Juriste, chargée d'étude à l'Institut européen de bioéthique, Constance du Bus embraie. "Le comité recommande d'inscrire l'avortement au rang des soins de santé. Mais l'avortement n'est pas un acte médical comparable à une opération du genou, par exemple. Si tel était le cas, pourquoi faudrait-il une loi qui en règle les conditions? Et pourquoi le sujet provoquerait-il un tel débat dans la société?"
La femme, seule concernée?
La majorité des acteurs favorables à une généralisation de l'avortement mettent en avant le droit de la femme à disposer de son corps. Un argument naturellement important. Mais certains regrettent l'absence d'une série d'autres arguments. "Par exemple, le traumatisme que peut représenter un avortement est un sujet tabou", pointe Constance du Bus. "Aujourd'hui, ça ne se fait pas de dire que l'avortement laisse des traces psychologiques chez la femme. Autre chose: l'impact d'un avortement sur les praticiens. Des praticiens américains ou britanniques nous disent qu'ils ont du mal à accueillir un avortement par morcellement [ndlr: pratique visant à démembrer le corps, déjà trop grand, pour le sortir]. Il faut prendre soin de nos médecins, on ne peut pas en faire des automates. "
Vincent DELCORPS / Manu VAN LIER

