Nous voici déjà au 3e dimanche de Carême, et l'évangile du jour nous parle de la réaction de la samaritaine à la vue d'un homme assoiffé au bord du puits...
Avec le réchauffement climatique, le manque d’eau devient une question cruciale posée non seulement dans les pays du Sud mais de plus en plus dans nos régions au climat tempéré. En effet, évoquer l’or bleu, c’est toucher à la question centrale du vivant. D’ailleurs, dans beaucoup de contrées où il n’y pas d’eau courante, ce sont les femmes qui en assurent l’approvisionnement continuant ainsi à donner vie à leur famille comme elles le font déjà par la maternité.
Ce jour-là, lorsque la samaritaine arrive au puits, elle trouve un homme apparemment assoiffé. Débute alors une phase d’étonnements successifs. Que fait cet homme au bord du puits, lieu habituellement réservé aux femmes? Pourquoi ce juif est-il en Samarie, terre souvent considérée comme hostile? De surcroît, l’homme ne craint pas d’aborder celle qui s’approche, c’est-à-dire de briser la frontière ancestrale qui rend improbable la rencontre d’un juif avec une femme de Samarie. Et même la bienséance est mise en difficulté car un homme ne parle pas à une inconnue. Etonnement pour la samaritaine, étonnement pour Jésus! Pourquoi cette femme choisit-elle l’heure la plus chaude du jour pour venir puiser l’eau nécessaire à la vie quotidienne? Dès l’entame de cet extrait d’évangile résonne une invitation à dépasser les tabous pour engager le dialogue, pour donner droit à la rencontre.
Une fois la glace brisée, débute un échange où tous deux, petit à petit, se révèlent en vérité. Pour la samaritaine, l’exercice est exigeant. Il va lui falloir dépasser ce qui est "terre à terre" pour aller plus en profondeur, c’est-à-dire passer d’une soif d’eau à l’aspiration profonde à une vie meilleure, quitter ses masques et accepter d’être soi, abandonner l’enfermement d’une image qu’on a d’elle pour se laisser aimer en vérité. Pour Jésus, cette rencontre fortuite offre l’occasion de révéler l’inouï de sa personne. Au cœur de la fragilité de son humanité, sa dignité se dévoile progressivement. Le Dieu qu’il donne à voir se fait proche, ne juge pas, n’enferme pas. Ses paroles sont sources de vie éternelle. Le dialogue devient un processus de reconnaissance réciproque.
Rencontrer le Seigneur en vérité bouleverse en profondeur. Ainsi, celle dont les déboires conjugaux invitaient à se faire discrète, ne craint plus de courir au village annoncer sa découverte. Alors qu’elle prétendait abreuver l’étranger à la margelle du puits, elle en oublie sa cruche tant le témoignage la presse. Alors qu’elle avait rencontré tant d’hommes sans avoir connu l’amour, elle a trouvé en Jésus celui qui l’aime de manière totalement désintéressée.
Décidément, de cette rencontre improbable, une vie sort transformée. Cet événement n’aurait-il pas déjà un petit parfum de résurrection? L’expérience vitale de la samaritaine ne peut plus être contenue dans une cruche, ni enfermée dans un quelconque temple, ni même confinée sur une montagne. C’est en plein jour qu’il faut la partager, donner envie d’y goûter.
Abbé Pascal ROGER

