La souffrance du peuple, au centre du voyage du pape (podcast)


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La souffrance du peuple, au centre du voyage  du pape (podcast)
Dans les camps pour personnes déplacées, le désespoir s'installe ©Marti Waals
Par Manu Van Lier
Journaliste de CathoBel
Publié le
6 min

Dans Il était une foi, Marti Waals et Vincent Delcorps décryptent le voyage du pape en République Démocratique du Congo et au Soudan du Sud. Ensemble, ils reviennent sur les moments clés de ce voyage mais aussi sur les paroles fortes prononcées par le pape François et évoquent les violences qui s'intensifient à l'est de la RD Congo.

Dans un camp pour les familles déplacées sur les flancs du volcan Nyiragongo près de Goma ©Marti Waals

Emission Il était une foi du 12 février 2023

Le pape François a terminé ce 5 février 2023 un voyage de six jours en République Démocratique du Congo et au Soudan du Sud. Ce déplacement était prévu l'année dernière mais il avait dû être reporté en raison de l'état de santé du pape. Dans quel contexte le pape a-t-il entrepris ce voyage et que pouvait-on en attendre? Que retenir des discours et des rencontres? Dès le premier jour de ce voyage, le pape François a marqué les esprits avec un discours très engagé présenté devant les autorités civiles à Kinshasa. Le pape pointant les forces qui mettent en péril "l’intégrité territoriale" de la RDC à coup de "méprisables tentatives de fragmentation du pays", dénonçant l'attitude de la communauté internationale qui s’est "presque résignée à la violence" et "au sang qui coule dans ce pays", fustigeant l'exploitation des ressources naturelles, la corruption, l'impunité et la manipulation des lois et de l'information.

Vincent Delcorps, directeur de la rédaction de CathoBel et Marti Waals, théologien et agent de développement, analysent ce voyage. Marti Waals rendu s'est rendu le mois passé dans la région de Goma (à l'Est de la RDC). Il revient avec un constat alarmant: le nombre de personnes déplacées suite aux violences perpétrées par des groupes armés augmente.

Conflit à l'Est du Congo: Une solidarité communautaire inouïe envers les victimes

Depuis plus que 25 ans maintenant, une lutte atroce ravage la région de l’Est du Congo, touchant en premier lieu la population ordinaire rurale. Reportage dans les camps de réfugiés.

Dans les camps pour personnes déplacées, le désespoir s'installe ©Marti Waals

Suite aux nouvelles attaques perpétrées par les milices du M23, plus que 500.000 personnes ont fui, depuis juin, leurs villages pour trouver refuge majoritairement dans des camps improvisés le long de la router vers Goma. La situation y est catastrophique. La plupart des réfugiés n’ont reçu jusqu’à présent aucune aide des grandes organisations humanitaires. Les rations distribuées au compte-goutte ne sont clairement pas suffisantes pour nourrir les familles et ne servent qu'à une partie mineure de cette population vulnérable. Le nombre de décès suite à la malnutrition est alarmant. Dans un des camps qui abrite 4000 ménages, on recense des dizaines de morts, principalement des enfants et des personnes âgées.

Malgré la situation générale de pauvreté, il est remarquable d'observer la mobilisation de la population de Goma pour apporter une aide d'urgence. De multiples actions s'organisent pour sauver des vies humaines et beaucoup de familles déplacées ont trouvé refuge auprès de familles d’accueil. Pascal est enseignant et père de sept enfants. Malgré sa charge familiale, il n'a pas hésité à accueillir trois familles, fuyant la guerre à Rutshuru (Nord-Kivu), au sein de son propre foyer. Il sacrifice même ses économies pour nourrir au total plus de vingt personnes et leur fournir un toit, à l'abri des pluies abondantes, dans une annexe de son modeste logement. Pour expliquer son geste, Pascal cite un dicton africain "il n’est bon de manger seul !" Il trouve normal de partager le peu qu’il a avec d’autres qui sont dans le besoin.

Une question de survie

La solidarité s'organise également à travers différentes actions mises en place par les paroisses et les organisations locales à Goma. Dans les communautés de base (shirika), les chrétiens se sont mobilisés, suite à l'appel lancé par l'évêque de Goma, pour collecter de la nourriture, des vêtements et d'autres biens essentiels. Ces "shirika" centralisent ces dons au sein des paroisses d'où  les biens sont acheminés par petits camions vers les sites de déplacés pour être ensuite distribués aux plus vulnérables. Les curés avec l'aide de laïcs engagés dans ces paroisses collaborent activement à l'opération.

En marge des actions qui bénéficient des structures de l’Eglise, des groupes de jeunes de Goma s’engagent également pour apporter leur aide. Le groupe LUCHA (Mouvement citoyen de lutte pour le changement) avec d’autres associations comme Action Goma a mis en place des collectes destinées aux enfants et aux femmes enceintes, désemparés et contraints de dormir en rue. Ces groupes parviennent à réunir des montants relativement importants (environ 200 dollars par jour) permettant de financer la préparation de bouillies nourrissantes pour un millier de démunis. Un des volontaires, John, témoigne qu’il ne pouvait simplement pas rester indifférent face à ce drame humain: "sans cette aide je ne sais pas comment ces enfants allaient survivre." "Cette mobilisation citoyenne, poursuit John, doit cependant alerter les grands organismes et le gouvernement qui ont la responsabilité d’intervenir." La communauté internationale, estime-t-il, doit s'opposer à cette injustice qu’il connait depuis sa naissance.

Distribution de bouillie par des bénévoles du mouvement citoyen LUCHA ©Marti Waals

Il est, en effet, intolérable que ce jeu géostratégique macabre se poursuive entre différents états africains qui cherchent à s’accaparer les richesses du sous-sol, le bois tropical ou les denrées alimentaires exportés illégalement, au détriment des possibilités de développement durable de cette population.

HOLD – L'espoir d'une nouvelle vie

Bien que l’aide humanitaire soit vitale dans cette crise injuste, d’autres organisations locales s’engagent pour donner des perspectives à plus long terme aux personnes vulnérables. L’organisation HOLD-GOMA concentre son action sur les jeunes femmes à travers l'accueil de filles mères, de filles rejetées par leur famille ou qui avaient été enlevées par des groupes armés. Un avenir plus serein se dessine pour elles par le biais de formations en coupe et couture, art culinaire, esthétique ou entretien des maisons. Depuis dix ans, l'association a ajouté des cours d’alphabétisation au programme. Grâce à HOLD, ces filles et jeunes mères  peuvent à présent prétendre à une vie digne et autonome. Une jeune femme témoigne: "j'ai été enlevée et emmenée dans la brousse par un homme. Je suis tombée enceinte suite à des viols répétés. Le travail de l'association m'a permis de retrouver peu à peu de l'estime de soi et d'entamer une formation qui a débouché sur un petit commerce de vente de fromage et de lait qui me permet d'être aujourd'hui autonome." HOLD organise également des témoignages des filles mères dans les écoles secondaires, communautés de base, églises et centres de santé pour sensibiliser des jeunes sur les pièges d’une grossesse précoce.

Cette solidarité africaine ne peut que nous encourager à soutenir leurs efforts, surtout dans cette période où nous pouvons observer chaque jour les drames d'une guerre, tout aussi injuste, qui s'est installée à nos frontières européennes. Il est primordial de mettre la pression sur les parties qui exploitent, sans scrupules et depuis des décennies, cette région éprouvée. Il faut aussi un engagement et un appui concrets pour venir en aide à ces populations en partageant leur signes de solidarité. A court terme, par des activités  d’urgence, humanitaire pour sauver des vies humaines innocentes mais aussi en appuyant des organisations locales qui promeuvent le redressement de la personne bafouée, leur dignité et leur autonomie progressive.

Depuis Goma, janvier 2023

Marti WAALS

Pour plus d’informations : www.luchacongo.org et www.holddrc.org

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