Khalida Kalaf, future infirmière pour aider les victimes yézidies


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Khalida Kalaf, future infirmière pour aider les victimes yézidies
Par Anne-Françoise de Beaudrap
Publié le
5 min

Si elle avait entamé des études de journalisme, cette jeune Irakienne aurait écrit elle-même son histoire. Elle a finalement choisi d’être infirmière et de se confier à Dimanche pour relayer son message en Belgique.

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Khalida Kalaf est une jeune Yézidie de 23 ans qui vit en Irak. Nous avons été mis en contact avec elle grâce à Search for Common Ground, une organisation internationale qui travaille à mettre fin aux conflits violents et collabore pour cela, chaque année, avec des centaines de milliers de femmes. Comme Khalida. Celle-ci témoigne de ses nombreuses expériences difficiles et du quotidien des jeunes femmes de sa génération. En tant que minorité en Irak (quelques dizaines de milliers sur une population de 1.500.000 Irakiens), les Yézidis font l’objet de persécutions. "Heureusement, j’ai eu une enfance stable, ma famille n’a pas dû déménager", explique Khalida. "Mais d’autres jeunes filles ont été empêchées de se déplacer, même pour se rendre auprès d’autres membres de la famille, ou pour aller à l’école car c’était trop dangereux pour elles."

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Pas en sécurité hors de la maison

Pour cette population yézidie, il y a un avant et un après 2014, l’année où l’autoproclamé Etat islamique s’est étendu en Irak. Notre jeune témoin confirme: "Ça a été un changement à 180 degrés pour nous. Nous devions restés enfermés toute la journée à la maison, sans nous sentir vraiment en sécurité." Dans sa famille (huit enfants: cinq filles et trois garçons), l’entraide est très forte. Les parents ne pouvant plus travailler, c’est donc Khalida et son frère qui les nourrissent tous. "Mes parents n’ont pas pu finir leurs études", raconte Khalida, sans s’étendre sur les persécutions qui les en ont empêchés à l’époque. "Ils nous encouragent à étudier pour améliorer notre situation."

La jeune fille a pris ces conseils au sérieux puisqu’elle s’est lancée dans des études d’infirmière. Ce n’était pourtant pas son premier choix: "J’ai eu l’opportunité de faire le métier de journaliste. Ça m’aurait donné la possibilité de faire entendre la voix des Yézidis. Mais c’est un métier très difficile pour les femmes", constate-t-elle. "Même pour une musulmane, les obstacles sont nombreux." Alors pour une jeune Yézidie, le parcours est encore plus compliqué.

"Nous sommes plus fortes que vous ne le pensez"

Dans ses études d’infirmière, Khalida s’est spécialisée dans la santé mentale, afin de pourvoir apporter de l’aide aux femmes yézidies qui ont subi des violences, des enlèvements voire des formes de torture. Depuis plusieurs années, la jeune étudiante travaille à temps partiel dans un centre de soutien aux jeunes femmes violentées. "Au début, je rentrais chez moi en pensant à tout ce qui leur était arrivé", reconnaît-elle. Elle se reprend aussitôt: "Nous avons beaucoup souffert, nous sommes souvent vues comme des victimes. Et pourtant, nous sommes fortes, beaucoup plus fortes que les gens ne le pensent."

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Comment fait-elle entendre la voix des Yézidis? D’abord en dialoguant avec ses amis musulmans et chrétiens. Elle prend un exemple: "Je ne peux pas m’habiller comme je veux. Parfois, à l’université, mes amis m’interrogent sur mon choix de vêtements et je leur réponds que je mets ce que je pense être acceptable." Des discussions aussi concrètes que cela peuvent alors parfois aboutir à des conversations plus poussées sur la liberté de religion car, rappelle Khalida, "les filles qui ne veulent pas porter l’hijab peuvent être tuées!"

A certaines (rares) occasions, Khalida prend aussi la parole devant un public plus large. C’était le cas, il y a un an, lors d’une conférence internationale qui se déroulait à Londres sur la liberté de religion. "Ça m’a beaucoup encouragée de voir et d’entendre les bonnes idées mises en place partout dans le monde." Elle a pris connaissance d’un espace de dialogue entre juifs et palestiniens développé depuis Jérusalem: deux femmes, l’une juive israélienne, et l’autre arabe/musulmane israélienne, éditent une page Facebook commune. "Je réfléchis à faire de même avec des amis chrétiens et musulmans", confie Khalida, sans préciser encore de calendrier.

Quand nous interrogeons la jeune Yézidie sur le parcours de sa communauté ces dernières années, elle reconnaît qu’il y a eu des avancées positives. "Nous sommes de plus en plus connectés à l’extérieur, au monde." Sur les droits des femmes aussi, sujet qui lui tient évidemment à cœur. "Les femmes en Irak revendiquent davantage leurs droits." Elle cite un triste fait divers récent: "Une fille a été tuée par son père. Celui-ci a été envoyé devant un tribunal."

Mais il reste encore beaucoup à faire, concède-t-elle. "Je rêve que chaque fille puisse accomplir ses ambitions professionnelles." Elle espère en particulier qu’il n’y ait plus de restrictions de déplacements pour les Yézidis, ni d’obligation vestimentaire pour se conformer à la majorité musulmane. Pourtant, ce qui prime à ses yeux concerne le dialogue entre les communautés qui devraient coexister sur le territoire irakien. Les Yézidis, résume-t-elle, "sont un peuple pacifique et ouvert. Ils n’ont jamais voulu vivre comme cela", c’est-à-dire privés de tout contact avec leurs voisins à cause de croyances différentes.

Anne-Françoise de BEAUDRAP

Qui sont les Yézidis ?

Les Yézidis sont une minorité ethnique et religieuse parlant le kurde et vivant dans le nord de l’Irak, essentiellement dans la plaine de la Ninive, mais aussi en Turquie, Syrie, Iran, Arménie et Géorgie.
Leur religion, inspirée par le soufisme et le zoroastrisme de la Perse antique, existait avant l’islam et le christianisme.
Avant 2014, on comptait moins d’un million de Yézidis. Aujourd’hui, 300.000 Yézidis vivent dans des camps de déplacés internes dans le nord de l’Irak, et quelques milliers d’autres sont dispersés dans leurs régions d’origine.
Persécutés par les musulmans sunnites qui les considèrent comme "des adorateurs du diable", le sort des Yézidis a été incarné par Nadia Murad, ex-esclave sexuelle de Daech, qui a reçu le Prix Nobel de la Paix en 2018 (en même temps que le Docteur Mukwege). La jeune femme, également lauréate du prix Sakharov, est aujourd’hui ambassadrice de bonne volonté des Nations unies pour la dignité des victimes du trafic d’êtres humains.

AFdB

Catégorie : International

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