Ce lundi 6 février, le cardinal Jozef De Kesel est intervenu devant l'assemblée synodale à Prague. Au nom de la délégation belge, il a a souligné combien le processus synodal nous met au défi de comprendre les signes de notre temps. Voici le texte de son intervention.

Il est frappant de constater dans le document* de la phase continentale combien les réflexions et les attentes sont identiques partout. On ressent ainsi que nous avons besoin d’une conversion et d’une réforme en profondeur. Nous ne vivons pas seulement une époque de changements mais bien un changement d’époque.
En Europe ce changement prend une forme spécifique par la confrontation avec une société de plus en plus sécularisée. En Europe, il n’y a pratiquement plus de société chrétienne homogène. Il n’est pas bon de constater seulement cette situation et de la vivre comme une menace et comme quelque chose contre laquelle il faut s’opposer. Comme Eglise nous vivons dans le monde mais pas nécessairement dans un monde chrétien. Cela demande de notre part un changement de mentalité et une vraie conversion.
Nous avons beaucoup à offrir au monde mais nous avons aussi beaucoup à recevoir de lui
Une attitude négative qui condamne le monde et la société est stérile. Nous avons beaucoup à offrir au monde mais nous avons aussi beaucoup à recevoir de lui. L’ouverture au monde peut nous aider à mieux comprendre l’Evangile. Le saint pape Jean XXIII parlait à ce propos de signes des temps. Tout le processus synodal nous invite à comprendre les signes de notre temps, aussi les signes de la société sécularisée contemporaine. De là précisément les grands défis devant lesquels nous nous trouvons aujourd’hui et qui ressortent aussi nettement dans le document : la question du ministère ordonné et des autres ministères et responsabilités dans l’Eglise, une Eglise fraternelle avec un exercice de l’autorité qui y soit adapté et exclu toute forme d’abus de pouvoir, une Eglise synodale sans déviations cléricales, la place de la femme, les questions éthiques avec une attention particulière pour ceux qui se sentent exclus de l’Eglise. Ce ne sont pas des tentatives d’adaptation de l’Evangile aux temps modernes mais ce sont tous des signes de notre temps : un temps qui nous aide à mieux comprendre ce que l’Evangile nous demande aujourd’hui.
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Le Document nous dit qu’à l’heure actuelle seule une Eglise synodale est à même d’annoncer l’Evangile. La synodalité est au service d’une Eglise missionnaire. Mais ce qu’on entend par évangélisation n’est pas toujours clair. Nous vivons dans une société pluraliste qui est bâtie sur la tolérance et le respect de l’autre. Notre pastorale ne peut pas être une pastorale de conquête ou de reconquête, mais une pastorale de présence. Le problème n’est pas d’être moins nombreux mais d’être insignifiant. Au cœur du monde l’Eglise est appelée à être signe de l’amour de Dieu non seulement pour elle-même mais pour ce monde. C’est là la grande question : comment être présent en paroles par l’annonce mais aussi en acte par un engagement pour un monde plus juste et fraternel. Il faut à tout prix éviter que le chemin synodal ne devienne qu’une affaire qui ne regarde que l’Eglise ad intra.
+Jozef cardinal De Kesel, archevêque de Malines-Bruxelles
* « Élargis l’espace de ta tente ». Document de travail pour l’étape continentale

