Le pape François a terminé ce matin sa visite en RD Congo. «Merci, d’être un poumon qui donne du souffle à l'Église universelle!», a-t-il encouragé les évêques. Il a pris ensuite la direction de Juba, capitale du Sud-Soudan pour la deuxième partie de son voyage placé sous le signe de la paix et de l'oecuménisme.

Pour la deuxième étape de ce 40e voyage apostolique, François est accompagné de l’archevêque de Canterbury, Mgr Justin Welby, et du modérateur de l’assemblée générale de l’Eglise d’Écosse, le très révérend Dr Iain Greenshields. La présence de ces deux dignitaires religieux transforme ce déplacement en pèlerinage œcuménique.
Le pape a été accueilli à l’aéroport de Juba, en début d'après-midi. François s'est ensuite rendu au Palais présidentiel de la capitale sud-soudanaise, où il rencontre le président du pays, Salva Kiir, puis les vice-présidents. C'est la première visite d'un pape dans ce jeune Etat qui a acquis son indépendance il y a peu.
La paix fragile de cette région
Les 11 millions d'habitants du Soudan du Sud connaissent la grande pauvreté, et la peur liée à une instabilité chronique. Ce pays pauvre a sombré dans une sanglante guerre civile en 2013 opposant les ennemis jurés Riek Machar et Salva Kiir, qui a coûté la vie à près de 400 000 personnes. En 2019, après un accord de paix, François avait reçu les deux frères ennemis sud-soudanais. Dans un geste fort, il avait embrassé les pieds des deux dirigeants, aujourd'hui au pouvoir dans le cadre d'un gouvernement d'union nationale.
Le voyage du pape François reste marqué par cette insécurité permanente dans le pays. Hier, ce jeudi 2 février, 21 personnes ont perdu la vie dans une attaque dans le sud du pays. "Je suis horrifié", a réagi l'archevêque Canterbury sur Twitter. "C'est une histoire trop souvent entendue dans le Soudan du Sud. J'en appelle à une voie différente, pour que tous se rassemblent vers une paix durable."
Le logo de la visite de François, résume les peines et les espérances du Soudan du Sud. On y retrouve :

- les contours de la carte de la nation africaine, avec les couleurs du drapeau
- la croix, symbole de l'héritage chrétien du pays, mais aussi de sa souffrance
- deux mains tremblantes qui se joignent pour indiquer le désir de réconciliation des groupes, afin qu'ils ne forment qu'une seule nation
- une colombe avec un rameau d'olivier comme témoignage du désir de paix
- puis la phrase de l'Évangile de Jean «Je prie pour que tous soient un».
François est attendu depuis des mois
Au Soudan du Sud, la visite du pape est très attendue. De nombreux chrétiens ont fait le déplacement sur des routes parfois cabossées. Le journal La Croix raconte aussi comment une religieuse a essayé de réunir les quelques 20.000 livres sud-soudanaises (près de 30 €) nécessaires pour emmener les 15 orphelins qu’elle héberge et pouvoir assister à la messe du pape. La pauvreté et l'espérance semblent toutefois les deux mots-clés de la population.
Le voyage du Saint Père avait été annoncé l'an dernier. N'ayant pu se faire à cause de sa blessure au genou, il a été reporté jusque ce début d'année. Mgr Hubertus Matheus Maria van Megen, nonce apostolique au Soudan du Sud, a entendu un ministre lui confirmer: "Maintenant, tout le monde se prépare, et espère que tout ira bien, car il est très important pour nous que le Pape vienne nous encourager".
Ce vendredi 3 février après-midi sera justement rythmé par les rencontres avec les autorités, la société civile et le corps diplomatique du Soudan du Sud (à l'heure où nous rédigeons cet article). Le programme de samedi sera davantage orienté vers un aspect religieux. Le pape rencontrera d'abord les personnes impliquées dans la mission, avant d'entendre l'après-midi le témoignage des réfugiés et personnes "déplacées internes" du pays. François terminera son voyage ce dimanche 5 février par une messe suivie de l'angélus.
La RD Congo, poumon vert pour le monde
Avant de quitter la République démocratique du Congo en fin de matinée, le pape s'est adressé aux évêques en charge des 48 diocèses du pays. Devant la CENCO, François a d’abord assuré combien il lui a été agréable de passer ces jours-ci en RDC, «cœur vert» de l'Afrique et poumon pour le monde. Avec la grande forêt du bassin du Congo, couvrant trois millions de km2, le pays dispose d'un patrimoine naturel dont il s'agit de protéger la beauté de la Création et «de la défendre contre les blessures causées par l'égoïsme prédateur».

Le Pape a filé la métaphore forestière, évoquant cette immense étendue de verdure comme «une image qui parle à notre vie chrétienne». En effet, le Souverain pontife a rappelé comment en tant qu'Église, «nous avons besoin de respirer l'air pur de l'Évangile, chasser l'air pollué de la mondanité, garder le cœur juvénile de la foi». C'est ainsi qu’il s’imagine l'Église africaine et voit l’Église congolaise: «une Église jeune, dynamique, joyeuse, animée par la soif missionnaire».
Une Église qui souffre pour son peuple
«Merci, d’être un poumon qui donne du souffle à l'Église universelle!», s’est exclamé François, conscient de l’autre physionomie de cette Église locale. «Votre visage jeune, lumineux et beau est marqué par la douleur et la fatigue, parfois par la peur et le découragement», a-t-il relevé. «C'est le visage d'une Église qui souffre pour son peuple, c'est un cœur qui bat au rythme de la vie du peuple avec ses joies et ses tribulations. C'est une Église signe visible du Christ qui, aujourd'hui encore, est rejeté, condamné et méprisé dans les nombreux crucifiés du monde, et qui pleure nos propres larmes».
Le Pape a évoqué «une Église qui, comme Jésus, veut aussi sécher les larmes du peuple», en s’évertuant à «prendre sur elle les blessures matérielles et spirituelles des gens, et en faisant couler sur elles l'eau vive qui guérit du côté du Christ». A la fin de son intervention, François a encore exhorté les évêques qu'il n'arrive jamais, alors que le peuple souffre de la faim, que l’on puisse dire des évêques: «Ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce» (Mt 22, 5). «Non, le commerce, s'il vous plaît, laissons-le en dehors de la vigne du Seigneur! Nous sommes des pasteurs et des serviteurs du peuple, pas des hommes d'affaires!», s’est-il élevé.
AFdeB (d'après Vatican News, KTO, la Croix)
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