Une réécriture subtile et élégante du classique Vivre d’Akira Kurosawa, avec un magistral Bill Nighy en fonctionnaire tristounet.

Aux côtés des sorties tonitruantes de la fin du mois de décembre (Avatar, la voie de l’eau notamment), on trouve aussi d’autres films plus intimistes et qui méritent autant l’attention du public. C’est le cas de Vivre, un film anglais acclamé dans son pays mais qui est sorti plus timidement chez nous le 28 décembre.
Nous sommes en Angleterre, en 1953. Des hommes en costume trois pièces et chapeau melon attendent sur le quai d’une gare. Ils sont fonctionnaires et prennent chaque jour ce train vers Londres où ils œuvrent à reconstruire la ville durement touchée par les frappes de la Seconde Guerre mondiale. Parmi eux, Williams, la soixantaine et une vie passée à ne pas se faire remarquer. Fonctionnaire modèle, il s’est toujours attelé à faire son boulot correctement. Cette rigueur, il l’a aussi appliquée à sa vie privée. Veuf, il entretient des rapports cordiaux avec son fils. Il ne fait jamais de folies et mène donc une existence morne et sans fantaisie.
Jusqu’au jour où… On lui annonce malheureusement qu’il est atteint d’une maladie incurable et qu’il ne lui reste plus que quelques mois à vivre. Face à cette douloureuse nouvelle, Williams va réfléchir à son existence. Mais il ne va pas, comme on pourrait s’y attendre, décider de partir faire la fiesta. Alors qu’il avait depuis longtemps baissé les bras, se disant que l’administration défaillante de l’après-guerre ne pouvait rien entreprendre d’autre que de la paperasse, il se saisit d’un dossier avec la ferme intention de le boucler. Un groupe de femmes d’un quartier de Londres était en effet venu plusieurs fois proposer un projet de reconversion d’un bâtiment détruit en plaine de jeux pour les enfants. Chaque fois, leur dossier échouait en haut d’une pile de documents, même en s’adressant à plusieurs services différents. Williams va donc mettre toutes les ressources dont il dispose pour faire aboutir ce projet social.
Un éclairage subtil
Vivre, relecture du film éponyme d’Akira Kurosawa sorti en 1952, est dirigé par Kazuo Ishiguro, prix Nobel de littérature. D’origine japonaise mais naturalisé britannique, son regard "étranger" sur Londres fait des merveilles. Il retranscrit parfaitement le flegme britannique, les émotions contenues ainsi que l’ambiance de l’après-guerre. Il fait ainsi coïncider l’éveil de Williams avec une image progressivement plus lumineuse. Les décombres et les mines fatiguées font place aux balançoires et aux rires des enfants. Cette progression est toutefois subtile. Le réalisateur ne tombe pas dans un pathos dégoulinant, préférant raconter par petites touches le changement de mentalité de ce fonctionnaire éteint.
Joli film, d’une sobre élégance, Vivre invite à chasser la froideur des sentiments. Il fait se questionner sur la morosité qui nous envahit parfois et nous pousse à nous renfermer sur nous-mêmes. Alors que l’année 2023 vient de débuter, ce récit offre une inspirante leçon, à appliquer dès maintenant.
Elise LENAERTS

