Théâtre : L’amitié sur le fil du tableau


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Théâtre : L’amitié sur le fil du tableau
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

Il semble généralement admis que les sujets de politique enveniment les discussions. Saviez-vous qu'il en est quelquefois de même pour l'art ?

© Gaël Maleux

Trois amis perçoivent différemment un même tableau blanc, sur fond blanc. Si la thématique du tableau monochrome n'est pas neuve – il suffit de songer au carré blanc sur fond blanc peint par Malevitch en 1918 – les réactions qui entourent l'observation et l'acquisition d'un tableau peuvent fracturer ou briser une amitié. Derrière l'achat d'une huile à un prix faramineux, le meilleur ami de Serge, l'heureux propriétaire, se sent trompé et abandonné. Les sentiments abondent dans cette pièce sobrement intitulée Art : colère, incompréhension, vanité, déception… Un panel d'émotions surgit, inversement proportionnel à la monotonie des couleurs déployées. Le trio d'amis se trouve donc menacé par l'apparition d'une huile, jugée sans intérêt et hors de prix par les deux autres. Marc le clame et y voit une menace pour son amitié, envers Serge, un homme qu'il juge intelligent et dont l'amitié le flatte. Et pendant ce temps, Yvan, le troisième larron, tente de recoller les morceaux, dans un décor minimaliste, qui ressemble, à s'y méprendre, à une salle muséale contemporaine.

Un miroir de la société

Depuis sa première représentation parisienne en 1994, Art ne cesse d'être jouée à travers le monde. La pièce de Yasmina Reza a été traduite en 35 langues et s'est vu distinguée par des récompenses prestigieuses comme des Molières ou un Tony Award aux Etats-Unis. Comment expliquer un tel succès ? La pièce ne traite pas uniquement d'art, elle met en lumière les enjeux sous-jacents aux penchants artistiques. Que l'on aime les marines de Turner ou les tournesols de van Gogh traduit une sensibilité particulière. De là à ce que surgisse une gradation dans les goûts, entre les amateurs éclairés et les autres, entichés – selon les premiers – de croûtes qui surplombent leur salle à manger. Yasmina Reza souligne le snobisme inhérent au marché de l'art, le rituel aussi dans le déploiement d'une œuvre. C'est ainsi que Serge présente "son" tableau, accompagné d'un drap blanc virevoltant. Une manière de souligner la mise en scène liée à la rareté de l'œuvre, qui mérite tant d'égards et de soins.

Sur scène, Bernard Cogniaux, Pierre Dherte et Alain Leempoel – qui assure la mise en scène – excellent. Les trois comédiens se retrouvent après avoir joué cette pièce pour la première fois… il y a 24 ans. C'est dire si les tirades les habitent et jaillissent, comme celles d'Yvan, ce parfait insignifiant – joué par Bernard Cogniaux – qui retrouve de l'énergie lorsqu'il conte tous ses malheurs domestiques. Et les deux autres de se retrouver à ses détriments.

Angélique TASIAUX

En tournée : 07.12 au Centre culturel de Ciney, 15.12 au Théâtre royal de Mons, 16.12 à la Maison culturelle d'Ath et du 20 au 31.12 au Wolubilis.

Catégorie : Belgique

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