La Coopération Internationale pour le Développement et la Solidarité (CIDSE), coalition d’ONG catholiques, a tiré un bilan très mitigé de la COP27 mais titré "Un aperçu d'espoir face à la détérioration du climat". Cathobel a voulu comprendre la position de la CIDSE sur les COP. Par ailleurs, c'est aujourd'hui que s'ouvre la COP15 sur la biodiversité.

Cathobel : Vous titrez votre bilan de la COP27 de façon plutôt optimiste. Pourtant vos réflexions disent plutôt le contraire. Confirmez-vous la déception assez générale des organisations actives pour la justice climatique et sociale (*)?
CIDSE : Oui le titre fait référence au gain relatif aux pertes et dommages de la conclusion de la COP 27. C’était une décision encore impensable l’an dernier et qui a été mise sur la table des négociations depuis les dernières décennies. C’est un des nombreux sujets (tels que la finance et le focus sur l’adaptation, l’agriculture …) sur lesquels on observe des positions diamétralement opposées entre pays dits développés et dits en voie de développement.
Parvenir à une décision était donc un succès en soi et l’on pourrait donc y voir une lueur d’espoir. Maintenant cela reste une décision qu’il va falloir faire vivre, mettre en œuvre et cela risque fort de bloquer et de créer des tensions. C’est une décision qui arrive 30 ans trop tard et si l’on se fie à la façon dont les questions liées aux finances ont été traitées ces derniers temps. L'écart toujours présent entre les intentions et la réalité. On voit qu’il y a encore du chemin à parcourir pour y arriver. Voilà donc nos sentiments. Un peu d’espoir parce que, enfin; les voix de la société civile - surtout celle des pays les plus affectés par les changements climatiques - ont enfin eu leur écho. Mais nous sommes déçus face à tout ce temps perdu et au manque de moyens réels encore visibles.
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Face au manque d’ambition récurrent des COP et aux freins importants qui empêchent d’initier des actions fortes, faut-il encore envisager une COP28 ?
La COP n’est pas la solution magique. Par contre, il n’y a pas d’autre espace que la COP pour discuter des questions climatiques au niveau international. Malgré les avancées au niveau décisionnel, dans la pratique, nous n’avons pas réussi à inverser la vapeur en termes de réductions d’émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial.
L’objectif de 1.5°C (NDLR : fixé par l’Accord de Paris, en 2015) est ou sera bientôt hors de portée dans le cadre de la justice climatique qui est un concept clé pour la CIDSE. Bientôt, cet objectif ne sera réaliste que dans la tête des apprentis sorciers c’est-à-dire des promoteurs de la géo-ingénierie, les techno-fixes de la capture industrielle du carbone et des compensations carbones via les marchés, toutes choses auxquelles nous sommes opposés et qui sont clairement de fausses solutions dont le potentiel impact négatif sur les gens, communauté, la nature et le climat sont facilement démontrables.
Etant donné qu’il est déjà trop tard, il faudra bien à un moment ou un autre que les gouvernements reconnaissent leur incapacité et celle du format actuel de la COP à mener un véritable changement et changer de fusil d’épaule. L’espace de discussion qu’est la COP est nécessaire mais clairement insuffisant. Nous poursuivons beaucoup d’autres espaces avant et après la COP. On ne mise pas exclusivement sur cet espace pour faire entendre nos demandes et les questions de justice climatique.

Pourquoi ne pas plutôt investir tous les moyens mis à participer aux COP dans l’aide aux populations déjà en difficulté ?
La participation à la COP n’est pas une fin en soi mais une couche supplémentaire à un plaidoyer qui veut s’adresser à plusieurs niveaux de pouvoir à la fois. De plus, nos membres travaillent de près avec des organismes de par le monde, à l’année longue, à mettre en place des solutions alternatives, à proposer d’autres modèles économiques, d’autres modèles de consommation et de production.
Nous ne sommes pas un réseau humanitaire, mais d’autres le font – et c’est l’ensemble de ces efforts collectifs qui doit être mis en avant : financer la transition et l’adaptation pour les pays affectés, dédommager pour les effets déjà néfastes, venir en aide directe aux populations qui vivent les crises au quotidien, et changer nos politiques ici dans les pays riches et puissants – car c’est ici que le modèle économique consomme et fait consommer les ressources autour de la terre.
Nous avons une plus haute responsabilité de transformer notre approche et nos politiques ici et de reconnaître notre plus forte contribution à la crise écologique.
En France, le Comité pour l’abolition des dettes illégitimes exige de cesser le financement des énergies fossiles et de réglementer les activités bancaires qui aggravent le dérèglement climatique. Quelle est la position de la CIDSE ? Est-elle partagée par le Vatican ?
La CIDSE pose aussi des actions : en 2021 elle demandait l'annulation de la dette et le soutien financier des pays les plus pauvres avant la réunion des ministres des finances du G20. Elle s’est aussi positionnée lors des Dialogues Africains sur le Climat en demandant que les pays du Nord paient la dette écologique qu’ils ont envers les pays du Sud.
Nous avons également appuyé la démarche du Cardinal Michael Czerny, préfet du Dicastère pour la promotion du développement humain intégral, qui appelait en juillet dernier à établir un traité de non-prolifération des combustibles fossiles et du désinvestissement des combustibles fossiles, pour protéger les populations et la planète.
👉 Découvrir ici ce que propose le traité de non-prolifération des combustibles fossiles
Que va faire la CIDSE maintenant que la COP27 est terminée ?
On ne va pas arrêter. Le travail ne se fait pas uniquement aux COP. Il se fait au quotidien, tout au long de l’année. Si nous, dans nos pays privilégiés n’agissons pas avec courage et baissons nos bras, comment pourrons-nous faire face à nos sœurs et frères et amis autour du monde qui ont déjà leurs vies menacées par la crise climatique ? Nous devons continuer de les appuyer, de porter leurs messages haut et fort et de faire comprendre à tous ceux qui veulent bien nous entendre, que ce que nous faisons à notre planète, nous le faisons à la famille humaine à nos générations futures, et nous le faisons à nous-mêmes.
Dans les prochaines années, la CIDSE va continuer de travailler sur les questions de souveraineté alimentaire, de droit à la terre, de de transition énergétique et la responsabilité des entreprises vis-à-vis des droits humains, et nous le ferons avec l’idée que la justice climatique et la protection de la biodiversité sont des questions transversales tout comme notre responsabilité d’agir de manière cohérente, avec justice pour tous et toutes, dans l’égalité de toute les personnes et créatures avec qui nous partageons notre maison commune.
Les COP s'enchaînent et se ressemblent... ou pas !
A noter que du 7 au 19 décembre, les gouvernements du monde entier se réunissent à nouveau. Cette fois à Montréal, au chevet de la biodiversité. La Conférence des Parties (COP) sur la biodiversité a lieu tous les deux ans. Cette année est particulièrement importante car les états doivent parvenir à un accord historique pour stopper et inverser la diminution importante des espèces en créant un plan d’action mondial. L'enjeu est de taille puisque tout les êtres vivants sont interdépendants. Seul l'avenir dira si les états sont prêts, après ces grands-messes, à réellement agir.
Nancy Goethals
(*) A titre d'exemple, le Mouvement Laudato si juge que "le résultat de la COP 27 est profondément décevant pour la communauté catholique qui espérait et travaillait pour un accord avancé sur l'élimination progressive des combustibles fossiles. Au lieu de cela, ce qui a été convenu est un copier-coller de l'accord de Glasgow faisant référence à une réduction progressive de l'énergie au charbon, à l'élimination progressive des subventions inefficaces au pétrole, et à l'inclusion d'une transition vers une énergie à faible émission, qui est essentiellement du gaz qui est une source d'émissions de GES". (voir leur communication sur leur site)

