Ce dimanche 27 novembre, les catholiques entrent dans l’Avent. Ce temps liturgique nous prépare à accueillir la Nativité de Jésus, mais aussi à tourner notre regard intérieur vers notre Avenir: la fin bienheureuse de l’humanité et de l’univers dans le Christ qui vient.

Avec l’Avent vient le temps de l’attente, le temps du réveil de l’attente pour les chrétiens. Que sont censés attendre les chrétiens? Une "arrivée", un "avènement" – significations du terme "avent", adventus en latin –, celui du Christ. L’évangile du premier dimanche du temps de l’Avent l’exprime avec force: "Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. Comprenez-le bien: si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Tenez-vous donc prêts, vous aussi: c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra." (Mt 24,42-44). Paul, quant à lui, nous appelle à sortir de notre sommeil, à nous réveiller, alors que la nuit s’achève et que le jour va bientôt se lever, un jour qui nous apportera le salut (Cf Rm 13,11-14a).
Le cri de l’humanité
Se réveiller, rester éveillé, veiller, attendre, guetter la venue de celui qui vient, pour ne pas le manquer. "Mon âme attend le Seigneur plus qu'un veilleur ne guette l'aurore", dit le psaume. "Plus qu'un veilleur ne guette l'aurore, attends le Seigneur" (Ps 129, 6-7). Cette attente de Dieu fait suite à un cri de détresse: "Des profondeurs je t’appelle, Seigneur: Seigneur, entends ma voix" (Ps 129,1). Ce cri du croyant rejoint le cri de toute l’humanité, de l’humain de chaque époque et de chaque lieu. A chaque âge du monde et de la vie, ses joies et ses douleurs particulières. Notre temps n’échappe pas à la règle. Toutes et tous, nous pouvons évoquer des situations difficiles, que nous les traversions nous-mêmes ou d’autres, des situations présentes ou passées. Pensons à la guerre qui se poursuit en Ukraine, aux violences dans l’Est de la RDCongo, ou chez nous, aux personnes confrontées à la précarité économique ou énergétique…
"Seigneur, sauve-moi des eaux qui vont m’engloutir"
Plus fondamentalement, nous sommes tous immergés dans les profondeurs d’une condition humaine commune, faite de nos contingences, de nos limites, de notre mortalité, du mal qui est en nous. Même nos joies les plus humainement authentiques, celles que nous donnent l’amour et l’amitié partagés, comportent leurs limites. Cette perspective pourrait être désespérante, et pour certains, elle l’est effectivement. Le croyant, le chrétien n’échappe (évidemment) pas à cette condition, mais il peut faire de son cri un appel lancé à Dieu: "Seigneur, sauve-moi des eaux qui vont m’engloutir". Mais lorsqu’il crie son désarroi, le non croyant ne se tourne-t-il pas aussi, même si ce n’est que très intuitivement, très implicitement, vers Dieu?...
La part d’imprévisible
L’appel adressé à Dieu implique déjà au moins un embryon d’espérance, et engendre une attente. Celle-ci rejoint également une caractéristique essentielle de l’humain. On attend toujours quelque chose. On est toujours tendu, orienté vers un avenir, proche ou lointain, qu’on espère de toutes nos forces être favorable, mais qu’on appréhende parfois aussi avec anxiété, car on ne sait jamais avec certitude de quoi demain, et encore moins après-demain, sera fait. A moins de croire au destin, à la chance ou à une fatalité implacable – le fatum disaient les Romains, force aveugle, pouvait prendre les traits personnels de la déesse Fortuna qui se joue de l’humanité –, cette attente du futur, de notre futur, n’est pas passive.
"Plus qu'un veilleur ne guette l'aurore, attends le Seigneur."
Au contraire, on fait tout ce qui est en notre pouvoir pour préparer son avenir et éviter les échecs, la maladie, la dépendance et bien sûr la mort. On se prépare activement à la vie professionnelle, on cherche du travail, on cherche l’âme sœur aussi, ou sa vocation. On construit son avenir. On se mobilise pour préserver la planète, car le réchauffement climatique n’est pas inévitable. La pauvreté non plus n’est pas une fatalité. Beaucoup de choses, dans notre existence individuelle et collective, dépendent de nous.
Cependant, on ne peut tout maîtriser. Il y a une part d’imprévisible dans nos vies. Les accidents et les malheurs peuvent survenir. La mort aussi finit par arriver, quoi qu’on fasse. Mais les bonheurs aussi peuvent survenir de manière inattendue: l’amour qu’on n’attendait plus, le job qu’on n’espérait plus. Nos plus grandes joies nous viennent d’ailleurs de manière imprévue. Les bonheurs qu’on planifie nous-même pour nous-même, par la consommation notamment, finissent toujours par nous laisser un goût de vide. On espère toujours plus, en quantité comme en qualité.
Christophe HERINCKX
Les propositions pour cheminer dans le temps de l'Avent
- un calendrier proposé par le diocèse de Namur
- le défi Insta du Service diocésain des jeunes (Liège)
- Réfléchir sur le thème "L'alimentation est un droit, pas un sparadrap"

