
Cette semaine, nous retrouvons l'abbé Pascal Roger qui nous commente l'évangile de ce dimanche en entrant dans le sens des paraboles proposées par Jésus et... s'abandonner à la miséricorde...
L’auteur de romans policiers a soin d’orienter son lecteur sur de fausses pistes afin de maintenir l’intrigue tout au long de son œuvre. Il fait comprendre qu’il faut dépasser les apparences pour finalement démasquer le coupable.
Entrer dans le sens des paraboles proposées par Jésus nécessite également de ne pas s’arrêter à l’impression première et d’être attentif aux différents accents du récit. Aujourd’hui, le maître de Galilée met en scène deux acteurs bien connus des familiers du nouveau testament. Notre attention est dès lors focalisée sur chacun d’eux dont les caractéristiques sont bien décrites par la parabole. De prime abord, le pharisien apparaît comme le plus honorable. Il est vrai que, dans ce groupe religieux emblématique du Ier siècle en Palestine, les exigences morales, les pratiques de charité et de piété sont méritoires. Quant au publicain, son curriculum est peu glorieux. Complice de l’occupant romain, il profite de son statut pour s’enrichir sur le dos de ses semblables. Evidemment, il suscite dégoût et rejet de la part de la population qui, par ailleurs, craint ses pouvoirs. Au plan moral, le jugement entre les deux hommes est rapidement rendu et la sentence est évidente.
Si maintenant, nous nous attardons davantage au contenu de leurs propos, notre point de vue risque d’évoluer. En effet, hautement conscient de ses mérites, le notable n’a pas de place pour Dieu dans sa prière. Tellement assuré de son bon droit, il est encombré de lui-même et se positionne à la place d’un juge: il s’autojustifie et condamne tous les autres. Le collecteur d’impôts, en venant se présenter devant Dieu, opère déjà une sacrée conversion. A vue humaine, il n’a rien à attendre d’un dieu dont la justice se réduirait à analyser les mérites. Mais ce n’est pas devant un tel dieu qu’il se tient humblement mais bien devant Celui dont il perçoit toute la miséricorde. S’il sait qu’il n’a rien à faire valoir, il croit qu’il peut tout attendre. En s’appuyant sur ses propres forces, il n’obtiendra rien mais en se décentrant vers Celui dont il espère tout, il peut croire à l’impossible. C’est ainsi qu’il confesse le vrai visage de Dieu. De surcroît, il n’entre pas dans cette logique de la comparaison, dévastatrice pour les relations. Il sait qu’à ce jeu, il n’a aucune chance mais peut-être nous fait-il comprendre qu’il s’agit là d’un véritable poison. En effet, la comparaison ne conduit à rien sinon à l’orgueil, à la jalousie ou à l’envie, autant d’attitudes qui replient sur soi. Mais il a perçu que l’attitude qui sauve, c’est de s’ouvrir au Dieu de miséricorde qui seul justifie, même le pécheur.
Par ses gestes et ses paroles, finalement par tout son ministère, Jésus n’a eu de cesse de révéler ce Dieu-là. Même sur la croix, lorsque le Larron s’en remet à lui, il manifeste que Dieu peut tout pour le cœur ouvert, humble et disponible. Si une première approche de la parabole semblait nous orienter vers des comportements à imiter, une lecture plus approfondie nous fait découvrir que c’est Dieu qui est au centre et nous révèle la mesure de son amour.
Abbé Pascal ROGER

