Par le passé, cet historien de confession chrétienne orthodoxe a vécu en Ukraine et en Russie. Aujourd’hui directeur de recherche au Collège des Bernardins, Antoine Arjakovsky est un observateur attentif – et inquiet – du drame qui se déroule dans l’Est de l’Europe. Il invite nos démocraties occidentales à faire preuve d’un sursaut moral.

Optimiste? Non. "Très franchement, la situation est extrêmement grave", soupire Antoine Arjakovsky. "On n’en est qu’au début d’un conflit qui est en train de s’étendre. Voyez déjà les conséquences de la famine en Afrique…"
Engagé toutefois. Ses armes, ce sont la parole et la réflexion d’abord. L’historien français est aussi un homme d’action, qui ne craint pas d’assumer le fait que l’Occident est entré en guerre contre la Russie. Mais pour lui, plus que le dialogue diplomatique classique, obnubilée par les rapports de force, c’est la recherche du bien, de la vérité et de la justice ainsi que la dénonciation du mal qui auront le dernier mot. "J’espère que l’Occident aura cette force d’âme", insiste-t-il.
Dans l’esprit de la plupart des Belges, la guerre a commencé en février. Et pourtant, comme vous le rappelez volontiers, la guerre a commencé dès 2014. Comment expliquez-vous ce décalage?
C’est une vraie question! En mars 2014, la Russie annexe la Crimée. En Europe, on n’avait plus vu ça depuis la Seconde Guerre mondiale. C’était une véritable guerre. Et pourtant, nous n’étions que quelques-uns à le reconnaître. En 2017, j’ai soutenu qu’il ne s’agissait pas seulement d’une guerre russo-ukrainienne, mais que la Russie menait une guerre contre l’Union européenne et la démocratie libérale. Et pourtant, là encore, j’ai été très peu relayé… Je me retrouve un petit peu comme dans Don’t look up: dans ce film, des scientifiques annoncent l’arrivée d’une comète qui s’apprête à écraser la Terre. Ils plaident en faveur d’une action rapide. Or, la présidente des Etats-Unis est prise dans des impératifs électoraux, les grandes sociétés cherchent à défendre leurs intérêts commerciaux, tandis que les médias sont en quête d’audimat et de légèreté…
Propos recueillis par Vincent DELCORPS
