
L'évangile du jour parle des premiers chrétiens, leur rapport à Dieu, à l'argent, à la vie... Et c'est le frère Philippe Henne qui nous partage son commentaire en ce 25e dimanche du Temps Ordinaire:
Comme d’habitude, Jésus aime les situations bien claires et bien tranchées. Avec lui, c’est l’un, et c’est pas l’autre: c’est Dieu ou c’est l’argent. Et pourtant, nous savons bien que la vie n’est pas aussi simple. Il faut de l’argent pour pouvoir vivre et ce n’est vraiment pas l’idéal devoir vivre sans argent. Il y a encore et toujours beaucoup trop de gens qui tremblent tous les mois: ils ne savent pas comment ils vont faire pour payer le loyer, le gaz et l’électricité. Et ce sont souvent des femmes seules qui ont des enfants chez elles. Certains moines et certains ermites peuvent rêver de vivre sans argent, mais cette forme de vie n’est pas faite pour tout le monde. Et ce n’est certainement pas cela que Jésus souhaite pour toutes les familles du monde. Alors comment faire pour suivre Jésus et avoir de quoi vivre?
Très vite, les premiers chrétiens ont développé des caisses de solidarité. On en parle déjà dans le Nouveau Testament, et plus spécialement dans les Actes des apôtres. Il y est question de l’aide que les premiers disciples ont apporté aux veuves. Dans l’Antiquité, les femmes ne pouvaient gagner leur vie et elles ne pouvaient pas posséder des terres ou un patrimoine. Elles dépendaient entièrement de leur mari ou de leur famille. Mais cela ne suffisait pas toujours. Tout le monde se souvient de la veuve de Sarepta. Le prophète Elie lui avait demandé du pain. Elle lui avait répondu qu’il ne lui restait plus qu’une galette et qu’après cela elle allait mourir de faim, elle et son enfant. Donc, la création d’une caisse d’aide et de soutien pour les veuves était déjà une petite révolution à l’époque des premiers disciples.
Mais cela ne répond pas à cette question: comment faire pour gagner sa vie ou que faire avec l’argent que l’on a gagné? Clément, un chrétien d’Alexandrie, au nord de l’Egypte, avait fait une bonne distinction. Il voyait qu’il y avait des riches armateurs qui avaient beaucoup de bateaux. Et c’était bien, parce que grâce à cela, ils pouvaient traverser les tempêtes de la Méditerranée et porter du blé partout dans l’empire romain. Mais Clément avait aussi remarqué que ces riches armateurs avaient plusieurs maisons: l’une en ville, les autres à la campagne. Et, pendant ce temps-là, beaucoup d’hommes et de femmes n’avaient pas de quoi se loger. Il avait vu que ces riches entrepreneurs avaient plusieurs manteaux et plusieurs costumes, et, autour d’eux, beaucoup de pauvres n’avaient pas de quoi se vêtir. Ils avaient de grosses bagues et beaucoup de bijoux, alors que certains étaient dans la rue et avaient faim.
Et cela, c’était une autre révolution que les premiers chrétiens allaient apporter au monde romain, celle d’écouter Jésus qui leur avait dit que ce qu’ils feraient à un pauvre, c’est à lui qu’ils le feraient. Aider les plus démunis, ce n’est pas seulement gentil, c’est aussi logique quand on aime Dieu. Alors, quand nous recevons aujourd’hui l’eucharistie, nous reconnaissons que Jésus est présent dans ce morceau de pain. Demandons donc à Dieu la grâce de reconnaître Jésus en chacun de nos voisins. Dieu n’est pas seulement au ciel. Il est aussi sur terre et au milieu de nous. Accueillons-le avec amour comme il nous accueille avec tendresse.

Frère Philippe HENNE, op

