Commentaire de l’évangile – Abbé Pascal Roger : « Indifférence ou solidarité, un choix vital »


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Commentaire de l’évangile – Abbé Pascal Roger : « Indifférence ou solidarité, un choix vital »
Par Angèle Mamuza
Publié le - Modifié le
3 min

L'évangile de Luc (16, 19-31) de ce 26e dimanche du temps ordinaire a pour titre "Tu as reçu le bonheur, et Lazare, le malheur. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance". Et c'est l'abbé Pascal Roger qui nous partage sa réflexion à celui-ci:

Revenant d’un voyage en Inde, un professeur d’université rapportait une expérience qui l’avait profondément marqué. La fenêtre de sa chambre d’hôtel s’ouvrait sur un parc arboré. Tous les matins, les services de la ville y ramassaient les cadavres de ceux qui, la nuit, mouraient dans l’indifférence totale. Un tel récit ne peut que faire résonner la question de Dieu à Caïn dans le livre de la genèse: "Qu’as-tu fais de ton frère?"

Nous le savons, l’être humain est capable du meilleur et du pire. Doté d’une intelligence prodigieuse, d’une créativité étonnante, d’une grande capacité d’adaptation, il peut susciter des élans de solidarité remarquables. Cependant, l’histoire et l’actualité nous révèlent aussi qu’il peut exploiter ses semblables, cultiver la violence, rivaliser d’ingéniosité dans la cruauté voire se replier sur lui-même. N’est-ce pas de cela dont veut nous entretenir Jésus dans la parabole de ce jour? Une lecture superficielle nous laisserait penser que le maître de Nazareth condamne les riches au titre de leur richesse et valorise les pauvres parce qu’ils sont dans la misère. Faudrait-il être misérable pour plaire à Dieu?

Que savons-nous des deux protagonistes de la parabole? L’un, anonyme, dispose de grands biens, porte des vêtements luxueux et multiplie les banquets somptueux. L’autre s’appelle Lazare; en grande situation de précarité, il est couché, couvert de plaies, devant le portail du premier. L’insistance de la parabole porte sur l’attitude du riche ne voyant pas ce qui l’entoure, indifférent aux autres et à ce qu’ils vivent. Bref, il est replié sur lui-même et aveuglé par ses richesses.

Tous deux ne représentent-ils pas notre humanité dans ses excès? Notamment cette humanité qui fait de l’avoir, du pouvoir et du paraître les dieux de son panthéon. Cette part d’humanité qui, égoïstement, consomme les ressources de la planète, souffre manifestement de cécité. Elle est insensible aux enjeux de l’environnement, indifférente à l’autre partie, bien plus importante et enlisée dans la misère. Délibérément, elle s’exclut du champ des relations justes. Quant au pauvre, sa seule richesse est son nom. Mais c’est là un bien précieux car il rend possible la relation.

S’enfermer, ne déployer son intelligence et son énergie qu’au service de son bien-être conduit à l’enfer. L’image utilisée par Jésus est forte. Mais ne peut-on considérer que l’enfer est le lieu où les relations ne sont plus possibles, le lieu de la solitude par excellence… un chemin de mort? N’est-il pas vrai qu’être sourd aux appels de la terre et aux appels des pauvres conduit inexorablement à la mort? Quant au chemin de vie, il passe nécessairement par un renouveau des relations, une solidarité effective, une écoute et une attention aux besoins de tous. Dans la ligne des prophètes, Jésus interpelle son auditoire, invitant à choisir la vie et à se sentir responsable les uns des autres. Certainement, le paradis est de ce côté!

Abbé Pascal ROGER

Catégorie : L'actu

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