Ce mardi 26 juillet, au troisième jour de son voyage au Canada, le pape François a visité un lieu sacré pour les autochtones canadiens: le Lac Sainte-Anne, en Alberta. Lors d'une rassemblement, au jour de la fête de la grand-mère de Jésus, il a béni les eaux du lac et rendu hommage à "l'inculturation maternelle" de la foi.
Cette rencontre s’est tenue dans une atmosphère festive, en présence d’environ 10.000 personnes. Les visages des pèlerins ont exprimé une joie profonde au passage du pape, qui, malgré son fauteuil roulant, a pu embrasser quelques enfants.

Poursuivant son périple «pénitentiel» au pays de l’Érable, le pape a rejoint les rives de ce lac situé à quelque 80 kilomètres d’Edmonton, qui attire chaque année 40.000 personnes lors d’un grand pèlerinage, depuis le XIXe siècle. Le pontife y a évoqué «les cœurs qui, depuis des siècles, ont vibré au bord de ces eaux» et les «générations qui se sont mises en chemin vers le Seigneur pour faire l’expérience de son œuvre de guérison».
Le «Lac de Dieu»
Surnommé jadis «lac de Dieu» (Wakamne) ou encore «lac de l’esprit» (Manito Sahkahigan), il est considéré comme un lieu sacré, et ses eaux comme ayant des propriétés curatives. Les Sioux de la nation Nakota se sont d’ailleurs installés sur ses rives bien avant les colons, conduits par un chef mystique qui avait reçu, selon leur histoire, une vision de ce lac où les arbres murmuraient leur chant traditionnel.
Lorsqu’une mission catholique y fut ouverte par les Oblats de Marie Immaculée en 1844, le lac fut baptisé du nom de sainte Anne. Le premier pèlerinage fut organisé en 1889, inspiré du sanctuaire de Sainte-Anne d’Auray en Bretagne.
Lieu de dévotion pour les autochtones
Attirant de nombreuses nations autochtones – Cris, Dénés, Pieds-Noirs, Métis –, ce pèlerinage est l’occasion pour les communautés d’exprimer leur dévotion particulière pour la grand-mère de Jésus – la grand-mère étant une figure importante dans leur culture. «Sainte Anne est la patronne du Québec, et nous pouvons dire qu’elle est la patronne de tous les autochtones du Canada», souligne le Père Erik Oland, provincial des jésuites du pays, venu pour suivre les événements avec le pape en Alberta.
Pour cette célébration animée par des artistes autochtones, le pape est arrivé en voiture aux alentours de 17h. Répétant le geste des pèlerins arrivant sur les lieux, il a d’abord vénéré la fameuse statue de sainte Anne que les autochtones ont touchée au long des âges, à l’entrée du site.
Puis, sur un chemin en dur serpentant au milieu des pelouses où des milliers de fidèles se pressaient sous des parasols, autour de tipis, le pontife dans son fauteuil roulant a fait une avancée lente, au rythme des tambours, jusqu’à une jetée du lac. Là, surplombant les ondes scintillantes aux lueurs de fin d’après-midi, il a béni le lac comme le font depuis des décennies les évêques accompagnant le pèlerinage annuel, avec ces paroles: «Bénis tous ceux qui entreront dans cette eau et l’utiliseront. Protège-les dans leur voyage quotidien vers Toi et dans leur service des autres et dans le soin de la création.»
Inculturation maternelle
Conduit jusqu’au bord de l’eau, le pontife s’est recueilli, dans un grand silence, seul, dans son fauteuil roulant, face au lac. Puis, rebroussant chemin, il a rejoint le sanctuaire en aspergeant les fidèles présents derrière des barrières. Dans la foule, de nombreux pèlerins avaient eux-mêmes apporté des objets à faire bénir, qu’ils tendaient, les bras levés. Une liturgie de la Parole a suivi sous l'abri du sanctuaire, avec des lectures bibliques sur le thème de l’eau vive.
Dans sa méditation, le pontife a rendu hommage à «l’inculturation maternelle » de la vénération de sainte Anne, comparant les vertes rives du lac qui porte son nom – situé une soixantaine de kilomètres au nord-ouest d’Edmonton – à celles du lac de Galilée. C’est dans les régions périphériques et cosmopolites, a expliqué François, que peut émerger une « annonce de fraternité inédite», parce que la fraternité n’est «véritable» que «si elle unit ceux qui sont éloignés».
Les autochtones, «précieux» pour l’Église
Le pontife a tenu à dire aux autochtones à quel point ils sont «précieux» pour lui mais surtout pour l’Église. Il a affirmé vouloir que cette dernière soit «tissée» avec leurs existences, faisant référence aux tissus traditionnels colorés arborés par de nombreuses personnes dans la foule.
Le pape François a défendu le « rôle vital », dans ce processus de fraternisation, d’une approche maternelle, citant sa propre grand-mère mais aussi Notre-Dame de Guadalupe, patronne des Amériques de l’Arctique canadien jusqu’à l’Argentine du pontife, elle qui «transmit la foi droite aux autochtones, en parlant leur langue et en portant leurs vêtements, sans violences ni impositions».
Les femmes, a-t-il insisté, sont «sources bénies de vie, non seulement physique mais aussi spirituelle», remarquant que la tragédie des pensionnats venait d’abord «du fait d’avoir empêché aux grands-mères autochtones de transmettre la foi dans leur langue et dans leur culture» à leurs petits-enfants.
Au terme de la célébration, il a offert aux pèlerins une sculpture artisanale représentant «Marie qui défait les nœuds», une représentation symbolique qui lui est chère.
Il s’agissait du quatrième évènement public pour le pape de 85 ans depuis son arrivée au pays de l’Érable. Dans la matinée, il a célébré une messe au stade d’Edmonton, et la veille, il s’était rendu à Maskwacis – haut-lieu des Premières nations – puis à l’église du Sacré-Cœur des Premiers peuples, paroisse nationale des autochtones. Ce 27 juillet, le pape est à Québec, deuxième destination de son voyage, où il rencontre les autorités du pays.
Source : cath.ch/imedia/ak/bh
