A Binche, un incendie d’église annonce sa destruction


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A Binche, un incendie d’église annonce sa destruction
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
5 min

La toiture entièrement ravagée par les flammes le 10 juin, l'église du Saint-Sacrement devrait être très prochainement détruite, selon l'annonce du bourgmestre de la ville de Binche, Laurent Devin (PS). Fermé au public depuis sa vente il y a bientôt dix ans, c'est un édifice du XVIIIe siècle qui va disparaître de la vie locale.

Le diocèse de Tournai a suivi avec attention l'évolution de l'incendie.

En a-t-elle connu des déboires depuis sa désacralisation, cette église du Saint-Sacrement. Vendue à un propriétaire particulier, elle devait devenir un musée consacré à l'Afrique, puis failli être un centre de séminaires et de conférences, voire transformée en boîte de nuit ou en café. Après l'incendie criminel qui a ravagé sa toiture et met à mal la stabilité de l'édifice, elle sera finalement détruite, avant le départ du Tour de France prévu le 7 juillet prochain.

Une propriété privée

Vendue il y a dix ans pour la modique somme de… un euro, l'église dédicacée à sainte Élisabeth de Hongrie a connu sa dernière célébration religieuse en juin 2012, avant d'être acquise par un premier propriétaire namurois en 2013. Responsable du service des fabriques d'églises et d'ASBL du diocèse de Tournai, Loris Resinelli revient sur les conditions particulières qui ont prévalu à la gestion du bien religieux. "Privée, l'église appartenait à une congrégation. Elle était ouverte au public, mais n'était pas affectée au culte. Si elle l'avait été, elle aurait pu bénéficier de subsides et n'aurait pas été désaffectée ! Après le don des religieuses, elle a été livrée aux bons soins de l'ASBL des Œuvres du doyenné de Binche, qui n'avait pas les finances suffisantes pour assurer son entretien. Comme de gros travaux s'annonçaient, notamment en toiture, le bien a été mis en vente pour un euro symbolique." Et c'est ainsi que plusieurs propriétaires se sont succédé, sans investir pour autant dans la structure du bâtiment ou l'entretien de sa toiture.

L'émotion des habitants

Habitant de Binche, Charles Dufrasnes nous confie son émotion face à l'incendie, puis à l'annonce de la destruction de l'édifice. "Elle représente quelque chose de significatif de la vie de la cité et de la foi des personnes. Mais il faut raison garder, puisque le bien est au bord d'une route. L'église se trouve au milieu de la ville, à un carrefour. Nous l'avons sous les yeux quand nous sommes dans le centre. Ce sera d'autant plus vide..." De son côté, Loris Resinelli souligne combien ce patrimoine religieux est intimement lié à la vie religieuse de nombreux Binchois. A titre personnel, il avoue sa tristesse et sa "stupéfaction devant la rapidité de la décision. Pour connaître le cas dans d'autres dossiers, cela prend des mois et parfois des années... Personne n'a les éléments tangibles, sauf le bourgmestre de Binche." Une assertion qu'il nuance aussitôt, dans le cas où il y aurait "un risque pour la sécurité publique. Là, on comprend que la ville de Binche n'ait pas d'autre choix."

Avant l'incendie, une église au cœur de la ville...

Un transfert de pièces vers d'autres lieux de culte ?

"Nous devons faire confiance aux études de stabilité qui ont été réalisées", estime, pour sa part, Michel Hoquet, le président de la fabrique d'église de Saint-Ursmer. Afin de sauver ce qui peut encore l'être, il propose que des pièces soient accueillies dans la cathédrale, pour autant que la ville de Binche puisse les démonter et procéder à leur transport. Ce ne serait pas une première, puisque l'église du Sacré-Cœur et la collégiale ont déjà accueilli des objets de culte lorsque l'église du Saint-Sacrement a été désacralisée. Et le transfert serait d'autant plus simple à effectuer que la collégiale est actuellement fermée, en raison des travaux de réfection extérieurs en cours, comme le souligne Jean-Edouard Mainil, le trésorier de la fabrique d'église de Saint-Ursmer.

Une décennie mouvementée

Bien que désacralisée, l'église du Saint-Sacrement, dite aussi des Récollets, fait partie intégrante du patrimoine binchois. Classée comme monument par l'Institut du Patrimoine wallon depuis 1976, elle figure d'ailleurs dans le circuit des remparts, établi pour valoriser le patrimoine local, sous la houlette des deux figures historiques que sont Marie de Hongrie et Charles Quint.
Deborah Di Mauro, la conservatrice du Centre d'Histoire et d'Art Sacré en Hainaut (CHASHa), rappelle les collaborations fréquentes de l'ASBL avec l'Agence Wallonne du Patrimoine (AWaP), soulignant qu'il arrive au CHASHa de prêter un lieu de stockage, par exemple dans le cadre d'un dossier à Charleroi. "Toutefois, la priorité du CHASHa demeure le support des églises affectées au culte, qui seraient en demande de mise en dépôt de patrimoine, comme de l'orfèvrerie ou de la statuaire." Les prochains jours seront certainement cruciaux en termes de préservation, puisque les éléments du château de Marie de Hongrie encore présents dans l'église devront être extraits, afin d'assurer une conservation optimale à ces traces du passé.

Angélique TASIAUX

A lire aussi :

  • https://www.cathobel.be/2012/06/eglise-du-saint-sacrement-de-binche-cest-fini/
  • https://www.cathobel.be/2013/10/binche-70-000-euros-pour-leglise-des-recollets/
  • L'Institut du Patrimoine wallon rappelle que cet édifice datant du XVIIIe siècle était intégré au couvent des Récollets, tout proche et dont l'installation remonte à la fin du XVIe siècle : "L’église a été construite en 1707 à l’époque où l’ancien palais de Marie de Hongrie, en ruines, servait de carrière de pierre. Il est probable que les moellons de grès utilisés pour l’édification de l’église proviennent du palais. Dans le chœur se trouvent des éléments décoratifs provenant également de cet édifice disparu : dix-huit hautes colonnes à chapiteaux ioniques reliées par un entablement et huit niches surmontées d’un écusson provenant de la chapelle du palais. La nef a été reconstruite en 1767 et les fenêtres ont été adaptées en style néogothique en 1878."
Catégorie : Belgique

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