A la mi-mars, le Parlement devrait voter un décret portant sur la protection du patrimoine culturel mobilier. La nouvelle réjouit les gestionnaires du CIPAR, le Centre interdiocésain des arts et du patrimoine religieux.
Ces dernières années, une prise de conscience s'est opérée parmi le public, mais aussi le personnel politique wallon. La plupart des gens sont désormais davantage sensibilisés à la valeur du patrimoine, souvent fruit d'une histoire locale, quelquefois prestigieuse.
Un besoin pressant
Initialement prévu en février mais reporté pour des raisons d'agenda, le vote du décret portant sur la protection du patrimoine culturel mobilier est attendu le 16 mars, en plénière du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce décret est porté par la ministre de la Culture, Bénédicte Linard. "En Belgique, la protection du patrimoine culturel mobilier relève, depuis la première réforme de l’Etat (1970), de la compétence des communautés. Ce n’est toutefois qu’en juillet 2002 que la Communauté française adopta sa propre législation en la matière. Il fallut encore attendre 2007 pour que soit instituée une commission consultative du patrimoine culturel mobilier et les premiers classements ne furent opérés qu’en 2010. Plus de dix ans après l’entrée en vigueur du décret du 11 juillet 2002, une série de modifications apparaissent nécessaires pour améliorer le dispositif décrétal, afin de mieux protéger notre patrimoine."

(c) CIPAR
"Le décret fait suite à l'émotion suscitée par diverses affaires dans la gestion du patrimoine", observe Christian Pacco, administrateur délégué du CIPAR. "Le patrimoine était mal protégé d'un point de vue législatif." Restauration, déplacement, prêt dans le cadre d'une exposition, entretien défectueux, pose d'une peinture, les raisons d'inquiétude ou les causes de souci étaient nombreuses… Dans le cas du patrimoine religieux, "il était difficile d'encadrer les fabriques d'église, tant par l'administration de la Fédération Wallonie-Bruxelles que par les organes de gestion de la hiérarchie de l'Eglise. Il n'y avait pas de coercition." Mais, cette difficulté ne concernait pas uniquement les objets de valeur contenus dans des édifices religieux, puisque "le patrimoine qui appartient aux institutions publiques était mal protégé, lui aussi", souligne l'administrateur délégué du CIPAR. A titre d'exemple, une œuvre d'art entreposée dans un hôtel de ville peut se trouver rangée dans un lieu mal aéré ou trop exposé à la lumière.
Trois types d'objets
Une triple catégorisation va désormais prévaloir parmi les objets, qu'ils soient ou non religieux. En premier lieu se trouvent les trésors. Identifiés comme tels, ceux-ci bénéficiaient déjà d'une protection. A cette sélection viendra s'ajouter le patrimoine religieux, défini comme ce qui se trouve conservé dans les églises. Il s'agit d'un patrimoine conséquent, puisqu'en Wallonie, 2.500 églises sont dénombrées, avec entre 50 et 100 objets estimés pour chacune d'entre elles. D'ailleurs, aux yeux de Christian Pacco, "la plus grande collection publique se trouve dans les églises". A ces deux catégories viendra s'ajouter une troisième catégorie intermédiaire, regroupant les biens d'intérêt patrimonial. "Cette liste plus large sera à préciser dans les arrêtés d'application. On y retrouve, par exemple, des statues en bois et des ostensoirs du XVIIIe siècle, de l'orfèvrerie… L'amplitude de cette catégorie sera à préciser à l'usage. Pour celle-ci, les déplacements, mais aussi les restaurations, seront à signaler", précise Christian Pacco.
Les amateurs de patrimoine religieux le savent, le CIPAR incite, depuis plusieurs années déjà, les fabriciens à établir un inventaire du patrimoine mobilier de leur église. Pour le CIPAR, "rédiger un inventaire dépasse l’obligation légale. C’est une fonction indispensable pour développer un plan de gestion à long terme, pour contracter des assurances, programmer des restaurations ou encore demander des indemnisations en cas de sinistres (dégâts des eaux, incendies, etc.). Un inventaire dressé et bien mis à jour constitue une des missions des fabriciens." Ce souci d'établir un inventaire est rejoint par le décret, puisqu'il l'impose désormais. Sur base de celui-ci, il sera possible "de déterminer ce que l'on met dans la liste du patrimoine protégé. Une commune peut mettre une pièce sur cette liste", ajoute Christian Pacco. En résumé, "le patrimoine religieux est donc identifié comme tel, avec l'obligation d'en faire l'inventaire, lequel incombe aux fabriques d'église".
Un tiers des trésors classés
"Les églises détiennent 30% des trésors classés, mais elles ne disposent pas des compétences scientifiques, matérielles, humaines d'un musée. C'est un fait que l'on veut faire reconnaître. Or la cohérence de ces trésors repose sur l'histoire, et non pas sur un style ou une époque. Le sens ne se comprend que si ces pièces sont exposées dans des églises et non transférées vers des musées", revendique Christian Pacco, avant de nous annoncer la tenue en juin d'un colloque qui s'attachera précisément à définir les spécificités de ces trésors d'église. Car, rappelons-le aussi, "ces objets sacrés sont encore utilisés et affectés au culte". Processions, offices, les occasions de célébration ne manquent pas dans le culte catholique.
Angélique TASIAUX

