Livre : Une fratrie face au handicap


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Livre : Une fratrie face au handicap
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le
3 min

Dans un roman délicat, Clara Dupont-Monod s'interroge sur les conséquences de l'irruption d'une fêlure dans une famille. Elle sonde les cœurs d'une fratrie bousculée.

D'un côté, il y a les parents. Abrutis par l'annonce du handicap, mais y faisant face de toutes leurs forces. De l'autre, les enfants. Etre à plusieurs n'induit pourtant pas d'avoir les mêmes réactions. L'appartenance à un groupe ne sous-tend pas une perception communément partagée ni un mode d'emploi unique.

Cette histoire est racontée par les pierres rousses de la cour de l'habitation ancestrale dans les Cévennes. Oui, de simples pierres, animées pour l'occasion. Inédit, ce point de vue extérieur apporte un regard différent sur les événements, sans parti pris apparent. Attachées aux enfants, les narratrices estiment que "chaque adulte devrait se souvenir qu'il est redevable envers l'enfant qu'il fut". Elles assistent au déroulement des jours, bousculés par le surgissement du handicap lourd d'un nouveau-né. Elles voient la différence de réaction entre les enfants : l'aîné, la cadette et le plus jeune, né longtemps après le décès de l'enfant. Aucun ne porte un prénom. Chacun se distingue par sa position dans la fratrie. En exergue au roman, Clara Dupond-Monod a placé un verset de saint Luc : "S'ils se taisent, les pierres crieront." (19:40).

Trois profils aux antipodes

Il y a d'abord l'aîné. "C'était un spectacle un peu étrange de voir ce garçon d'une dizaine d'années, en pleine santé, recueilli contre un autre, déjà étrange sans être encore bizarre." Lui, l'enfant impérieux se met au diapason du plus petit, ouvert aux sons et à l'odorat. Il adapte ses sensations à celle du plus démuni. "L'inquiétude a planté en lui ses racines, germé comme le figuier des montagnes, coriace et résistant. Cela passera peut-être un jour. Peut-être pas." Marqué par le chagrin, l'aîné survivra à la mort de son frère, en y laissant une part de lui. Celle de l'insouciance.

A l'inverse de son frère, la cadette se réfugie dans le tourbillon de la vie, la clameur et les cris. Elle feint l'indifférence, noyée dans les occupations extérieures. Impuissante, elle assiste au naufrage de sa relation avec son frère aîné, happé cœur et âme par l'enfant. La colère gronde en elle, au point de préférer un aîné "dissous dans la peine, plutôt qu'heureux sans elle". C'est loin de la maison qu'elle trouvera la paix dans un amour entièrement donné.

Le dernier, c'est celui qui vient après. A la suite du malheur. Les questions se bousculent en lui. Avec finesse, il choisit de ne pas ajouter de chagrin à celui de ses parents, à l'affût d'une fracture invisible. Prévenant, il comprend l'attente implicite de ceux déjà fatigués par les épreuves de l'abandon. "La banalité, ourlée des épreuves traversées, avait des allures de fête." Le moindre événement est rassurant, puisqu'il aurait pu ne pas advenir. La charge qui pèse sur les épaules du bien-portant n'est pas feinte. Mais, plutôt que de s'y opposer, le dernier-né choisit d'intégrer le disparu dans sa vie, en faisant de lui "un invisible compagnon". Et le voilà alors le réconciliateur d'une famille en déliquescence.

L'automne dernier, S'adapter s'est vu décerner plusieurs prix, dont le prestigieux Femina. Une distinction amplement méritée.

Angélique TASIAUX

Clara Dupont-Monod, S'adapter. Stock, 2021, 171 p.

Catégorie : Culture

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