Commentaire de l’évangile – Père Philippe Robert, sj : « Qu’est-ce qu’ils ont fait au Bon Dieu, ces gens-là ? »


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Commentaire de l’évangile – Père Philippe Robert, sj : « Qu’est-ce qu’ils ont fait au Bon Dieu, ces gens-là ? »
Par Angèle Mamuza
Publié le - Modifié le
3 min

Le père Philippe Robert nous fait le plaisir de commenter l'évangile de ce 3e dimanche de Carême C "Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même" (Lc 13, 1-9).

Violences policières. Eboulement mortel. De nombreuses victimes. "Qu’est-ce qu’ils ont fait au Bon Dieu, ces gens-là?" En termes contemporains, telle est sans doute la question qu’on est venu poser à Jésus, à la suite de deux drames sanglants. Et avouons-le: consciemment ou non, cette question est souvent la nôtre dès que la mort exhibe ce qu’elle a d’inexplicable ou de révoltant, d’arbitraire ou de paradoxal. Face au scandale de la mort, dans la quête angoissée d’une explication, on court toujours au plus simple: trouver un bouc émissaire ou, comme ici, lier malheur et péché. Mais évoquer le "Bon Dieu" quand le malheur frappe, révèle qu’en fait, nous ne le croyons pas si bon que cela. Nous verrions plutôt en lui un juge obsédé de justice tarifée, le malheur serait le châtiment réservé à ceux qui ont mal agi. À charge pour nous de découvrir ce qui, dans la conduite de ces malheureux, expliquerait le verdict et sa gravité. Se dire: "Ils l’ont bien cherché" est confortable, ça évite la consternation, la révolte, parfois même la compassion…

"Pas du tout!" Jésus refuse catégoriquement cette tentative de rendre le malheur logique et mérité. A ses interlocuteurs il ne dit rien, remarquons-le, qui atténuerait un tant soit peu le scandale de ces catastrophes. Pas d’enseignement théologique sur la question du Mal. Mais le pédagogue qu’il est, l’inlassable maître de sagesse, veut tirer l’homme de l’impasse intellectuelle et affective où le jette ce scandale. Les drames nous laissent sans voix, sans réponses? Qu’ils nous ouvrent les yeux et le cœur! Loin de nous écraser, qu’ils nous aident à grandir! A son auditoire ébranlé par les coups du sort, Jésus désigne un autre type de malheur: ne pas avoir le temps de se convertir. Ne donnons pas au mot le sens étroit de "se détourner du mal", ouvrons largement sa dynamique: "tourner pour s’orienter dans la bonne direction". L’image qui peut nous venir est celle d’un bateau qui lentement, pesamment peut-être, prend le cap. L’homme à la manœuvre déploie tout le savoir-faire qu’ont tissé en lui les expéditions précédentes - peut-être même les tempêtes essuyées, les naufrages subis: pleinement marin. Se convertir, c’est embarquer. Avoir mis en œuvre ce qu’on a de meilleur pour quitter une rive stérile, jeté par-dessus bord les cargaisons inutiles ou toxiques, et mettre à la voile… Bonheur d’entreprendre une belle traversée.

Le maître des Béatitudes voudrait que, voyant d’autres cruellement coupés de ce bonheur-là, nous en tirions la rude leçon qu’il ne faut pas tarder à le cultiver. Les victimes de faits divers tragiques ne seront pas mortes pour rien, si méditer sur leur destin écartent les mauvaises questions, et stimule en nous le désir de ne pas gâcher le temps présent. Les yeux fixés sur celui qui nous l’offre, le Bon Jardinier qui s’y connaît en figuiers malingres.

Père Philippe Robert, sj

Catégorie : L'actu

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