Commentaire de l’évangile – Abbé Joël Rochette : « Au diable la jalousie »


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Commentaire de l’évangile – Abbé Joël Rochette : « Au diable la jalousie »
Par Angèle Mamuza
Publié le - Modifié le
3 min

Pour le temps de Carême qui débute ce dimanche, l'abbé Joël Rochette nous partage son commentaire de l'évangile de Luc.

Il y a un peu d’humour dans cette phrase de l'évangile: "Il (Jésus) ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim." Bien sûr qu'il eut faim ensuite! Mais ce verset est plus profond qu’il y paraît: Jésus eut faim au terme de ce temps de désert. Car avant cela, il n’avait pas faim. Il a fallu ce temps d’épreuve et de tentation – "pendant quarante jours, il fut tenté" – pour découvrir sa faim. La faim, n'est-ce pas ce désir profond, une attente et une espérance, un rêve qui puisse donner sens à la vie, révéler une mission?

La faim prend du temps, et, pour la ressentir, il faut passer par des tentations, des épreuves. L'évangéliste en présente trois formes.

  1. "Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain." Croire qu’on est fort, qu’on peut tout, que rien ne nous résistera, et exiger que notre volonté soit faite. Mais l'homme ne peut vivre ainsi, sans s'enfermer dans une surdité absolue à la parole de Dieu libératrice.
  2. "Si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela." Adorer des idoles, être séduit par le Mal, s'incliner devant cet attrait malheureux. Mais l'homme ne peut vivre ainsi, sans renoncer à se laisser façonner par Dieu, le potier aimant aux mains agiles, incapable de malfaçon.
  3. Puis: "Jette-toi en bas; les anges te porteront sur leurs mains." Défier Dieu, le provoquer, se moquer de lui en le tournant en dérision: "Si vraiment tu existes, alors… Dieu, t’es même pas cap’!" Mais l'homme ne peut vivre ainsi, sans dénaturer la relation de confiance voulue par le Créateur, si respectueux de sa créature.

Voici trois faims: chercher sa volonté; discerner ce qui est mal; nourrir une relation saine à Dieu. Et ce sont trois chemins de sortie du désert, en ces trois besoins ressentis.

Je connais une charade alsacienne: "Mon premier est un animal domestique qui a des dents; mon deuxième est un animal sauvage qui a des dents; mon troisième est un outil de menuisier qui a des dents; mon tout est un vilain défaut qui a des dents." Il s’agit de la jalousie (chat, loup, scie). Le livre de la Sagesse affirme que "c’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde" (Sg 2,24). Peut-être ce mot résume-t-il le poison qui, dans la tentation au désert, lance ses flèches sur l'homme de foi: jalousie, ce sentiment fondé sur le désir de posséder la personne aimée et sur la crainte de la perdre au profit d'un rival. La jalousie empoisonne nos vies, notre relation aux autres et à Dieu.

Dans un puzzle, toutes les pièces sont d’égale importance, et il n’y en a pas deux semblables: l’essentiel est que chacune soit bien à sa place. Etre à ma place, et non pas à la place de celui qui a du pouvoir, pour faire ma propre volonté contre celle des autres, jalousement. Etre à ma place, et non pas à la place de celui qui se laisse dominer par des idoles ou qui met Dieu à l’épreuve, jalousement.

Le Carême est un temps pour retrouver ma place "en" Dieu.

Abbé Joël Rochette

Catégorie : L'actu

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