Le retour des rondels, discrets et méconnus


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Le retour des rondels, discrets et méconnus
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le
5 min

Le musée Art & Histoire lève un pan sur sa collection de médaillons anciens. L'occasion de découvrir un art oublié, celui des rondels, ces pièces de verres peintes aux dimensions modestes.

L'exposition des médaillons est l'aboutissement d'un projet de recherche mené durant quatre ans. "Cette collection comporte 400 pièces, dont l'essentiel était en réserve", nous précise Valérie Montens, conservatrice au musée Art & Histoire (anciennement dénommé le Cinquantenaire). L'inventaire de la collection, son dépoussiérage, la restauration de certains objets afin d'assurer leur conservation, la création d'une nouvelle réserve… tout cela méritait d'être mieux connu du public. Une sélection de médaillons a donc rejoint une salle de tapisseries, aux dimensions impressionnantes. "Les personnages sont les mêmes. Dicté par des questions pratiques, le choix de la salle permet de faire dialoguer deux arts complètement différents, mais très proches au niveau des représentations", se réjouit Valérie Montens.

La confrontation réussie des médaillons et des tapisseries.

Du local prisé à l'international

Les créations de rondels sont une spécialité de nos régions, qui a connu, grâce à d'abondantes matières premières, le développement d'une industrie verrière florissante, dès le XVIe siècle. Les villes de Bruges, Tournai, Mons, Malines, Anvers, Bruxelles, Louvain, Namur, Huy et Liège ont eu des ateliers de maîtres-verriers. Pour autant, distinguer les centres de production dans les Pays-Bas méridionaux n'est pas une tâche aisée, sachant que ces pièces ne sont généralement ni datées ni signées ! Des investigations sont alors menées pour déceler une origine précise à ces compositions qui ont défié le temps. "Nous combinons différentes sources d'information", explique la conservatrice. Des avancées peuvent ainsi émerger grâce à la présence d'indices, comme le lieu de conservation d'une collection privée ou l'illustration d'une légende locale… Par analogie avec d'autres pièces de production, les critères "techniques et stylistiques" d'un atelier peuvent également s'imposer, comme celui de Jean de Caumont établi à Louvain. "La collection de médaillons comprend des vitraux, des panneaux de vitraux… C'est assez diversifié. Mais, nous nous sommes centrés sur la production de rondels, typique de nos régions aux XVIe et XVIIe siècles. Nous en avons, en effet, plus de 250. Ils ne sont pas toujours ronds, mais parfois cintrés, rectangulaires… Médaillons est un terme qui englobe toutes ces pièces en verre destinées à être insérées dans une vitrerie plus large, qu'elle soit transparente ou pourvue d'ornements. Ces pièces décoraient des bâtiments religieux – on en retrouve dans certaines chapelles, dans des hôpitaux liés à des ordres religieux –, mais aussi des maisons de la bourgeoisie ou de l'aristocratie. Elles animent les vitreries", détaille Valérie Montens. Dans le cadre du projet de recherche interdisciplinaire FENESTRA, les aspects techniques de la fabrication du verre ont été étudiés. "Il y avait deux techniques de soufflage. La fabrication au manchon est le plus fréquente dans nos régions. L'autre est celle en plateau ou en cive, plus habituelle dans le nord de la France." Au cours des XVIe et XVIIe siècles, la composition du verre va évoluer, en raison d'une évolution perceptible dans les matières premières et dans les modes de cuisson.

Des décors variés

"Le peintre verrier s'approvisionne au marché du verre; il ne le fabrique pas lui-même. Il découpe le verre, l'insère dans un réseau de plomb et le décore éventuellement. Dans le cas des rondels, le décor évolue au fil du temps. Le premier décor développé sur le verre a été la grisaille. Celle-ci permet de réaliser le dessin, les contours, mais aussi de donner de la profondeur. Elle peut être appliquée en trait ou en lavis, ce qui permet d'avoir des aplats de couleur. En général, elle est apposée à l'avant (avers) de l'objet", nous explique la conservatrice. La grisaille peut varier de teinte: brune, noire ou être colorée avec un pigment rouge (sanguine), pour souligner des détails de la composition. Ensuite, le jaune d'argent est aussi utilisé. "Lui, il est apposé au revers. A l'inverse de la grisaille, il intègre la pièce et rentre dans la structure même du verre au moment de la cuisson. Ces tons jaunes peuvent aller du jaune clair à un jaune très orangé. A partir du XVIIe siècle, les émaux sont développés." Bleu, violet, pourpre, vert… les couleurs varient, les superpositions font leur apparition et profitent de la transparence. En technicien aguerri, le peintre-verrier connaît les variations de la cuisson, il en joue aussi.

La conversion de saint Hubert de Liège
(c) KIK-IRPA Brussels

Les thèmes religieux ont occupé une bonne place de cette production, avec des scènes issues de l'Ancien et du Nouveau Testament, des épisodes de la vie des saints, la représentation d'un pèlerinage... "Ces rondels devaient être destinés à des lieux de culte, mais aussi se retrouver dans des maisons privées", souligne Valérie Montens. Les sujets profanes sont variés: armoiries, illustrations de proverbes, d'ouvrages en vogue ou de légendes… A l'exception notable du chef d'œuvre de la collection – un rondel marqué Dirik Vellert et signé 1517 – la plupart des œuvres sont anonymes. "Ces artistes sont des inconnus. Ils ont travaillé sur base de modèles qui circulaient et étaient à leur disposition" grâce, notamment, à l’essor de la gravure et l’invention de l’imprimerie. Certaines filiations ont pu être établies avec des pièces exposées à l'étranger. "Les thèmes traversent tous les types d'art. Un même type de composition peut se retrouver dans l'enluminure, dans la peinture, dans la tapisserie…" Les transpositions sont quelquefois intégrales ou littérales, d'autres sont des adaptations. Alors, éternel, le verre? "Même s'il semble un matériau relativement résistant, le verre est moins stable qu'on ne le croit. Il subit des dégradations liées à l'atmosphère." D'où l'intérêt de le préserver, pour mieux l'admirer ensuite.

Angélique TASIAUX

L'exposition semi-permanente "Médaillons. Des miniatures sur verre" est à voir au musée Art & Histoire à Bruxelles. Quatre vidéos y présentent le travail des personnes qui ont collaboré au projet. A noter que les médaillons sont consultables en ligne via le site du musée.

Catégorie : Belgique

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