Isabelle de Gaulmyn : « Le rapport Sauvé ne m’a pas surprise »


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Isabelle de Gaulmyn : « Le rapport Sauvé ne m’a pas surprise »
Par Vincent Delcorps
Publié le - Modifié le
4 min

Le fonctionnement de l'Eglise était au cœur des Grandes Conférences catholiques ce lundi 6 décembre. Sur l'estrade de la salle Henry Leboeuf, et devant un auditoire entièrement vide (Covid oblige), Isabelle de Gaulmyn et Michel Camdessus ont témoigné de leur foi. Et proposé quelques perspectives pour une institution qu'ils continuent à aimer.

C'est aux questions d'Eric de Beukelaer qu'Isabelle de Gaulmyn et Michel Camdessus ont répondu.

Soirée intimiste à Bozar ce lundi. Déjà par l'absence de public – l'audience était tenue de demeurer "à distance". Mais aussi par le caractère très personnel des confessions partagées. Eric de Beukelaer, vicaire général de Liège, invita ainsi ses deux témoins à parler de leur vie, de leur foi.

Benoit XVI, le pape mal compris

"Pourquoi je suis restée catholique? Oui, je me suis posée cette question", reconnait Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef du journal La Croix. Son ancrage paroissial l'a certainement aidée. Mais aussi sa rencontre avec Benoit XVI. De 2005 à 2009, elle est envoyée au Vatican. "Ce fut une grande chance pour moi. C'est un pape qui écrit très bien, un formidable pédagogue de la foi. Il a la capacité de relier la Tradition à l'aujourd'hui. On l'a beaucoup critiqué, c'est idiot; il suffisait de le lire pour bien le comprendre. Ce pape m'a beaucoup marquée."

"Je suis devenue féministe à Rome!"

Mais le plus beau côtoie aussi le plus laid. "Quand vous vivez à Rome, vous vivez le pire de l'Eglise catholique", poursuit la journaliste. "J'y ai vu une institution humaine, un peu rabougrie, avec des gens qui ont parfois un peu perdu la notion de ce qui se passe autour d'eux. Sous Benoit XVI, il y avait aussi beaucoup de corruption. On voit des gens très carriéristes. Et beaucoup d'hommes. En quatre ans, je n'ai quasiment pas interrogé une femme. Je suis devenue féministe à Rome!"

"KO debout"

On en arrive au rapport Sauvé. "J'ai été KO debout en le découvrant", avoue Michel Camdessus, ancien directeur général du Fonds Monétaire International. "Je porte douloureusement la conscience de ce malheur. Je peine encore à croire que tant d'œuvres de mort aient pu être commises dans l'Eglise, dans la banalité silencieuse. Les défis sont aujourd'hui innombrables pour l'Eglise. Retenons-en deux: rétablir sa crédibilité et se mettre en route sans tarder." ✍ Lire aussi :France – Rapport CIASE: des chiffres accablants, une réalité insupportable

Michel Camdessus fut notamment gouverneur de la Banque de France

Et comment Isabelle de Gaulmyn a-t-elle vécu de son côté ce temps fort - et douloureux - dans l'histoire de l'Eglise de France ? "Le rapport Sauvé ne m'a pas surprise", réagit-elle. "Cela mettait noir sur blanc ce que je ressentais depuis quelque temps. Ce rapport est une bonne nouvelle pour l'Eglise. Il témoigne du courage des évêques, qui l'ont demandé. Par ailleurs, s'il a provoqué de l'abattement auprès des catholiques de la base, on voit aussi qu'il a permis de libérer leur parole. L'Eglise a la chance de pouvoir compter sur un engagement sincère et assez vivant de ses laïcs. Elle peut compter dessus pour se réformer."

Réformer? Non, transformer !

Alors, justement, on fait comment pour transformer cette Eglise? "Transformer, c'est beaucoup plus fort que réformer", répond l'économiste, auteur d'un ouvrage sur le sujet. Transformer, cela a un goût de résurrection. Cela va être long. Ce qui veut dire que nous n'avons pas le temps: c'est maintenant. Il faudra d'abord débarrasser l'Eglise des séquelles du cléricalisme. A l'instar de ce que disait Jean Baptiste, nous allons devoir rendre droits les sentiers..." Parmi les nombreuses pistes lancées par Michel Camdessus: l'ordination d'hommes mariés, l'abandon d'un discours auto-référentiel, une évolution du langage et de l'anthropologie relatives à la famille et à la vie sexuelle, la révision du statut de la femme dans l'Eglise. "Il n'y a, dans l'Evangile, aucune trace d'une hiérarchie entre l'homme et la femme."

Travailler la pluralité des ministères

"Il n'y a pas une sorte d'Eglise éternelle", ajoute Isabelle de Gaulmyn. "L'Eglise ne cesse d'évoluer. En outre, elle ne peut rester indifférente aux mutations de notre temps, elle doit en tenir compte. Parmi d'autres, revoir la dimension sacramentelle du prêtre me semble important. On a beaucoup pensé que le prêtre était magique, on a fait du prêtre un homme à part... Attention aussi aux dérives de l'autorité charismatique. En revanche, plutôt que d'ordonner des hommes mariés ou des femmes, je pense qu'on devrait travailler davantage la pluralité des ministères." A distance, les spectateurs auront reçu une précieuse matière de réflexion - voire de prière. La prochaine "Grande Conférence catholique" aura lieu le 18 janvier. L'écrivain américain Douglas Kennedy en sera l'invité. Vincent Delcorps


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