Eloge papal de la démocratie


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Eloge papal de la démocratie
Par Vatican News
Publié le
7 min

A Athènes, a continué le pape, le regard est donc tourné vers le haut mais également vers l’autre. «La mer, qu'Athènes domine, nous le rappelle. Elle oriente la vocation de cette terre placée au cœur de la Méditerranée pour être un pont entre les peuples. De grands historiens ont ici raconté avec passion les histoires des peuples voisins ou éloignés.» Ici est né la démocratie, a rappelé l’évêque de Rome, «Le berceau, des millénaires plus tard, est devenu une maison, une grande maison de peuples démocratiques : je pense ici à l'Union européenne et au rêve de paix et de fraternité qu'elle représente pour tant de peuples.»

Plaidoyer pour la démocratie

«On ne peut cependant que constater avec inquiétude un recul de la démocratie», s’est ensuite inquiété le Saint-Père, «et pas seulement sur le continent européen. La démocratie exige la participation et l'implication de chacun, elle demande donc des efforts et de la patience». La démocratie est complexe, a-t-il rappelé, «alors que l'autoritarisme est expéditif et que les assurances faciles offertes par les populismes semblent tentantes.». «Dans de nombreuses sociétés, préoccupées par la sécurité et anesthésiées par le consumérisme, la fatigue et le mécontentement conduisent à une sorte de "scepticisme démocratique". Mais la participation de tous est une exigence fondamentale ; non seulement pour atteindre des objectifs communs, mais parce qu'elle répond à ce que nous sommes: des êtres sociaux, uniques et en même temps interdépendants», a détaillé François.

Le pape a également invité à «un changement de rythme», «alors que des peurs, amplifiées par la communication virtuelle, se propagent chaque jour davantage, et que des théories sont élaborées pour s’affronter aux autres», «aidons-nous à passer de l’esprit partisan à la participation; d’un engagement à soutenir uniquement son propre parti, à une implication active pour la promotion de tous».

Face aux nombreux défis actuels, de la pandémie au changement climatique, l'humanité a besoin d'«un multilatéralisme qui ne soit pas étouffé par des prétentions nationalistes excessives. La politique a besoin de cela pour faire passer les exigences communes avant les intérêts privés. Cela peut ressembler à une utopie, à un voyage sans espoir sur une mer agitée, à une odyssée longue et irréalisable». La traversée de la mer agitée est animée par le désir d’aller de l’avant, a ajouté François, profitant de l’occasion pour saluer l’Accord de Prespa signé entre la Grèce et la Macédoine du Nord. Ce texte, signé en juin 2018 entre les deux pays, a permis de résoudre un conflit de longue date entre les deux pays à propos du nom de la Macédoine depuis l’indépendance du pays en 1991.

Les fruits de l’olivier

L’olivier unit les différentes terres qui bordent la mer Méditerranée. «Il est triste de voir comment, ces dernières années, de nombreux oliviers centenaires ont brûlé, consumés par des incendies souvent provoqués par des conditions météorologiques défavorables, elles-mêmes causées par le changement climatique. Face au paysage meurtri de ce merveilleux pays, l'olivier peut symboliser la volonté de lutter contre la crise climatique et ses ravages.», a déclaré le Souverain pontife.

Après le déluge, l’olivier fut le symbole d’un nouveau départ, «En ce sens, j'espère que les engagements pris dans la lutte contre le changement climatique ne seront pas qu’une façade, mais qu’ils seront de plus en plus partagés, et sérieusement mis en œuvre.», a affirmé François, avant d’ajouter : «Qu’aux paroles succèdent les faits, pour que les fils ne paient pas l’énième hypocrisie de leurs pères. C’est en ce sens que résonnent les paroles qu'Homère met sur les lèvres d'Achille: ’’Celui qui cache sa pensée dans son âme et ne dit point la vérité m'est plus odieux que le seuil d'Hadès’’ (Iliade, IX, 312-313).»

Pour continuer, l’olivier représente dans les Écritures une invitation à la solidarité, «’’Lorsque tu auras récolté tes olives, tu ne retourneras pas chercher ce qui reste. Laisse-le pour l’immigré, l’orphelin et la veuve’’ (Dt 24, 20). Ce pays, disposé à l’accueil, a reçu sur certaines de ses îles un nombre de frères et sœurs migrants plus élevé que celui des habitants eux-mêmes, augmentant ainsi leurs difficultés, alors qu’ils ressentent encore les conséquences de la crise économique.»

Pourtant, l’Europe persiste à tergiverser, a déploré le Pape. «La Communauté européenne, déchirée par les égoïsmes nationalistes, apparaît parfois bloquée et non coordonnée, au lieu d'être un moteur de solidarité. Si, à une certaine époque, les différences idéologiques ont empêché la construction de ponts entre l'Est et l'Ouest du continent, aujourd'hui, la question migratoire a ouvert des brèches entre le Sud et le Nord.»

Les personnes réfugiées sont «les protagonistes d’une terrible odyssée moderne», a-t-il continué. «J'aime rappeler que lorsqu'Ulysse débarqua à Ithaque, il ne fut pas reconnu par les seigneurs locaux, qui avaient usurpé sa maison et ses biens, mais par ceux qui avaient pris soin de lui. Sa nourrice comprit que c’était lui en voyant ses cicatrices. Les souffrances nous réunissent, et reconnaître que nous appartenons à la même humanité fragile nous aidera à construire un avenir plus intégré et plus pacifique.» François a invité à transformer «en une audacieuse opportunité ce qui semble être une épreuve malheureuse !»

La grande épreuve de la pandémie

Par ailleurs, la pandémie «nous a fait redécouvrir que nous sommes fragiles et que nous avons besoin des autres», a poursuivi le Saint-Père. La lutte contre la Covid-19 a demandé beaucoup d’efforts de la part des citoyens, «au milieu de tant d'efforts, cependant, un remarquable sens de la solidarité a émergé, auquel l'Eglise catholique locale est heureuse de pouvoir continuer à contribuer, convaincue qu’il s’agit là d’un héritage à ne pas perdre, alors que la tempête se calme lentement

Rappelant le serment d’Hippocrate, le pape a ajouté que «le droit aux soins et aux traitements pour tous doit toujours être privilégié, afin que les plus faibles, notamment les personnes âgées, ne soient jamais rejetés. La vie est en effet un droit, et non la mort, qui doit être accueillie et non administrée.»

Bicentenaire de la Grèce

Les oliviers, centenaires et durables, qui résistent à l’épreuve du temps, rappellent «l'importance de préserver des racines solides, irriguées de mémoire. Ce pays peut être défini comme la mémoire de l'Europe, et je suis ravi de le visiter vingt ans après la visite historique du pape Jean-Paul II, et à l'occasion du bicentenaire de son indépendance.» François a rappelé les mots du gouvernement provisoire de l’époque, s’adressant aux catholiques : «Le Christ a commandé l'amour du prochain. Mais qui est plus proche de nous que vous, nos concitoyens, même s'il y a quelques différences dans les rites ? Nous avons une seule Patrie, nous sommes d'un seul peuple ; nous, chrétiens, sommes frères par la Sainte Croix», avant de commenter, «Etre frères sous le signe de la Croix, dans ce pays béni par la foi et par ses traditions chrétiennes, est un appel pour les croyants au Christ à cultiver la communion à tous les niveaux, au nom de ce Dieu qui étreint chacun de sa miséricorde.»

Enfin, «de cette ville, de ce berceau de la civilisation, un message a surgi et surgira toujours, un message qui oriente vers le Haut et vers l'autre ; qui répond aux séductions de l'autoritarisme par la démocratie ; qui oppose à l'indifférence individualiste l'attention à l'autre, au pauvre et à la Création, qui sont les pierres angulaires essentielles d'un humanisme renouvelé, dont notre époque et notre Europe ont besoin», a conclu le Saint-Père.

«O Theós na euloghi tin Elládha ! (Que Dieu bénisse la Grèce !)», a terminé François en langue grecque, avant de signer le livre d’or du palais présidentiel puis de rejoindre la nonciature apostolique.


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