Début, ce dimanche, du 34ème voyage apostolique du pape François qui le mènera en Hongrie et Slovaquie. Le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, Matteo Bruni, a présenté quelques clés de lecture pour mieux comprendre ce déplacement.

Le 34e voyage international du Pape François se veut "un pèlerinage au cœur de l'Europe, au cours duquel le Pape abordera des questions qui touchent l'ensemble du continent", a expliqué ce jeudi Matteo Bruni aux journalistes présents en Salle de Presse. Il s’agira avant tout d’un "parcours spirituel", commençant par l'adoration de l'Eucharistie et se terminant devant Notre-Dame des Douleurs qui, en ce siècle, n'a jamais cessé de veiller sur les terres slaves blessées par le totalitarisme.
Un programme marathon attend François jusqu'au mercredi 15 septembre. Le pape ne restera qu’une demi-journée en Hongrie, son programme y sera néanmoins chargé. A son arrivée, il rencontrera le président János Áder et le Premier ministre Viktor Orban, auxquels il adressera un discours. François ne manquera pas d’aborder la question migratoire, sensible dans ce pays très attaché à ses racines, et dont le passé a été marqué par la résistance à l’occupation ottomane. On connaît la divergence de point de vue entre le pape et Orban concernant l’accueil des réfugiés en Hongrie, où l’État de droit et la démocratie font face par ailleurs à un pouvoir autoritaire de plus en plus marqué.
Des divergences existent également entre le Saint-Siège et une partie de l’épiscopat hongrois. En 2015, Mgr Laszlo Kiss-Rigó, évêque de Szeged, avait ainsi déclaré que l’afflux de réfugiés n’était pas une crise humanitaire mais "une invasion". Une position partagée par le gouvernement hongrois et une partie des catholiques magyars. Le cardinal Peter Erdö, archevêque de Budapest et président du Conseil des conférences épiscopales d’Europe, avait tout de même fait savoir dans la foulée qu’il suivrait les recommandations du Saint-Père en la matière.
Une lecture plus spirituelle
À cet égard, il est donc bon "d'éviter de mélanger d'autres types de lectures avec celle qui est plus spirituelle", a déclaré le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, répondant à ceux qui l’interrogeaient sur la rencontre du Souverain Pontife avec le Premier ministre Viktor Orbán, dimanche matin, avant la messe de clôture – aussi appelée Statio Orbis - du Congrès eucharistique mondial sur la place des Héros. "Il s'agit d'une rencontre avec les plus hautes autorités du pays, et évidemment parmi elles se trouve Orbán", a ajouté Matteo Bruni, expliquant que la présence du Premier ministre avec sa famille à la messe papale "sera confirmée par les Hongrois".
"Il s'agit d'un pèlerinage en l'honneur du Saint-Sacrement", a-t-il poursuivi, rappelant que la genèse de ce voyage remonte précisément au désir du Pape d'être proche des centaines d'hommes et de femmes qui, depuis dimanche dernier, participent au Congrès eucharistique.
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Dans le sillage de Jean-Paul II en Slovaquie
"La Hongrie a ensuite ouvert les portes de la Slovaquie", a rappelé Matteo Bruni. Le Pape lui-même, lors de la conférence de presse sur son vol de retour d'Irak en mars dernier, avait expliqué qu'il avait été conseillé par l'un de ses collaborateurs de passer de Budapest à Bratislava, qui est "à deux heures de voiture". Une courte étape hypothétique qui s'est transformée en un voyage de soixante-douze heures dans les principales villes de cette région d'Europe centrale et orientale, dont beaucoup avaient déjà été visitées par Jean-Paul II lors de trois voyages: en 1991, 1996 et 2003, deux ans avant sa mort.

Quels sont les défis de l’Église en Slovaquie? Don Martin Kramara, porte-parole de la Conférence épiscopale slovaque, souligne qu’après la répression communiste, les chrétiens sont confrontés à la sécularisation, le au consumérisme et à l’individualisme. "La période de persécutions, subie pendant quarante ans de communisme, au cours de laquelle l'Église a été soumise à une forte pression, est maintenant terminée. Pour nous, ce fut un moment très difficile, mais en même temps, les gens ont ressenti un profond besoin de rester fidèles à l'Évangile et au Saint-Père, de se battre pour leur foi", indique Don Kramara. Aujourd'hui, continue-t-il, alors que paradoxalement il y a enfin la liberté et que nous devenons plus riches du point de vue matériel, il est plus difficile d'expliquer aux jeunes pourquoi il est important de maintenir nos racines, de garder notre foi, de vivre selon la foi, sans courir uniquement après les choses matérielles, et donc sans donner la priorité au consumérisme."
Ensuite, il y a le défi de l'individualisme, la tendance à oublier les faibles. "Malheureusement, lorsque nous améliorons nos conditions économiques, nous avons tendance à oublier les plus pauvres, ceux qui sont laissés pour compte. Il s'agit d'un avertissement important et opportun que le Saint-Père a répété à plusieurs reprises: nous ne devons pas oublier ceux qui sont restés derrière nous", termine le prêtre.
Santé, covid-19 : la prudence habituelle
Matteo Bruni a également répondu aux questions des journalistes sur les éventuelles mesures particulières prévues pendant le voyage, suite à la récente opération que le Saint-Père a subie au côlon: «Il n'y a pas de mesures particulières, mais la prudence habituelle. Comme toujours, il y a un médecin et quelques infirmières à bord», a-t-il déclaré. Aux côtés du Pape François, se trouveront également les responsables de la Secrétairerie d'État ainsi que les cardinaux Leonardo Sandri (Églises orientales), Miguel Ángel Ayuso Guixot (Dialogue interreligieux) et Kurt Koch (Unité des chrétiens), et, comme le veut la tradition, un employé du Vatican, cette fois un employé du Gouvernorat.
Quant aux mesures contre la Covid-19 durant ce voyage - selon des données non officielles, il y a 200 cas de contagion par jour en Slovaquie -, et notamment la suppression de l'obligation du pass sanitaire pour participer aux célébrations du Pape, Matteo Bruni a précisé : "Ce sont des décisions des autorités locales, je peux imaginer qu'elles ont pris toutes les mesures nécessaires".
CH – AfdB (avec Vatican News)
