Ces dernières heures, les flots se sont déchaînés dans l'est de la Belgique, entraînant murs et objets divers sur leur passage. La désolation habite le cœur des rescapés, qui voient parfois anéantis les efforts d'une vie.
Le diocèse de Liège n'est pas épargné des calamités liées aux inondations. Plusieurs décès et disparus y sont déplorés, tandis que des maisons se sont effondrées.
Dans un communiqué, l'évêque des lieux, Mgr Delville, évoque la mise à disposition des locaux paroissiaux et des églises, pour autant qu'ils ne soient pas, eux-mêmes, la proie des eaux. "L’angoisse étreint beaucoup de familles au vu des dégâts dus aux eaux et sous la menace d’une crue plus forte encore. C’est pourquoi nous invitons chacun à la solidarité avec ses proches et avec les personnes dans le besoin. Les locaux paroissiaux ou les églises peuvent être mis à la disposition des personnes nécessiteuses s’ils sont protégés contre les eaux. Malheureusement de nombreuses églises sont inondées à leur tour." De son côté, Mgr Warin, l'évêque de Namur, s'adresse à la population dans un autre communiqué : "J’exprime ma sympathie aux personnes sinistrées, leur adresse mes encouragements et bénis les gestes d’entraide." Au fil du 15 juillet, véritable jeudi noir, les nouvelles se font moins rassurantes dans la région namuroise, où la liste des routes (photo d'illustration) et habitations inondées ne cesse de croître.
Les messages de soutien abondent sur les réseaux sociaux, comme celui du vicaire général, Eric de Beukelaer : "De coeur et de prière avec toutes les victimes des inondations dans la province de Liège et au-delà, ainsi qu’avec les pompiers, policiers, militaires et voisins, qui se démènent face à la fureur de l'eau."
Du côté de Chaudfontaine, tout comme dans d'autres communes sinistrées, l'évacuation de la population riveraine se poursuit en cours de matinée. Les avis se succèdent dans les différentes communes concernées, avec des routes fermées, la suspension des déplacements non essentiels ou même une recherche de bateaux à moteur de type zodiac, dans la commune de Chaudfontaine.
En province de Namur, une alerte citoyenne a également été lancée, afin d'éviter les déplacements et de privilégier, dans la mesure du possible, le télétravail. "Priorité absolue aux services de secours", indique un SMS à la mi-journée. Vu le niveau des intempéries, le réseau ferroviaire a d'ailleurs été mis à l'arrêt dans le sud du territoire belge.
"On racle, on racle..."
Dans les situations d'urgence et de détresse, la solidarité prend le pas sur le ressenti. Ballots de paille et sacs de sable ont été empilés dans des murailles de fortune. Une habitante de Theux nous relate la désolation de ces lieux. "En deux heures, tout est jeté à rien. Une propriété tenue au bouton se retrouve dévastée. Ce sont des moments éprouvants. Après, ce sera le temps des devis et d'une bataille pour tout reconstruire…" A Aywaille, les habitants ont été invités, dans la matinée, à remplir des sacs de sable au hall de voirie ou à prêter main forte au centre local de la Croix-Rouge.
Installé depuis 7 ans sur la place du Perron, au coeur de la zone sinistrée, Patrice Boland y tient un commerce de réparation informatique. D'après les photos prises dans les environs immédiats de son magasin, il estime que son rez-de-chaussée a dû être balayé par les eaux, sur une hauteur d'un mètre cinquante. Habitant d'une commune voisine, le commerçant n'a pas eu l'occasion de se rendre sur place, les routes étant inaccessibles. Sur le coup de 13h30, une baisse du niveau d'eau devrait lui permettre de se rendre compte de l'importance des dégâts. L'irruption soudaine des flots n'ayant pu être anticipée, le stock et les machines des clients n'ont pu être protégés, se désole-t-il. "Cela reste du matériel. Au centre, il y a des vies brisées." Si des initiatives se sont mises en place "plic-ploc" pour aider les gens dans le besoin, Patrice Boland suppose qu'elles vont se trouver centralisées.
Vivant sur les hauteurs, Sidonie observe que "la vallée est sous eau. A Spa, c'est la folie. Sur Tilff, tout est barré. Il y a de l'eau boueuse à gros flots. Une amie s'est réveillée avec de l'eau jusqu'à la poitrine; un camp a dû être évacué à la barque. Ce sont les pompiers qui ont été chercher les enfants pour les mettre à l'abri. Chez certains, il y a un étang au fond du jardin; un torrent a même emmené la haie et la boîte aux lettres d'une connaissance. La cabine électrique du village est sous eau. Nous sommes sans électricité."
Les camps suspendus
Les mouvements de jeunesse font également les frais de ces chutes de pluie exceptionnelles. C'est ainsi que de nombreux camps se sont vus raccourcis, tandis que d'autres se trouvent postposés, voire annulés. Décidément, les jeunes ne sont pas épargnés, non plus, par les conditions météorologiques. La déception des aînés est grande. "Tant de mois de préparation balayés…", nous confie une jeune Akela (cheffe). Remplis, les sacs à dos attendent des jours meilleurs dans les couloirs…
"Même si la pluie s’arrête, les crues vont continuer", prévient le site officiel des Scouts, qui recommande aux camps actuellement sous tente de sortir des prairies, sans encombrer les routes. Le passage des véhicules de secours reste, en effet, une priorité.
Evacuée de Mirwart, dans la commune de St-Hubert, Léa nous raconte que le champ entouré de deux ruisseaux a conduit les chefs à "prendre les devants en partant un jour plus tôt. Heureusement, nous étions déjà dans une phase de déconstruction et de rangement". Contactés, les parents des guides se sont retrouvés bloqués sur les axes de Rochefort, de Nassogne et de Jemelle. Un nouvel itinéraire leur a alors été proposé, passant par Libin et Saint-Hubert. "Un maximum de matériel a pu être emporté et se trouve à présent rangé dans le local scout à Seraing", se réjouit la cheffe de la 13e unité Saint-Joseph de Seraing.
Une situation critique
Après les alentours de la cité ardente, c'est au tour de la ville de Liège d'être la proie des flots déchaînés, au point qu'un appel a été lancé, en début d'après-midi, par la bourgmestre faisant fonction, Christine Defraigne (MR). Il est demandé aux gens de quitter la ville et de se rendre sur les collines avoisinantes. A ceux qui se trouveraient dans l'impossibilité de partir, la bourgmestre ff recommande de s'abriter dans les étages, avec des vivres et de l'eau. La Meuse est suspectée de monter d'un mètre cinquante par rapport au niveau alors observé. C'est dire si les dégâts seront conséquents... Familles, amis et voisins sont sollicités pour héberger les riverains en détresse. Du côté de la capitale de la Région wallonne, la Meuse a également envahi les berges, au point que le plan d'urgence a été, là aussi, activé.
Pour certains riverains, il s'agit de la deuxième inondation en l'espace d'un mois et demi, souligne l'abbé Sabbadini. "A Amay, en bord de Meuse, il y a le corridor du Bende, une tranchée venant de Hesbaye vers la Meuse (en face de Tihange). A la suite d'un orage, le ruisseau a débordé, le 4 juin dernier. Cette fois, la commune vient d'ouvrir des gymnases pour reloger des gens, dont le rez de chaussée est inhabitable. Le deuxième danger, après le Bende, c'est la Meuse, qui récupère l'eau de partout." Parti en expédition pour CathoBel, Thomas Sabbadini nous confirme que devant la collégiale Saint-Georges-et-Sainte-Ode, "les égouts ne prennent plus rien; il y a peu de monde en rue. A la gare locale, le passage sous-terrain est inondé..." L'évolution des prochaines heures sera cruciale.
Angélique TASIAUX - 15.07.21
(c) Photos prises en bord de Meuse par l'abbé Thomas Sabbadini.





