Lecture : la mort d’un père


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Lecture : la mort d’un père
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

Un premier roman accompli pour Pierre Guerci, qui traite d'un sujet grave sans atermoiements.

"Souvent sur le perron d'un hôpital ou dans le hall, au bout des couloirs mal éclairés, on pense à la vie." Ainsi débute ce roman, qui ressemble à la narration de tant d'existences. Dans une langue soignée et élégante, l'auteur détaille des moments ordinaires, selon un compte rendu précis. L'usage judicieux du subjonctif imparfait est suffisamment rare pour y être souligné !

Face à la mort, les tempéraments se révèlent. A fortiori lorsque les fratries se trouvent séparées par leur ascendance maternelle. Les filles d'un côté, les garçons de l'autre. Sylvie et Anne-Marie, les aînées, et Stéphane et le narrateur, nés hors mariage. La tension des derniers mois exacerbe des sentiments refoulés, jamais partagés faute de rencontres. La rivalité n'a pas d'âge : "on rejette la responsabilité de celui qui nous a manqué sur ceux dont on estime qu'ils nous en ont dépossédés".

Face au déclin annoncé du patriarche, l'urgence incite certains à des choix radicaux. Stéphane voudrait hâter le départ, en finir au plus vite. Sylvie se lance dans une intendance expéditive et Anne-Marie prend une revanche, celle de l'éternelle laissée-pour-compte. Reste le préféré, devenu narrateur d'un récit qui s'interroge sur l'attachement filial. A propos de Jules, son neveu, il s'inquiète : l'enfant sera-t-il avec son frère "moins ingrat qu'il ne l'est lui-même envers son père ?"

La gratuité d'une présence

Dans le grand âge, le fils dévoué voit une sagesse "en actes", au même titre qu'une forme de "dormition". Rester en connexion, avec celui qui s'en va, exige de l'empathie renouvelée pour le narrateur, tout juste trentenaire : "plus il s'effaçait dans le silence, plus mes bouffonneries m'éloignaient de lui". Noyant son père sous les glaces aux goûts variés et "le tintamarre des plaisirs industriels", mais aussi ébranlé par les excréments, le fils va, peu à peu, retrouver une complicité avec son père en se détournant des distractions faciles du présent pour revisiter les agréments du passé. Les airs d'opéra vont alors bercer leurs après-midi, entre songes et sommeil. Et le jeune homme de retrouver le sens du toucher, salvateur quand la parole fait défaut.

Naguère médecin devenu à son tour malade, le cancérologue ne réfute pas les incidences de sa pathologie. Il en connaît le caractère irrémédiable. Que la majorité des protagonistes évolue dans le milieu médical souligne la tension contemporaine entre science et foi. L'héritage spirituel semble limité, entre athéisme, indifférence, "catéchisme fourre-tout" et théories alternatives. "Incroyant mais confiant dans le rituel", le fils perçoit dans la foi paternelle le fondement d'une vie, "ce presque rien qui l'animait encore hier, en réalité, c'était tout." Au temps de la séparation succéderont les retrouvailles avec le brouhaha d'ici-bas.

Angélique TASIAUX

Pierre Guerci, "Ici-bas". Editions Gallimard, janvier 2021, 200 pages.

Catégorie : Culture

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