Il existe un "continent", artificiel dans tous les sens du terme, "fait" de tous les plastiques abandonnés dans la nature et qui finissent à la dérive dans les océans. La crise sanitaire a encore aggravé cette pollution. Quel regard portent les Belges sur ce problème planétaire?
Il y a une certaine analogie entre la pandémie du COVID-19 et celle de plastique qui menace notre planète d’asphyxie. Tout comme le coronavirus, le plastique est un problème mondial, contre lequel il faut agir de toute urgence. Cependant, et bien que la communauté scientifique n’ait cessé de sonner l’alerte, la problématique du plastique semble reléguée depuis la crise sanitaire.
D’une part, la consommation de plastique a explosé dans le milieu des soins de santé (masques, tubes-tests, gants, visières…). D’autre part, le confinement a également eu un impact sur la consommation domestique de plastique, notamment en raison de la forte hausse des livraisons à domicile. En même temps, la chute du prix du pétrole a dopé la production de plastique vierge.

Selon une enquête menée par la marque Frosch, qui fabrique des produits de nettoyage, et réalisée par le bureau Dedicated Research, les Belges sont conscients de la problématique mais méconnaissent les possibilités de recyclage.
"En tant que précurseurs de la recyclabilité et de la lutte contre la prolifération des plastiques, nous avons été interloqués par ce boom de la consommation de plastique et nous avons voulu savoir si la question du plastique préoccupait réellement les Belges", explique Benoît Renauld, directeur général de Frosch Benelux, quant aux motivations de l’enquête.
Un Recy-score ou Plasti-score, à l'instar du Nutri-score qui indique la valeur nutritionnelle des aliments, serait bienvenu. A noter que 18 % des Belges achètent déjà en vrac et utilisent leurs propres contenants mais 64 % déplorent le manque d’alternatives. Une taxe européenne sur les plastiques est entrée en vigueur en janvier 2021 mais il vaudrait mieux en interdire la fabrication. Et les Belges attendent aussi des efforts des entreprises et des gouvernements pour réduire ces dérivés du pétrole.
Un avis que partagent d’ailleurs Frosch et Benoît Renauld: "Notre objectif est de créer une communauté d’entreprises partageant les mêmes valeurs de respect de l’environnement et de la santé humaine. C’est en renforçant nos liens que nous renforçons notre crédibilité vis-à-vis des consommateurs." Afin de permettre à tous les industriels de s’engager dans cette voie, le groupe n’a d’ailleurs pas déposé de brevet sur ses méthodes de traitement des plastiques, permettant à tout un chacun d’utiliser ses processus de recyclage.
7 gestes à adopter
Bien que l'enquête montre que les consommateurs belges attendent davantage d'efforts de la part des entreprises et du gouvernement pour s'attaquer au problème du plastique, 6 sur 10 d'entre eux estiment qu'ils peuvent également agir à leur niveau. C'est pourquoi Frosch a demandé à Karine Van Doorsselaer, maître de conférences en science des matériaux et en écodesign à l'université d'Anvers et auteur de Climate-Conscious Consumption, des conseils pratiques pour aider les consommateurs à éviter le plastique et les emballages.
Règle numéro un: essayez d'éviter le plus possible le gaspillage. Dites non aux plastiques à usage unique et préférez les produits qui nécessitent peu ou pas d'emballage, par exemple une barre de savon au lieu d'un savon liquide dans une bouteille ou de l'eau du robinet au lieu d'une eau conditionnée. Dites également non à TOUS les produits jetables.
Choisissez autant que possible des emballages réutilisables, de préférence avec une consigne afin que le retour soit garanti. Donnez également la préférence aux emballages qui peuvent avoir une seconde vie après leur utilisation, par exemple comme boîte de rangement pour les jouets. En outre, optez pour les plus grands emballages possibles adaptés à votre consommation. Car plus l'emballage est grand, moins il y a de matériaux d'emballage. Pour les produits non alimentaires, il n'y a généralement pas de date de péremption.
Le plastique est beaucoup plus présent dans notre environnement qu’on ne le pense. Par exemple, nos vêtements contiennent souvent des matières synthétiques, qui perdent des particules à chaque lavage, pour finir dans nos océans. Achetez donc autant que possible des produits fabriqués à partir de monomatériaux qui faciliteront le recyclage.
Dans la même optique, évitez les emballages complexes composés de plusieurs matériaux, tels que le plastique avec un revêtement en aluminium (pour les sacs, par exemple) ou le papier couché. Le papier couché comme substitut au plastique n'est pas une option. Sa production consomme beaucoup d'eau et d'énergie et le matériau n'est pas recyclable. De plus, si nous remplacions tous les plastiques par du papier, l'offre d'arbres ne pourrait pas répondre à la demande et cela aggraverait la déforestation, même si un nouvel arbre est planté pour chaque arbre abattu.
Si vous utilisez du plastique, adoptez de préférence des plastiques transparents tels que le PET, PE, HDPE... qui sont plus faciles à recycler. Ils se reconnaissent généralement par des logos figurant sur les emballages. Bannissez absolument les plateaux en plastique noir, l'emballage ouvert typique avec une subdivision en différents compartiments qui sont souvent utilisés pour les biscuits, les œufs ou les plantes de pépinière.

Recyclez avec soin, car tous les articles en plastique ne peuvent pas encore être jetés dans le sac PMC bleu. Découvrez comment cela fonctionne dans votre commune. Tous les emballages en plastique sont désormais autorisés dans le nouveau sac bleu (PMC), mais cela ne signifie pas qu'ils seront tous recyclés. Les emballages multicouches (c'est-à-dire les emballages constitués de fines couches de différents types de plastique), par exemple, seront toujours incinérés.
Dernier point, mais pas le moindre, optez pour des produits locaux qui ont une chaîne aussi courte que possible. Plus la chaîne de distribution est longue, plus les exigences en matière d'emballage sont élevées et plus l'impact du transport est important. Les pailles de bambou, par exemple, ne constituent pas une alternative durable aux pailles en plastique. Non seulement parce que le bambou reste un produit jetable (le papier aussi !), mais il vient souvent de Chine, ce qui a un impact énorme en raison du transport. Les fibres de bambou sont également traitées chimiquement et le bambou n'est ni composté ni recyclé. Elles n’ont donc pas leur place dans une économie circulaire.

Agir tous ensemble
Les sacs et contenants (barquettes, flacons, etc) en plastique étouffent et polluent durablement notre environnement. Ils sont une réelle menace pour l'ensemble des êtres vivants, nous y compris. Heureusement des alternatives existent pour emballer ou transporter les produits que nous achetons. La crise sanitaire en a malheureusement "gelé" momentanément certaines, comme le fait de pouvoir apporter ses propres contenants chez les commerçants. Ces derniers, parfois interpellés par les consommateurs, parfois de leur propre initiative, proposent de plus en plus d'emballages en verre consigné. Mais il n'est pas toujours facile de changer ses habitudes. L'important c'est déjà de prendre conscience de la problématique et de se dire que tous les niveaux de pouvoir (des décideurs jusqu'aux "consomma-c-teurs") peuvent agir ensemble et en concertation.
Nancy GOETHALS (selon communiqué)
Les résultats complets de l'enquête sont disponibles ici: infographie-resultats-enquete
Crédit photo: Flickr et Pixabay

