Livre : La géographie du jeu


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Livre : La géographie du jeu
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le
3 min

Une centaine de photos célèbre le jeu, à travers les âges, les continents et deux décennies. A découvrir pour voir surgir des souvenirs.

Les images se suffisent à elles-mêmes. Pas besoin d'annotation ni de commentaire, hormis quelques rares notes explicatives. Lancer de galet, ronde, saut, lutte, course… Voilà des activités qui ne requièrent pas de matériel élaboré. A l'inverse, poussette, bâton, cerceau, ballon, pétanque, marelle, corde à sauter, théâtre, cerf-volant, déguisement, élastique, construction en bois, balançoire, trottinette, poupée, billard, babyfoot, cartes, pions, cailloux en guise de pièces, graines, manège, plateau… tous ces adjuvants en plus ou moins bon état secondent les rêves des enfants. Grâce à eux, ceux-ci donnent vie à des scènes souvent tirées de leur environnement immédiat; ils reproduisent la vie codifiée de leurs aînés. Traces dans le sable ou jeu d'ombre, le décor se prête parfois aussi à des mises en scène simples et rédemptrices. Avec trois bouts de tissu et un peu d'imagination, un moment délicieux voit le jour.

Pour le photographe Olivier Le Brun, le jeu est "indissociable de la vie, il appelle le rire, le plaisir, le défi, l'invention, l'imaginaire, l'évasion, le secret, la complicité". Il répond à un besoin universel et immémorial. De tout temps et en tous lieux, les enfants ont toujours joué. Et loin de coûteuses et sophistiquées propositions, trois boîtes de conserve suffisent pour les denrées d'un magasin.

"Echapper à la gravité"

Pour accompagner ces photos en noir et blanc, le commentaire de Delphine Vanhove, la nièce du photographe, évoque la liberté des prémices in utero, hors apesanteur. Elle se souvient aussi des parties de jeu avec d'autres enfants. "Nous échappions au temps et notre îlot était le monde." Car la gravité est indissociable de ces activités aux règles plus ou moins mouvantes : "Jouer, c'est terriblement sérieux!" Une dimension spirituelle n'est d'ailleurs pas absente de celui-ci.
Dis-moi comment tu joues et je te dirai qui tu es ! Le tempérament des uns et des autres se révèle dans la manière d'appréhender et de choisir ses occupations. Si certains préfèrent la solitude pour y accomplir leurs activités de prédilection, teintées de rêveries, d'autres en profitent pour saisir l'occasion de nouveaux échanges en groupe. Le jeu est un vecteur de rencontre indéniable. Il suffit d'observer des enfants en vacances qui ne parlent pas la même langue, mais s'allient dans une partie commune. "Outre la beauté du geste, l'intensité du jeu, la tension et le risque palpables sont autant d'éléments qui font la magie du spectacle vivant", observe encore Delphine Vanhove. Le répertoire des jeux est varié, en position assise ou en mouvement. Certaines langues, comme le portugais, varient même le lexique et multiplient les verbes en fonction de l'activité évoquée. En français, un seul verbe englobe toutes les possibilités, sans amoindrir leur portée fondatrice et quelquefois résiliente.

Angélique TASIAUX

Olivier Le Brun, "Jouer !". Esperluète éditions, novembre 2020, 144 pages.

 

Catégorie : Culture

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