Un patrimoine local plein de ressources


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Un patrimoine local plein de ressources
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le
4 min

Forte de ses 175 ans d'existence, la Société archéologique de Namur est un monument dans la région et au-delà. Son anniversaire est l'occasion d'un retour sur ses activités.

Dès 1845, les fondateurs de l'institution ont entrepris d'acquérir des pièces dans une triple perspective. Il s'agissait alors de "conserver, valoriser et étudier" les objets réunis, se réjouit la gestionnaire des collections, Aurore Carlier. Ces préoccupations visionnaires ne différaient guère de celles prônées actuellement par le Conseil international des musées. Celui-ci soutient, en effet, la valorisation de quatre axes majeurs: l'accueil, la conservation, la recherche et la diffusion. Pour autant, la place des sociétés scientifiques savantes, inscrites dans un cadre régional, n'est pas aisée, "en termes de fonctionnement et d'image", déplore Aurore Carlier. Une situation d'autant plus contrastée que "la Société archéologique a une équipe dynamique et beaucoup d'activités liées aux actions des musées namurois et extérieurs; elle assume le travail de valorisation de ses collections vis-à-vis du public, lors d'expositions et dans le cadre d'animations". Dans ses attributions se retrouvent des partenariats avec des musées, l'accueil des chercheurs, la restauration des œuvres d'art en péril et la publication régulière de travaux scientifiques. Au sein de ces collections pour le moins variées, 59 pièces ou ensembles bénéficient d'une reconnaissance de la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui les qualifie de Trésors.

Une démarche ancrée dans une région

Lors de la fondation de la nation belge, la volonté de prêter une identité au nouveau pays s'est imposée. Rapidement, de nombreuses pièces de qualité ont été envoyées au Cinquantenaire à Bruxelles, dans la perspective d'y rassembler le patrimoine majeur. Une réaction est alors apparue pour maintenir "une identité nationale plus locale et régionale, par le biais de petites sociétés créées sur des zones territoriales limitées comme Arlon, Namur, Liège, Mons ou Charleroi". C'est aussi à cette époque que "l'archéologie devient une science. Des protocoles sont établis pour réaliser les meilleures fouilles possibles, mieux identifier les objets et les attribuer à telle ou telle civilisation. La Société archéologique de Namur a eu des méthodes de travail avant-gardistes, notamment en développant l'étude des couches stratigraphiques."

Des apports variés

Plus de 500.000 pièces se trouvent ainsi conservées, parmi lesquelles 150.000 relèvent de la numismatique et 50.000 du domaine de la bibliothèque. Reste les 300.000 autres qui comportent des tessons, des tableaux, des sculptures, un cabinet fourni de dessins et d'estampes, des plaques photographiques sur verre, des sceaux, des frottis de pierres tombales, seuls vestiges de pierres détruites, des bourses à reliques, des orfrois médiévaux (broderies des vêtements liturgiques), mais aussi des plâtres… "En effet, la Société voulait au départ créer un musée encyclopédique. Tout ce qu'elle ne pouvait pas acquérir, elle en faisait des moulages", rapporte Aurore Carlier, enthousiaste. A côté de ses propres acquisitions, l'institution namuroise peut également être dépositaire de pièces issues de fabriques d'église, de la Fondation Roi Baudouin ou de la Fédération Wallonie-Bruxelles, laquelle "peut acquérir des objets, mais pas les exposer", nous précise encore la responsable des collections. Face à tant de pièces, un choix drastique a eu lieu, afin que les pièces majeures se trouvent exposées au grand public dans les trois musées namurois: le Musée archéologique, le TreM.a (Musée des arts anciens) et l'Hôtel de Groesbeeck-de Croix (Musée des arts décoratifs). "La Société est à l'initiative de leur création. Dans les années 90, la gestion des bâtiments a été reprise par les pouvoirs publics (la ville et la province), tandis que la gestion des collections revient toujours à la Société qui en est la propriétaire."

Une continuité assurée

A l'occasion de ses 175 ans, une exposition a été montée avec des pièces qui ne proviennent pas des musées mais des réserves. "Ce sont des pièces qui ne sont pas accessibles d'habitude au public. La Société archéologique a vraiment été proactive en termes d'acquis." Dans la foule d'objets hétéroclites du XIXe siècle, Aurore Carlier épingle un carnet de dessins avec des vues naïves, des sceaux censés être détruits à la mort de leur propriétaire ou encore des outils ordinaires, comme des moulins à café ou une hache de boucher. Une telle sélection d'objets du quotidien ne pourrait plus avoir lieu au XXIe siècle, faute de place dans les réserves ! De la préparation de l'exposition, l'historienne retient "l'aventure humaine de travailler sur sa propre histoire, mais aussi les points communs avec nos anciens! Une équipe de passionnés continue le travail de nos fondateurs."

Angélique TASIAUX

L'exposition "Donnons un avenir à notre passé" est censée se dérouler jusqu'au 12 février 2021 aux Archives de l’Etat, boulevard Cauchy, 41 à Namur. Un colloque devrait également avoir lieu au mois de février. Plus d'infos: www.lasan.be

Illustration : médaille (c) SAN - conservation (c) GFocant - épingle (c) GFocant

Catégorie : Belgique

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