Pour-quoi renoncer ? Un livre pour découvrir la joie du détachement


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Pour-quoi renoncer ? Un livre pour découvrir la joie du détachement
Par Sophie Delhalle
Publié le - Modifié le
4 min

"Le renoncement s'impose à nous d'une façon ou d'une autre", écrit Catherine Aubin dans son avant-propos. Et particulièrement en cette période de confinement, pourrions-nous ajouter. Toutefois, l'auteure estime que, quand il est bien compris, le renoncement est structurant, permet de choisir et donc d'avancer. Une lecture éclairante et utile qui nous initie à la joie du détachement.

Pour Catherine Aubin, dominicaine, enseignante et collaboratrice à Radio Vatican, le renoncement fut toujours un "acte répété" qui lui a permis d'avancer. "Je n'ai pas été déçue", ose-t-elle même écrire. Avec cet ouvrage, "Renoncer. La joie dans le détachement", elle veut montrer le côté positif et ouvert du renoncement. Nous apprendre qu'il est possible de "renoncer pour" et d'en faire un acte riche de rencontres, de vie, de fécondité, voire même d'abondance.

Faire une place pour Dieu

Qu'est-ce donc que renoncer? C'est quitter un lieu pour aller vers le grand large, se dépouiller pour se laisser vêtir, ou encore se détacher pour renaître. Enfin, se laisser renouveler par le Seigneur lui-même, à condition de lui laisser la place!

Renoncer est en réalité essentiel au développement de l'être humain, car cet acte courageux consiste à choisir perpétuellement l'essentiel, explique Catherine Aubin.

Dans ce dernier ouvrage, la dominicaine aborde donc les différentes significations du renoncement, pensé comme un acte de richesse qui nous amène à quitter un lieu pour rejoindre des terres intérieures souvent méconnues, nous invite au dépouillement et au détachement.

Dans une perspective chrétienne, le renoncement se traduit par le don. La lecture biblique du renoncement se fait en parallèle avec le récit de la Transfiguration qui en est en fait la finalité. Quand il nous invite au renoncement, le Christ nous propose de recentrer notre vie sur la rencontre vivante et le don de soi. Si nous sommes appelés à renoncer, Dieu, lui aussi, consent à se retirer, s'effacer, se contracter, pour offrir un lieu disponible à des êtres différents de Lui, ses créatures; et quand Dieu renonce, c'est toujours en faveur de l'homme.

Saint Paul parle volontiers de dépouillement, se vider pour pouvoir être rempli de Dieu. A l'image du Christ, renoncer à soi, c'est quitter une recherche de perfection personnelle pour entrer dans le mouvement d'Incarnation. Si l'on regarde du côté de la tradition monastique, un individu capable de renoncement est une personne qui voit l'intérêt d'autrui avant le sien. Il s'agit non pas de renoncer à nous, mais à un faux nous. Mourir à soi-même, "perdre sa vie" comme l'exprime Jésus signifie "renoncer à une vue trop humaine de la réalité pour accepter progressivement de se laisser renouveler par la foi et dans l'Esprit pour passer à une vie nouvelle".

Heureux et libre celui qui renonce

Catherine Aubin nous propose une très belle lecture de la parabole du fils prodigue où la recherche de perfection du fils aîné le conduit à oublier son père et son frère. Un idéal auquel il ferait mieux de renoncer, pour entrer dans la vraie vie et la relation. L'auteure évoque aussi la figure d'Abraham (ou comment se dépouiller de ses idoles et rompre avec le passé pour se réaliser) et des modèles plus contemporains comme Marie de l'Incarnation (et l'importance de la destination qui fait être et devenir) ou, plus proche de nous encore, Etty Hillesum et la manière dont elle a dompté sa peur de l'inconnu par une expérience profonde d'intériorité avec Dieu. Le chapitre sur la pensée de Maître Eckhart évoque "l'urgence du détachement pour faire place à Dieu" et la nécessité d'un désencombrement. Renoncer revient à "laisser Dieu être grand en nous". Aussi, "c'est au moment où l'homme se perd et renonce qu'il se constitue" et devient libre.

Heureux donc est celui qui renonce, puisqu'ainsi il entre dans la vie. Mais à chacun son chemin, souligne soeur Catherine Aubin. Nous serons tous appelés un jour ou l'autre à nous laisser revêtir d'autres choses, appelés à des renoncements pour plus de fécondité. Renoncer à nous-même, conclut-elle, c'est découvrir graduellement notre véritable identité en Dieu. Enfin, le renoncement n'a de sens que lorsqu'il est vécu comme un délaissement de tout ce qui est contraire à la joie. Renoncer, c'est goûter à la joie du détachement.

Sophie DELHALLE

"Renoncer. La joie du détachement", Catherine Aubin, Salvator-Novalis, 2020, 10 euros

Illustrations: capture écran Webtélé ECDQ - couverture du livre

 

 

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