En première ligne : un couple dans la tourmente du Covid-19


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En première ligne : un couple dans la tourmente du Covid-19
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

Ils sont devenus « nos héros », peut-être à leur insu ou ils s’en défendent. Ils travaillent peut-être au moment où – chaque soir à 20h – la population les applaudit de sa porte, sa fenêtre ou son balcon. « Ils et elles » sont au chevet des patients ou veillent au bien-être des personnes (âgées, en institution…). CathoBel et Dimanche vous invitent à partager leurs ressentis. Aujourd’hui, un couple de soignants témoigne de son engagement, qui relève d'un sens du devoir.

Mariés depuis 25 ans, Colette Ghilbert et Fabrice Leyre ont en commun un même amour des soins. "Nous sommes formés pour soigner", précise Fabrice, infirmier et ancien urgentiste, habitué à travailler en première ligne. Installés dans la campagne namuroise, tous deux ont choisi de poursuivre leur travail au cabinet et à domicile, avec les mesures de précaution qui s'imposent. "Demain, si un patient a le Covid-19, j'y vais. Il y a une question éthique et déontologique derrière cela", estime-t-il, tandis que pour Colette, kinésithérapeute, "c'est une faute professionnelle de ne pas soigner". Ne pas apporter de soins induit "une rupture de confiance par rapport au patient. Avoir le souci du patient, c'est se tracasser pour son bien-être. Dans le cas des maladies neurodégénératives, par exemple, les malades ont des raideurs énormes. Arrêter les soins serait catastrophique. Un soignant a le devoir de la continuité des soins", constate également Fabrice.
"D'habitude, quand les gens sont isolés, il y a quelques personnes autour d'eux. Maintenant, tout s'effondre. L'isolement est tel que des gens, au départ réceptifs, sont prêts à aller aux urgences pour être pris en charge. Le peu de vie sociale qu'ils avaient a disparu et leurs repères sont perdus. J'ai des patients en revalidation qui me téléphonent en pleurs. Ils doivent faire leur toilette eux-mêmes", précise l'infirmier, consterné. "Les gens qui viennent au cabinet font le trajet seul ou accompagné, tandis que les personnes à domicile sont vraiment seules. En plus, les centres de jour ont été supprimés; c'est difficile quand les gens n'ont plus leurs capacités cognitives", précise la kiné.

"La chute des masques"

Durant cette période particulière, l'infirmier a l'impression d'assister à "la chute des masques. Il y aura un avant et un après au niveau de la relation humaine. Une relation qu'on pensait cordiale ne l'est pas forcément. Quelqu'un d'avenant peut devenir égocentrique en période de turbulence. Les premiers jours, quand j'allais faire mes courses après avoir travaillé toute la journée, cela me rendait triste de voir tous ces rayons vides. Nous assistons à une perte de confiance entre les individus et envers l'autorité".
Depuis le début du confinement, les deux professionnels de la santé s'accommodent du matériel disponible. C'est le système D (débrouillardise) qui prévaut. Les tabliers sont lavés à 60°C, les gants fournis par la pharmacie du village… "Ce problème de masques et de protection est frustrant", reconnaît encore Fabrice. Pourtant, "à tout moment, j'ai une flamme et une lumière qui me donnent de l'espoir. Etre croyante m'aide", affirme Colette, qui évoque volontiers sa foi. Parents d'une grande fratrie, tous deux se réjouissent du soutien inconditionnel de leurs enfants. "Ils sont conscients qu'on donne des soins à des gens, parce qu'ils en ont besoin", estime la maman, tandis que, pour le père, ils se trouvent "face aux réalités de la vie dans toutes ses palettes".

Angélique TASIAUX

Catégorie : Belgique

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