Raffinées et subtiles… Les éloges ne manquent pas pour qualifier les peintures de Van Eyck (vers 1390-1441). Une exposition (temporairement inaccessible) leur rend hommage avec éclat.
Annoncée avec fracas, l'exposition gantoise a déjà attiré les foules, pour le bonheur du Musée des Beaux-Arts de Gand (MSK), mais pas seulement. Cet attrait pour des pièces de qualité est une heureuse nouvelle en cette ère de minimalisme de nombreuses œuvres d'art. Après une année 2018 consacrée à Rubens, 2019 à Bruegel, c'est au tour de Van Eyck en 2020. Trois illustres peintres composent ce cycle de promotion des Maîtres flamands. Cette fois, le prétexte de l'exposition tient au prêt des huit volets extérieurs du retable de L'Adoration de l'Agneau mystique tout juste restaurés. Ceux-ci sont habituellement conservés dans la cathédrale Saint-Bavon, au cœur du joyau historique de la ville de Gand. C'est donc une première de les retrouver dans un lieu non dévolu au spirituel. Au décès de son frère Hubert, Jan Van Eyck poursuivit la réalisation de ce retable hors norme, propriété d'un riche gantois.
Une paternité assumée
Pionnier de la peinture à l'huile, sans en être l'instigateur, Jan Van Eyck vécut durant une période favorable aux arts, alors que la ville de Gand prospérait grâce aux échanges commerciaux. Peintre à la cour du duc de Bourgogne Philippe le Bon, il connut des déplacements à l'étranger, voire même des missions diplomatiques. Un sens aigu de l'observation caractérise la construction de ses compositions, complétées par ses connaissances en matière de géométrie et d'optique. Coup de cœur assuré avec La Vierge à la fontaine (1439), une merveille du réalisme. Deux anges tiennent une tapisserie en arrière-fond de la Vierge, drapée dans un manteau bleu, l'enfant blotti contre elle. En avant-plan se trouve une fontaine de cuivre miroitante. L'ensemble est contenu dans un cadre estampillé de la devise AlC IXH XAN, "du mieux que je peux". Le cadre se trouve ainsi intégré dans l'œuvre peinte; il en est le prolongement. Van Eyck est parmi les premiers à signer ses œuvres, induisant un changement notable dans la conscience de la propriété artistique.
Deux prêts du Vatican
Venues du monde entier, des pièces ont été envoyées de Turin, Berlin, Madrid, Sibiu, Vienne, Los Angeles, New York, Anvers, Washington, Bruges, Philadelphie, Londres… Et du Vatican. En effet, les concepteurs de l'exposition ont pris le parti de présenter des œuvres de contemporains de l'artiste flamand. Parmi ceux-ci figure le fameux Fra Angelico, dominicain florentin qui joua un rôle majeur dans la renaissance italienne. Deux tableaux ont été prêtés par les musées du Vatican pour cette occasion: Saint François d'Assise recevant les stigmates (vers 1429) et Scènes de la vie de saint Nicolas de Bari (vers 1437), un panneau qui présente trois épisodes-clefs de la vie de celui qui deviendra le saint patron des écoliers. La technique picturale des contemporains italiens de Van Eyck est différente, puisque la peinture y est dite à la détrempe (ou tempera), autrement dit avec des couleurs délayées. A l'inverse, Van Eyck procède par touches successives de peinture à l'huile, obtenant un effet de transparence et de miroitement. Sa maîtrise picturale fait de lui le maître incontesté d'une "révolution optique", comme l'énonce le titre de l'exposition gantoise.
L'agencement de l'exposition est original, puisque les panneaux de l'Adoration de l'Agneau mystique se trouvent mêlés à des œuvres de l'atelier Van Eyck ainsi qu'à d'autres réalisations du bas Moyen Age. Dans ce contexte, une mention particulière peut être décernée aux livres d'heures, ces livres de prières liturgiques qui égrènent la journée du croyant chrétien. Rarement exposés à la lumière pour des raisons légitimes de protection, quelques joyaux d'enluminure sont sortis de leur réserve. Ainsi en est-il de "L’Annonciation, des Heures Llangattock", une merveille du XVe siècle. L'influence de Van Eyck y est perceptible, notamment dans l'attitude de l'archange Gabriel et de la vierge Marie. L'intérieur de la pièce reproduit fidèlement ceux du comté de Flandre, même des arbres feuillus sont visibles par la fenêtre. Une couronne miniature habille élégamment la page, d'une myriade de fleurs et de feuilles rehaussées de couleurs et d'or.
La confrontation et la rivalité avec la sculpture ne sont pas absentes des enjeux picturaux. Et Van Eyck de peindre des sculptures, plus vraies que nature! Sous son pinceau, les matières prennent corps; draperies et tissus acquièrent une réalité perceptible à l'œil nu.
Angélique TASIAUX
L'exposition "Van Eyck. Une Révolution optique" est prévue jusqu'au 30 avril. Plus d'infos via www.vaneyck2020.be
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