Cinéma – Un papa en détresse


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Cinéma – Un papa en détresse
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
3 min

Avec Le prince oublié, Michel Hazanavicius célèbre l’art de raconter des histoires, à travers les doutes d’un père.

Ils sont rares les films pour enfants qui parviennent à emporter les adultes. Ces histoires à plusieurs niveaux aux gags légers qui font rire les jeunes spectateurs, tout en proposant une lecture plus profonde à leurs parents. Le prince oublié, le nouveau film de Michel Hazanavicius (The Artist), réunit toutes ces qualités. Le réalisateur français nous débarque au beau milieu du monde imaginaire de Djibi, un papa veuf qui élève seul sa fille, Sofia. Chaque soir, il lui conte les aventures d’une princesse et de son prince, sans cesse importunés par le méchant Pritprout. Ce prince, c’est lui, son père, toujours là pour la sauver des dragons et des mauvais génies. Djibi et sa fille entretiennent donc une belle complicité. Hélas, rien n’est éternel. Les années ont passé et Sofia n’est maintenant plus une petite fille. Elle vient de rentrer au collège et semble fort intéressée par un jeune garçon de sa classe. Un soir, elle refuse carrément que son père lui raconte une histoire. Et le monde s’effondre au pays des rêves.
En un coup de baguette magique, Michel Hazanavicius nous fait passer de la vie réelle à l’imaginaire de ce papa délaissé. Il crée pour nous un monde peuplé de créatures abracadabrantes. Un dragon, un éléphant coloré, un cow-boy aux bras trop courts pour atteindre ses pistolets ou encore un homme aquarium, nos rêves les plus fous n’y auraient pas pensé. Affublé d’un collant et d’une cape, Omar Sy, le prince, déambule fièrement au milieu de ces personnages. De l’autre côté, le papa a peur pour sa petite fille chérie qu’il voit grandir sans rien pouvoir y faire. L’excellente idée du scénario, c’est de faire coïncider les deux mondes. L’imaginaire du papa vacille à mesure que ses craintes augmentent. Dans son monde intérieur, le prince est remplacé par un jeune premier. Et menacé de finir aux oubliettes.

Une peur universelle
Cette métaphore merveilleusement agencée permet d’aborder une peur universelle. Celle des parents qui voient leur enfant gagner en indépendance. Ce papa s’est dévoué entièrement à l’éducation de sa fille. Il avait occulté ce moment où elle allait prendre son envol. Maintenant qu’elle se débrouille sans lui, il se retrouve fort dépourvu. Le passage d’un monde à l’autre enrichit le film, lui donnant une dimension à la fois légère et émouvante. La fantaisie est parfaitement intégrée et ne manquera pas de captiver les enfants. Leurs parents, eux, reconnaîtront les doutes qu’ils n’osent parfois pas exprimer. Ils seront probablement rassurés de voir qu’ils ne sont pas les seuls à passer par là.
On peut également y voir une autre lecture, le monde imaginaire s’apparentant à un plateau de cinéma. Le prince oublié devient un acteur, lui aussi effrayé à l’idée d’être délaissé par le public. Ajoutez à cela une réflexion sur l’amour et les relations et vous obtenez une petite pépite de film familial. La preuve que l’imagination n’a pas de limites. Et que les belles histoires ont encore de beaux jours devant elles.

Elise LENAERTS

Catégorie : Culture

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