Les maisons d'édition installées sur le sol belge ne sont pas nombreuses. A fortiori lorsqu'elles sont consacrées à d'anciens textes ! C'est pourtant le cas de "Névrosée", qui a vu le jour à la fin de l'année 2019.
Avec douze titres à son actif pour son lancement, "Névrosée" envisage la publication d'une dizaine de titres par an. "Les dix suivants sont déjà prêts", nous confie Sara Dombret, sa directrice. Juriste de formation, celle-ci concède volontiers que le pari est audacieux. "Nous avons la volonté de mettre en valeur le patrimoine belge. C'est une façon de le renchérir de ce que l'on a et d'arrêter le temps; une œuvre de mémoire et du cœur. Parmi les douze titres, il y a une diversité énorme", susceptible de correspondre à des attentes variées. Le désir de susciter et de défendre la lecture sont des préoccupations qui motivent l'éditrice, qui est par ailleurs juriste d'entreprise. "Avec la masse de parutions, le lecteur est perdu. Alors, il se laisse souvent guider par les prix littéraires, dans lesquels les grandes maisons prédominent. Finalement, ce sont les prix et la presse qui sont ses seuls filtres. Je rêve d'un quizz pour le conseiller et lui permettre de retrouver une connexion avec la lecture."
Des livres introuvables
Le domaine de prédilection de la collection "Femmes de Lettres oubliées" est explicite. Parmi les écrivaines rééditées, citons Nelly Kristink (rééditée récemment chez Espace Nord), Marie Denis, Anne François, Jeanne de Vietinghoff ou encore Caroline Gravière, avec l'excellent "Une Parisienne à Bruxelles", dont la première publication remonte à 1875. D'un humour caustique, l'auteure (belge elle-même) dénonce les travers de ses contemporaines, jugées terriblement provinciales. "Madame Van Zee serait bonne si elle n'avait pas trois filles à marier." S'ensuivent des portraits au vitriol de la bourgeoisie, engoncée dans ses usages: "elle possède un collier de grenats, une bonbonnière de cristal, héritage de famille que personne n'a cassé depuis un demi-siècle, mais dont personne ne s'est servi, un éventail de satin rose brodé en paillettes, un crêpe de Chine qui fut son cadeau de noce et qu'elle n'a jamais porté parce qu'elle attendait pour l'exhiber une occasion qui n'est pas venue".


