Après sa Palme d’or, le Japonais Hirokazu Kore-eda est parti tourner en France, avec Catherine Deneuve. Son nouveau film, La vérité, vient nous dire que les acteurs et actrices sont bel et bien des gens comme tout le monde.
Le monde du cinéma ne cesse de fasciner, même à l’heure des comptes Instagram qui divulguent tout de la vie des acteurs et actrices. Après tout, les stars restent des êtres humains, y compris les grandes icônes. Cette dualité sous-tend le dernier film de Hirokazu Kore-eda. Pour ceux qui suivent l’actualité du 7e art, c’est ce réalisateur japonais qui a remporté la Palme d’or en 2018 pour Une affaire de famille. Ces liens familiaux font partie des thèmes qu’il affectionne puisqu’il nous en parle encore une fois dans La vérité. Cette famille est celle de Fabienne, célèbre actrice française qui s’apprête à recevoir la visite de sa fille, Lumir, une scénariste. New-yorkaise d’adoption, Lumir apporte dans ses valises sa propre fille et son mari, un acteur américain. Sans surprise, cette réunion de famille va parler cinéma. Mais pas uniquement...
Des coulisses mouvementées
Dans une belle et grande maison entourée d’un jardin verdoyant, Fabienne accueille ses invités. Ou plutôt, son fidèle agent les aide à s’installer. Car l’actrice n’est pas du genre à s’épancher. La diva capricieuse et égocentrique se fiche pas mal des autres. En pleine préparation pour un nouveau rôle, Fabienne est préoccupée. Elle craint que sa jeune partenaire ne lui vole la vedette. Pour rajouter à son émoi, sa biographie est sur le point de sortir. Lumir tente de s’imposer dans toute cette pagaille, même si elle connaît sa mère et sait que son ego démesuré laisse peu de place au dialogue. Hirokazu Kore-eda filme ces deux femmes du même sang qui n’arrivent pas à communiquer. En nous promenant du plateau de cinéma à l’intimité du foyer de l’actrice, il peint, à coup de traits fins, un tableau sensible des relations familiales. Il fait aussi le portrait de deux caractères. Celui de Lumir, en quête de reconnaissance. Et celui de Fabienne, plus mystérieuse, mais dont la carapace de diva cache des failles. Sans trop en dire, en laissant la place aux sous-entendus, le réalisateur laisse au spectateur le soin d’interpréter ce qui se joue sous ses yeux.
En saisissant des thèmes universels, le Japonais réussit donc parfaitement son passage en France. Sa plongée dans une autre culture doit également beaucoup à son casting. Hirokazu Kore-eda pouvait, en effet, compter sur la plus emblématique des actrices françaises: Catherine Deneuve. Elle incarne cette insupportable star avec une aisance folle. Ses répliques piquantes donnent au film des teintes d’humour qui accompagnent les moments plus graves. Le personnage haut en couleur de Fabienne porte donc l’histoire qui peut, en outre, bénéficier d’une écriture soignée. Malgré la barrière de la langue, la collaboration du réalisateur japonais avec l’équipe française a porté ses fruits. Tous les acteurs sont parfaitement dirigés. Ils nous livrent une comédie dramatique riche, qui part d’un cas particulier pour l’élargir à tous. Les acteurs et actrices sont bel et bien des gens comme tout le monde, que la reconnaissance du public et de leurs pairs ne protège pas des doutes existentiels.
Elise LENAERTS

