Une trentaine de statues en bois de la région dinantaise sont rassemblées à l'occasion d'une exposition dédiée aux saints. Rendez-vous à la Maison du patrimoine médiéval mosan.
"Silencieux, immobiles et hiératiques, ils sont là.
Peuplant des églises dont les portes sont de moins en moins ouvertes.
Veillant sur des communautés de plus en plus étrangères à leur existence.
Certains sont préservés à l'abri des regards, dans des coffres ou autres lieux clos.
D'autres ont quitté leurs sanctuaires pour les vitrines de musées."
Sensible, ce poème introduit l'exposition et résume la problématique contemporaine de la conservation patrimoniale.
Christian Pacco revient pour nous sur le processus de réflexion qui a mené à l'exposition dinantaise. Après la prise de conscience de l'existence d'un patrimoine commun et l'inventaire des différentes statues, un travail de restauration de celles-ci a été entrepris. Ce sont les éclats dans la couche picturale qui ont surtout été l'objet des soins, sans oublier un éventuel traitement d'anoxie. "Un an de préparation a été nécessaire pour cette exposition qui est un aboutissement. Elle permet une réappropriation par les fabriciens, les pouvoirs publics et la population. Les gens redécouvrent quelque chose à eux. L'étape suivante, c'est de rendre du sens, grâce notamment au catalogue et aux visites guidées. Ensuite, à partir de Pâques 2020, certaines statues seront exposées dans la collégiale de Dinant. Une mise en valeur dans le déambulatoire y est prévue dès le 1er avril."
La piété populaire au cœur de la démarche
Historien de l'art, Christian Pacco situe les fondements de la piété populaire, qui correspond à "un besoin d'avoir un divin de proximité, un Dieu plus accessible. On a recours aux saints plutôt qu'à Dieu. Les légendes les rendent merveilleux; ils sont même spécialisés! La piété populaire est à nouveau en vogue, le pape François insiste d'ailleurs sur son importance. Le contexte n'est pas si démodé que cela ! Pour l'action patrimoniale d'aujourd'hui, il importe de redonner du sens et de comprendre pourquoi nos aïeux ont eu recours aux images, c'est-à-dire aux représentations peintes ou sculptées. Les statues polychromes rendent l'illusion que le saint est présent. C'est une façon de rapprocher le divin du fidèle. Toutefois, il y a un danger de s'arrêter à la statue, avec une dévotion portée à l'objet. C'est le danger de l'image ou de l'icône miraculeuse."
Angélique TASIAUX
"Gardiens de nos églises", exposition accessible du 30 novembre 2019 au 1er mars 2020 à la Maison du patrimoine médiéval mosan, place du Bailliage, 16 à 5500 Bouvignes (Dinant) – tél. 082 22 36 16 - [email protected]


