La chronique de Sébastien Belleflamme : La vie n’est pas une autoroute


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La chronique de Sébastien Belleflamme : La vie n’est pas une autoroute
Par Sébastien Belleflamme
Chroniqueur
Publié le - Modifié le
3 min

Paul Claudel avait repris cet adage portugais: "Dieu écrit droit avec des lignes courbes." On l’utilise populairement pour évoquer notre vie ou celle d’autrui lorsqu’elle est particulièrement sinueuse, mais pour signifier que Dieu resterait malgré tout à la manœuvre, qu’il ferait toujours in fine quelque chose de bon avec nos revirements, nos déboires, nos écarts…

Que serait existentiellement "écrire droit" pour un être humain? On a parfois la tentation de croire, particulièrement quand on est jeune, qu’écrire droit signifierait vivre sa vie comme on emprunterait idéalement une autoroute, en échappant aux petits chemins, aux déviations, aux reliefs, aux courbes. Si la perspective d’une route sans encombre peut sembler confortable et enviable, nous savons tous qu’elle ne correspond pas à la réalité de notre vie. Rien n’est simple ni tracé une fois pour toutes. Nous connaissons des lignes courbes, heureuses et malheureuses. Les courbes heureuses, espérées ou inattendues, sont ces bonnes nouvelles et opportunités familiales, sociales, professionnelles, qui sont des courbes de croissance. Les courbes malheureuses sont nos échecs, nos épreuves, nos erreurs, qui nous font vaciller et nous fragilisent parfois. Toute proportion gardée, j’ai l’audace de croire que ces courbes difficiles peuvent être petit à petit assumées, dépassées ou transformées à travers un chemin de résilience, de reconstruction ou de renouvellement, davantage porteur et moins illusoire que l’autoroute parfaite à laquelle nous rêvons parfois naïvement. Notre histoire singulière est ponctuée de nombreux défis à relever qui développent notre force de caractère et stimulent les atouts de notre personnalité. Aux courbes compliquées ou douloureuses succéderont peut-être des courbes de réconciliation, de réussite, de guérison, de pacification. Rien n’est totalement prévisible et c’est tant mieux! A l’évidence figée et close du destin, je préfère la destinée, tel un horizon ouvert sur le champ des possibles.

Le destin n’est pas la destinée. Le destin, c’est se résoudre à vivre ce que nous sommes par nature, c’est-à-dire assumer ou subir nos prédispositions et déterminations sans trop d’audace ni de panache, voire en tirant parfois une vaine gloire de ce que nous n’avons pourtant rien choisi de notre naissance: famille, époque, lieu, conditions culturelles et socio-économiques… Tout cela nous est donné, nous n’y sommes pour rien, avec ce que cela comporte de chanceux et de positif, mais aussi de difficile ou de dramatique. En revanche, ce que nous nous attelons tant bien que mal à faire germer de neuf et à cultiver à partir de ce terreau initial, tantôt rocailleux et tantôt fertile, là est notre destinée. Dans nos lignes courbes, il y a un possible chemin de foi, une vocation à développer son potentiel créateur, un appel à se réinventer, à se relever, non pas à la lumière de notre seule logique, mais en relation avec ce que l’on nomme mystérieusement Dieu. C’est un travail de co-écriture. C’est l’aventure spirituelle qui permet d’apprendre à devenir plus humain et à se recevoir plus divin dans une réelle liberté. Non pas une liberté illusoire, consumériste ou égoïste, mais une liberté qui invite à dépasser la seule logique matérielle de ce qui est strictement raisonnable et démontrable pour faire un pas osé dans l’inattendu, anticiper l’avenir, dépasser ses craintes, s’ouvrir à la grâce. N’ayons pas peur! Nous sommes capables de hisser fièrement les voiles pour parcourir la Terre, mais peinons souvent à découvrir les foisonnantes et insoupçonnées largesses de notre cœur. Dans nos lignes courbes, il y a un cap d’amour, de foi et d’espérance à redécouvrir sans cesse. Il y a toujours un point de ralliement, une direction à prendre, un aller ou un retour possible. Notre promesse humaine est divinement immense.

Catégorie : Chroniques

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