Cinéma – Seconde jeunesse


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Cinéma – Seconde jeunesse
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
3 min

Avec La belle époque, Nicolas Bedos raconte avec une plume inspirée les retrouvailles d’un vieux couple.

A soixante ans, Victor n’a plus goût à rien. Sa femme est devenue aussi froide que la banquise et il ne comprend rien à toute cette technologie qui rend tout le monde dépendant aux prises de courant. Les smartphones et la réalité augmentée, très peu pour lui. Quoique... Il pourrait bien changer d’avis. Antoine, un brillant entrepreneur a peut-être la solution pour lui. Sa société permet, en effet, aux clients de replonger dans n’importe quelle époque. Ils s’occupent de tout, les décors, les costumes, la musique. Du vrai service sur mesure. Comme il n’a plus rien à perdre, Victor accepte de jouer le jeu. Il choisit les années septante, dans un bistro. Pas qu’il aime les cols pelle à tarte et les ambiances enfumées, non, il rêve de revivre ces années car c’est à ce moment-là qu’il a rencontré celle qui deviendra sa femme. Marianne était alors une jeune fille libre, piquante et vivante. À des années-lumière du robot qui partage désormais sa vie. Le temps d’une soirée, Victor va pouvoir retrouver l’émotion de sa jeunesse. Cinq, quatre, trois, deux, un... Le spectacle peut commencer.

Le goût des dialogues
Nicolas Bedos, le fils de Guy Bedos, a hérité de son père son talent pour l’écriture. C’est le point fort de son deuxième film, La belle époque. Les dialogues ciselés, véritables joutes verbales, entre Victor et Marianne nous entraînent dès les premières minutes dans l’histoire de ce couple fané. Nicolas Bedos ose les vacheries. Ça pique même parfois très fort. Mais ce côté cynique est contrebalancé par le fond. La belle époque parle de la nostalgie, du couple et de son usure. La prise de conscience de Victor questionne avec émotion les sentiments et les effets du temps qui passe. Ce couple bourgeois représente la génération des soixante-huitards, bercés d’idéaux durant leur jeunesse, pour finalement retomber dans une vie ronronnante. Comme il l’a fait avec son premier film, Monsieur et madame Adelman, Nicolas Bedos saisit avec justesse les relations humaines. Celle du couple, mais aussi celles des parents avec leurs enfants. Victor n’est pas seulement déconnecté des smartphones, il l’est aussi de ses proches. Son expérience dans le passé l’aide à y voir plus clair, sur un mode ludique des plus plaisants.
Effectivement, l’idée d’une entreprise qui propose de remonter le temps est également tout à fait brillante. La présentation du concept, au début du film, nous fait naviguer des robes à crinoline aux diners nazis, avec un humour détonnant. On se surprend à réfléchir à l’époque que nous aimerions retrouver ou tester. C’est que la reconstitution marche du tonnerre! La mise en abyme qui nous transporte de la vie réelle aux scènes reconstituées donne donc une dimension supplémentaire au film. Comme une métaphore des pensées de Victor, en questionnement existentiel. Nicolas Bedos nous les traduit de façon enlevée, entouré d’une brochette de comédiens de haut vol. Fanny Ardant, Daniel Auteuil et Guillaume Canet, excusez du peu!

Elise LENAERTS

Catégorie : Culture

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