Livre : Coup de coeur de la rentrée littéraire


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Livre : Coup de coeur de la rentrée littéraire
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
2 min

"Le ciel par-dessus le toit", voilà un titre inhabituel pour un roman, qui vaut assurément le détour. En à peine 130 pages, Natacha Appanah campe un triangle familial saisissant et bouleversant.

Originaire de l'île Maurice, Natacha Appanah réussit la prouesse de s'immerger avec grâce dans la thématique sombre de l'enfermement. Elle jongle avec les émotions en les distillant avec finesse et prouve que la gravité peut éviter les enlisements gluants du voyeurisme. "Plus tard, peut-être qu'elle reformera ces mots sans bruit pour se rappeler qu'elle a été une fois dans sa vie capable de parler aux fleurs, de dire quelque chose comme ça, quelque chose qui n'ait de sens que dans l'instant, qui n'ait de beauté que dans son imperfection." La quadragénaire suit ses personnages avec la délicatesse du cœur, celle qui voit les larmes sous les sourires. La sauvagerie habite ces pages, mais ne les engloutit pas.

Une question de survie

L'histoire est simple, comme bon nombre des événements qui traversent une vie ordinaire: sans permis de conduire, Loup, un jeune garçon, provoque un accident; son arrestation libère les souvenirs. Dans ce récit intimiste, trois personnages prêtent leurs pensées à la narratrice. "Peut-être que si les gens et les cœurs pouvaient changer en un instant, l'un d'eux aurait à cette table un geste qui ferait oublier tous les autres ou des paroles si sincères et si douces que, d'un coup, celles d'avant n'existeraient plus." Lorsque les non-dits affluent et masquent les états d'âme, les excès de silence gâchent les rires, disparus des mémoires. Une enfance profanée ne se mesure pas à l'étendue des dégâts. Un geste suffit parfois. La mère de Loup en a d'ailleurs fait les frais et les rêves des autres se sont brisés.

"à travers les barreaux (bravo, lasso)"

Incarcéré, Loup se rassure avec la musique des mots, ces rimes de syllabes qui glissent sur lui. L'auteure rend compte de l'emprisonnement et de la vie carcérale de manière viscérale. "C'est un monde qui commence quand vous avez un proche en prison", constate la sœur de Loup. Et pour ceux du dedans, tous ces corps privés de contact, il importe alors d'être "humble à ce moment-là, devant cette humanité entravée qui crie parce qu'il n'y a plus que la voix qui porte entre les barreaux, il n'y a plus de mains, plus de caresses, plus d'étreintes". Pourtant, ce récit s'apparente à un conte, avec des retrouvailles bouleversantes d'humanité. Natacha Appanah a épuré son roman en l'allégeant du superflu. Léger par son nombre de pages, "Le ciel par-dessus le toit" atteint la puissance des grands textes.

Angélique TASIAUX

Natacha Appanah, "Le ciel par-dessus le toit". Gallimard, juin 2019, 128 pages.

Catégorie : Culture

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