Thierry Demaizière et Alban Teurlai, réalisateurs de “Lourdes” – “Saisir la beauté de ces corps fragiles”


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Thierry Demaizière et Alban Teurlai, réalisateurs de “Lourdes” – “Saisir la beauté de ces corps fragiles”
Par La rédaction
Publié le
4 min

Dans leur documentaire sur Lourdes, Thierry Demaizière et Alban Teurlai ont placé la vulnérabilité "sur le devant de la scène". Sans aucun parti pris et avec brio, pour ne pas dire grâce. Un film dont la portée va bien au-delà de la sphère catholique.

Lourdes" est sorti en mai dernier dans les salles françaises. Malgré un bel accueil dans l’Hexagone – il était à l’affiche dans une centaine de salles – ce film intimiste, salué par la critique, n’a pas été distribué en Belgique, sauf de manière marginale dans certains cinémas (voir ci-dessous). Dommage, car loin des images d’Epinal, ce documentaire est une réussite que l’on doit à deux réalisateurs totalement étrangers au monde chrétien. Leur filmographie compte même un documentaire sur Rocco Siffredi, la star du cinéma porno… C’est dire!

Pourquoi vous êtes-vous intéressés à Lourdes?
Thierry Demaizière: A la base, pour une raison assez anecdotique. Je n’arrivais pas à joindre une amie pendant quelques jours. Un peu gênée, elle m’a expliqué plus tard qu’elle était à Lourdes comme hospitalière. En l’écoutant me raconter ce qu’elle avait vécu auprès des personnes malades, je me suis dit qu’il y avait là une galerie de portraits absolument incroyable.
Votre éclectisme vous donne d’explorer des univers bien différents. Quels dénominateurs communs se retrouvent en filigrane de vos films récents?
Alban Teurlai: Le corps. On travaille beaucoup sur le corps, sublime, abîmé, exploité, malade. On aime aussi travailler sur les sujets pétris d’a priori en essayant de changer le regard des gens.

Et quels sont les a priori sur Lourdes?
T.D.: La rue marchande, les Vierges en plastique, la foi du charbonnier. Tout cela, c’est l’écorce. Le cœur de Lourdes est ailleurs.
Peut-être dans la notion de résilience? C’est du moins cela qui se dégage de votre film, comme le vrai miracle de Lourdes.
T.D.: Plus on approche du cœur de Lourdes, moins le miracle est important. D’ailleurs, un des fidèles, atteint de la maladie de Charcot, prie pour "oser" demander sa guérison. A Lourdes, on est touché, dans tous les sens du terme. On regarde les malades, on les touche, ils sont choyés, portés par des bénévoles, parfois un peu démunis.
Et puis il y a cette sorte de Mantra. Bernadette, qui affirme avoir vu la Vierge en 1858, dit: "Elle m’a regardée comme une personne." Des années plus tard, on continue de regarder les malades comme des personnes. Lourdes, c’est un changement de perspective: la vulnérabilité est au centre de la scène.

Votre perception de la foi catholique a-t-elle évolué après cette immersion dans le sanctuaire de Lourdes?
A.T.: Nous avons cherché à faire un film sur la condition humaine des personnes qui se rendent à Lourdes, pas sur la foi. Nous avons quelques plans d’une messe. Deux minutes, tout au plus. Le prêtre que nous avons rencontré ne nous a pas parlé de convictions religieuses. Il nous a partagé ses doutes, sa peur du handicap. Nous sommes bien loin du discours formaté sur l’amour du prochain.
Comment expliquez-vous que la parole de vos interlocuteurs, tous croyants, porte bien au-delà de la sphère catholique?
T.D.: C’est le fruit d’un gros travail de casting, pour trouver parmi des millions de pèlerins les interlocuteurs que nous cherchions. Nous nous sommes d’abord adressés aux diocèses qui nous présentaient des personnes dont l’histoire était sans doute singulière à leurs yeux. Mais finalement nous sommes allés chercher des gens dont la parole dépassait le langage spécifique interne à l’Eglise. Nous voulions que l’on puisse s’attacher à eux à travers des mots audibles par tous.

Est-ce qu’un croyant aurait pu filmer Lourdes avec autant d’acuité que vous?
T.D.: Je ne pense pas. Les responsables du sanctuaire nous ont dit, après avoir vu le film: nous ne savions plus à quel point la pierre de la grotte et les mains qui la touchent sont belles. Un regard habitué ne voit pas les mêmes choses qu’un regard neuf.

Propos recueillis par Pierre PISTOLETTI (Cath.ch)

Où voir le film Lourdes en Belgique ?

• Lundi 14 octobre à 20h15 à Jodoigne au Cinéma l’Étoile - Billets à réserver sur www.billetweb.fr/film-lourdes-seance-jodoigne

• Mercredi 23 octobre à 20h00 à Waterloo au Cinéma Wellington - Billets à réserver sur www.billetweb.fr/lourdes-seance-waterloo

• Mercredi 13 novembre à 20h15 à Bruxelles au Cinéma Le Stockel - Billets à réserver sur www.billetweb.fr/film-lourdes-seance-bruxelles

• Vendredi 15 novembre à 19h30 à La Louvière au Cinéma Stuart - Billets sur le site du Cinéma Stuart: www.cinemastuart.be

Concours

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Catégorie : Culture

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