Cinéma – Dissection d’une famille


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Cinéma – Dissection d’une famille
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
3 min

Après son sublime film La Prière, Cédric Kahn dresse le portrait d’une famille dysfonctionnelle, rongée par les non-dits, et qui règle ses comptes lors d’une fête d’anniversaire.

C’est un jour spécial pour Andréa. Elle fête son anniversaire et toute la famille est réunie. Même Claire, sa fille qu’elle n’a plus vue depuis trois ans, a quitté les Etats-Unis où elle vit avec son compagnon pour venir la voir. Andréa et ses fils l’accueillent donc à bras ouverts. Mais rapidement, ça dérape. Claire a toujours été instable et n’a plus donné signe de vie depuis des mois. Intrigué par ce silence radio, son frère appelle son compagnon pour tirer cette affaire au clair. Il apprend alors, sans trop de surprises, qu’elle s’est enfuie depuis des mois déjà, emportant les bijoux de sa belle-mère. Ce n’est que plus tard, à table, que la famille découvre le réel motif de sa visite. Alors qu’elle était encore enfant, Claire a hérité de son père biologique. Cet argent a ensuite été utilisé par Andréa et son mari pour racheter la maison dans laquelle ils vivent encore aujourd’hui. Claire est donc venue réclamer sa part pour éponger les dettes dont elle est à nouveau criblée. Malheureusement pour elle, ses frères ne l’entendent pas de cette oreille, surtout dans l’état émotionnel dans lequel elle semble se trouver pour l’instant.

La folie en question
Voilà une matriarche qui ne profitera pas beaucoup du plaisir des retrouvailles, ni de son repas d’anniversaire. Dans son nouveau film (dans lequel il joue également), le réalisateur français Cédric Kahn fait le portrait d’une famille rongée par les non-dits. Un sujet maintes fois exploité, qu’il traite sans grande originalité mais avec un certain savoir-faire. De fait, on voit venir le coup des cadavres qu’on sort du placard après quelques verres, mais le réalisateur peut compter sur son casting pour redresser la barre. Catherine Deneuve porte le film en mère aveuglée par l’amour qu’elle porte à sa fille. Claire est manifestement difficile à gérer depuis son adolescence, mais Andréa a toujours rechigné à la voir internée. Difficile, en effet, d’admettre la folie d’un être cher. Ses fils, quant à eux, ont toujours souffert de l’attention que nécessite cette enfant difficile. On sent donc dès le départ les mauvaises ondes apportées par cette source de conflit. Le début du film est en cela réussi, car le réalisateur parvient à garder une part de mystère autour de l’arrivée improvisée de Claire.
Cette ambiance pesante s’efface ensuite au profit des règlements de compte proprement dits. Cette deuxième partie, nerveuse, voire hystérique, tourne hélas parfois au ridicule. L’escalade de reproches entre les membres de la famille, les pleurs et les cris décrédibilisent les prémisses installées à l’apéro. On comprend l’idée de Cédric Kahn qui, à travers ces personnages quelque peu caricaturaux, tente de disséquer les liens familiaux. Il nous invite par-là à nous questionner sur nos propres relations avec nos parents, nos frères, nos sœurs et nos enfants. Sur ce point, il garde la distance nécessaire, n’imposant aucune réponse. Mais en voulant accorder autant d’importance à chaque personnage, il embrouille inutilement son histoire. Pertinent mais dispersé, Fête de famille laisse donc une impression mitigée.

Elise LENAERTS

Catégorie : Culture

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