Derrière un grand homme, se cache souvent la femme. Ensemble, Raoul et Madeleine Follereau ont sillonné la planète au service des lépreux. Un livre retrace leur itinéraire spirituel.
Le nom de Raoul Follereau est associé à la maladie de la lèpre puisque l'homme y a consacré sa vie. Ce dont on parle moins souvent concerne la place de sa femme Madeleine. Ils se sont rencontrés alors qu'ils avaient 15 ans à peine, en 1918. Le livre de Bernadette Chovelon, aux éditions Artège, retrace leur parcours de couple. Elle révèle, par exemple, qu'ensemble, ils ont fait 32 fois le tour du monde. Sous l'appellation les "Vagabonds de la Charité", ils n'ont eu de cesse de prendre soin des millions de personnes frappées par la lèpre, des enfants et des adultes souvent délaissés.
Raoul Follereau qui était à la fois conférencier, journaliste et écrivain confiait que sa femme "est toujours très effacée. Elle ne veut jamais qu'on la remarque quand je parle en public." Sur base des documents consultés à la fondation Raoul Follereau, l'auteure de ce livre montre les motivations de ce couple qui n'a, malheureusement, pas pu avoir d'enfant. Leur projet qui "prendra corps petit à petit" consiste à "aider les autres et tout spécialement les plus malheureux, ceux qui sont rejetés par tout le monde." Cela prend d'abord la forme d'un appel à la solidarité, "l'heure des pauvres". En 1942, en plein milieu de la guerre, Raoul et Madeleine Follereau invitent à consacrer l'équivalent d'une heure de salaire par an pour les plus déshérités. Ensuite, ils lanceront l'idée d'un cadeau de Noël pour les enfants démunis, ce qu'ils appelleront "trois souliers devant la cheminée".
C'est pendant le conflit mondial que le couple Follereau commence à s'impliquer dans la lutte contre la lèpre. Raoul et Madeleine sont notamment inspirés par le "sacrifice du père Damien, un prêtre belge parti à trente ans dans une petite île de l'archipel d'Hawaï", qui mourra quelques années plus tard après avoir attrapé la lèpre. Dans l'un de ses ouvrages, Raoul Follereau expliquera vouloir aider ces "douze à quinze millions d'hommes et de femmes dont notre ignorance, notre égoïsme, notre lâcheté, ont fait des lépreux." La double peine infligée par cette maladie consiste d'abord à faire souffrir les personnes infectées, mais ensuite à les obliger à s'éloigner de la société par risque de contagion (en tout cas pendant les 18ème et 19ème siècle). Le couple de Français s'était alors donné la mission de sensibiliser les pays occidentaux à la lutte contre cette maladie, de récolter de l'argent pour financer les soins mais aussi de rencontrer les enfants et adultes souffrants de la lèpre.
A la lecture de cet ouvrage sous-titré "L'itinéraire spirituel d'un couple", nous nous devons de mentionner un travail précédent écrit par la même auteure avec un angle identique, consacré cette fois-là à Baudouin et Fabiola. Ce précédent ouvrage ne nous avait pas convaincu, en raison notamment de quelques inexactitudes. Pour Raoul et Madeleine Follereau, le récit de leurs vies est soutenu par de nombreux extraits de lettres et de livres écrits par les intéressés eux-mêmes. Leur itinéraire spirituel permet de mieux comprendre leur engagement au service des lépreux et démunis de la planète, lors du siècle dernier.
Anne-Françoise de Beaudrap
Bernadette Chovelon, "Raoul et Madeleine Follereau. L'itinéraire spirituel d'un couple", Artège, 244 pages, mai 2019.
