Avec La Vie scolaire, Grand Corps Malade confirme son talent pour la chronique drôle et intelligente.
C’est la rentrée! Samia prend ses quartiers dans un collège réputé difficile de Saint-Denis en tant que surveillante. Pour cette jeune Ardéchoise, ce passage à la capitale signifie beaucoup de changements. A commencer par sa vie personnelle, quelque peu troublée en ce moment. Samia va pourtant devoir mettre ses problèmes de côté si elle veut s’imposer auprès des élèves récalcitrants de cette école. Car ici, il faut pratiquement avoir un don pour arriver à discipliner ces jeunes issus des banlieues environnantes. Grâce à une alternance de patience et de fermeté, les équipes éducatives arrivent pourtant à gérer leurs troupes. Samia apprend également que l’humour est parfois la meilleure arme pour désamorcer les situations les plus compliquées.
Il y a trois ans, le slameur Grand Corps Malade réalisait son premier film, Patients, en compagnie de Mehdi Idir. Il y racontait de façon romancée son combat dans un centre de rééducation après un grave accident. Drôle, émouvante et tendre, cette chronique étonnait par sa maîtrise, peu courante chez les novices comme eux. Pour leur deuxième long-métrage, La Vie scolaire, le duo avait envie de parler de l’école, une période essentielle où chacun se construit et se prépare à sa vie d’adulte. Même si aucun des deux n’a travaillé dans l’enseignement, leur récit d’une année scolaire est marqué d’une pure authenticité. Grand Corps Malade et Mehdi Idir ont fait un véritable travail d’observation dans des collèges pour dessiner leurs personnages. Car leur chronique ne parle pas uniquement de Samia la surveillante. Tout au long du film, on s’intéresse à la vie de ses collègues et à celle des jeunes. Kevin, Issa, Seikou, ces gamins qui sortent tout juste de l’enfance mais ont grandi trop vite, baignés dans un milieu précarisé. Les réalisateurs n’occultent donc pas les aspects les moins reluisants des banlieues. Mais ils ne s’appesantissent pas sur le sort de ces jeunes.
Chronique entre rires et larmes
La vie scolaire n’est ainsi jamais lourde ou plombante grâce à l’humour insolent distillé par les adultes, comme les élèves. Du concours de la punition la plus stupide, aux excuses bidon des petits malins, on arrive toujours à dépasser le drame. Pourtant, il y a parfois de quoi pleurer, plus que rire. Le tableau que nous brosse le film est loin d’être réjouissant. La plupart des élèves semblent condamnés à finir dealers ou chauffeurs Uber. Désabusés, ils refusent donc toute forme d’apprentissage. Pire, ils sont parfois rejoints dans leur découragement par les professeurs qui ne voient plus de sens à leur métier. Malgré tout, on l’a dit, Grand Corps Malade et Mehdi Idir parviennent à garder une forme de légèreté. Les dialogues, sont d’ailleurs parfois bien envoyés! On sent qu’ils ont bien préparé leur film, jusqu’au casting, excellent. Les jeunes débordent de naturel et nous entraînent sans peine dans leur récit. Rien que pour les idées abracadabrantes du prof d’éducation physique, ça vaut le détour!
Elise LENAERTS

